LA PÉRIODE RUSSE
assez profondément enfoncé dans le sud pour être certain qu'aucun croiseur du roi d'Angleterre ne viendrait le suivre. Alors il mit le cap à l'est, et gagna des régions où nous n'avons point à le suivre*.
Dans l'état-major de Krutzenstern se trouvait un jeune élève de l'école des cadets de Saint-Pétersbourg, que le commandant avait pris comme secrétaire; c'était le fils du célèbre Kotzebue, un des écrivains les plus féconds de l'Allemagne. Cet homme célèbre qui s'était attaché au service de la cour de Saint-Pétersbourg, prit fort au sérieux les intérêts de sa nouvelle patrie ; il chercha à signaler à son souverain les dangers du patriotisme germanique, dont en 1870 nous avons goûté les fruits les plus amers et qui menace actuellement l'Europe d'une période indéfinie de guerres sanglantes. A peine de retour de ce voyage le jeune Eotzebue partit pour une exploration dont il prit le commandement, et qui fut exécutée aux frais du comte Romanioff avec le brick Rurick, dont l'équipage n'était que de vingt-sept hommes. Après trois ans de glorieux dangers le lieutenant Kotzebue jeta l'ancre en face de l'hôtel de son généreux patron, le 18 août 1818. Un an après' son père tombait à Manheim sous le poignard de l'étudiant Sand.
Au moment même où ce crime était commis le czar
1. Cet officier était destiné à une vie maritime aventureuse qui en ferait un véritable héros de roman. En 1814 il repartit de Cronsladt pour les côtes des Kouriles. Mais tandis qu'il était occupé à ses mesures il fut surpris par des Japonais qui le menèrent en esclavage. Il resta caplif pendant deux ans et demi et ne fut relâché que p»rce que son lieutenant avait pris d'assaut un navire japonais et ait prisonnier un capitaine contre lequel il finit par être échangé. 2. Le 23 mars 1819.
ihA LE POLE SUD
donnait une preuve remarquable de son amour pour le progrès de sciences dont les gouvernements plus civilisés ne se préoccupaient que très médiocrement. Un ordre suprême daté du mois de mars 1819 prescrivait à l'amirauté de Saint-Pétersbourg d'armer à la fois deux expéditions destinées, Tune à Texploration du pôle nord et l'autre à l'exploration du pôle sud. Nous ne nous occuperons que de cette dernière, qui fut commandée par le capitaine Bellingshausen et se composait de deux navires, le Vostok et le Mirmi.
Le départ eut lieu le 18 juillet, et après avoir touché à Ténériffe et à Rîo-de-Janeiro, Bellingshausen se dirigea en droite ligne sur la Nouvelle-Géorgie. Les deux navires y arrivèrent le 15 novembre, et sans aucune difficulté purent compléter la reconnaissance des côtes de cette île ; les glaces ne se montrèrent que le 16 novembre par 56 degrés de latitude australe. Il rencontra des blocs verticaux échoués sur quelques bas-fonds et que protégeait une nappe de glace sur laquelle il s'aventura. Les voyageurs atteignirent également sans difficulté la pointe nord de l'archipel des Sandwich, et purent s'avancer jusqu'au 60""^ parallèle. Mais à ce moment la banquise fit son apparition habituelle. Elle était compacte et d'une élévation prodigieuse, digne des premiers échantillons avec lesquels les Russes s'étaient mesurés. Supposant qu'ils ne pourraient en triompher, les Russes mirent le cap à l'est, afin de la contourner. Cette manœuvre leur réussit, et le 18 ils étaient parvenus à 69'' 91' de latitude sud lorsque le front de glaces se montra de
Ces glaçons géants étaient défendus par une nappe d'eau gelée sur laquelle il s'aventura.