MM. DE BOUGAINYILLE ET DE KERGUELEN
d'un esprit jaloux, inhospitalier et hostile à la France. Un baleinier français ayant voulu profiter de la paix d'Amiens pour se ravitailler à Port-Jackson, on lui avait interdit d'acheter les vivres dont il avait besoin. On n'avait consenti à tolérer sa présence qu'à la condition qu'il irait dans des parages tempétueux où il se rendit en effet, mais où il ne tarda pas à périr dans un naufrage. Cette catastrophe le dispensa de s'acquitter d'une commission fort désagréable dont il avait consenti à se charger. En effet, l'infortuné capitaine avait en outre pris l'engagement de porter lui-même aux îles Mascareignes, qui nous appartenaient alors toutes deux, une ampliation du décret colonial interdisant la pêche des mers antarctiques à la marine française.
Cependant le capitaine Baudin ne voulut point songer à ces griefs, il ne se laissa entraîner à faire aucun acte de nature à compromettre la prospérité d'un établissement pénitentiaire, qui était alors l'espoir de la philanthropie. Car on espérait qu'aux Antipodes les criminels de la vieille Europe pourraient se refaire une virginité d'honneur et de vertu. Les prospérités dont nous avons tracé plus haut le tableau et la découverte des mines d'or et d'argent valent-elles aux yeux du philosophe, la ruine des espérances auxquelles il a fallu renoncer le jour où les Australiens ont obligé les captifs à reprendre le chemin des maisons de force du vieux continent?