U PÉRIODE RUSSE
nouveau avec des proportions véritablement formidables.
Si la vapeur avait été en usage à bord de ses navires, Bellingshausen aurait pu continuer sa route à Test et tenter de pénétrer plus haut vers le sud. Mais les vents étant contraires, le hardi navigateur dut rétrograder vers réquateur, espérant qu'il retrouverait des vents d'ouest qui lui permettraient de s'approcher du pôle en l'attaquant par l'est; malheureusement ce n'est que le 2 février que Bellingshausen put retrouver cette brise tant désirée, qui le mena rapidement au 69* parallèle, où il rencontra une troisième fois la banquise. C'était la même latitude et la même longitude où Cook s'était heurté contre la muraille de glace ; cependant la banquise ne se montrait pas encore. L'océan ne demandait qu'à ouvrir ses flots glacés, qu'à laisser passer de hardis navigateurs.
Chaque coup de feu qui, tiré le long des îles de glace, faisait lever des myriades d'oiseaux, parut à Bellingshausen un signe certain du voisinage d'une terre ; il en conclut qu'il ne pourrait longtemps s'avancer vers le pôle sans changer de longitude. En conséquence, il recommença la manœuvre qui venait de lui réussir, et remonta vers le nord afin d'attendre le vent d'ouest sur lequel il comptait toujours pour franchir la banquise. Son espérance ne fut pas trompée, mais lèvent qui s'était déchaîné soufflait positivement en tempête. Profitant de l'ouverture que ce violent ouragan avait trouée dans la mer de glaces, Bellingshausen put tra verser victorieusement le cercle polaire et pénétrer de plusieurs degrés dans cette zone fatidique. Cette fois
la grande banquise n'était point en vue et rien né paraissait s'opposer à sa marche vers le sud. Mais les navires étaient tellement fatigués par le contact des glaces, par un virement de bord incessant, et les équipages étaient si complètement épuisés par les privations et la rigueur de la température, que Tintrepide explorateur dut battre en retraite*. Il revint sans trop de difficultés à Port- Jackson ; mais là, il fallut abattre les bâtiments sur la côte et procéder à l'opération du carénage.
Les succès obtenus dans cette campagne étaient certainement très grands, cependant il n'étaient pas de nature à donner à Bellingshausen le droit de se reposer sans procéder à de nouvelles tentatives. Le 31 octobre le Vostock et le Mirmi, réparés à fond, levaient l'ancre. Le 28 novembre ils arrivaient au pied de la banquise; c'était par 161 degrés de longitude orientale. Bellingshausen se mit en mesure d'en exécuter le périple, et la suivit pendant 200 milles, mais son expérience des mers australes lui permit de reconnaître des symptômes d'ouragan, et il se hâta de remettre le cap vers le nord.
Bien lui en prit d'avoir viré de bord, car la tempête se déchaîna cette fois avec une fureur telle qu'il eût été bien difficile de lui échapper. Inévitablement les deux sloops eussent été brisés l'un et l'autre sur ces
1. En 1852, le prince Galitzine rendit compte à la Société de géographie de Paris des voyages de Bellingshausen, mais le savant auteur exagère d'une façon singulière la hauteur à laquelle ce grand navigateur serait parvenu; il parle de 83** de latitude. Les nombres adoptés sont bien différents et il est admis que c'est le capitaine anglais Ross qui 8*est le plus apprgché du pôle.
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murailles inexorables. Le calme ne se rétablit que le 8 décembre ; alors Bellingshausen reprit le chemin du pôle; il fut encore arrêté vers le 67® parallèle par l'inévitable muraille. Fidèle à son système, il continua à naviguer vers Test, ce qui lui permit de s'élever presque jusqu'au 76® parallèle; sa latitude exacte est de 69° 48'.
Dans ces parages il reconnut d'abord une île déserte qu'il consacra à la gloire de Pierre le Grand, puis il arriva devant une terre véritablement majestueuse terminée par une montagne élevée de plus de 1000 mètres;il lui donna le nom de côte de l'empereur Alexandre. Mais à cette époque les arsenaux australiens ne possédaient qu'un matériel insuffisant, et n'avaient que des ouvriers peu habiles. Les réparations exécutées à Port-Jackson n'avaient été que fort sommaires. Le mauvais état des navires ne tarda pas à se révéler d'une façon alarmante. 11 fallut donc que Bellingshausen se décidât à revenir à Cronstadt, où il ramena sains et saufs ses navires et ses équipages.
Cette belle expédition, à laquelle on n'attacha point toute l'importance qu'elle mérite, fut suivie peu de temps après par une autre dont le commandement fut confié au fils du malheureux poète qui avait commis le crime de déclarer que les Allemands n'étaient point mûrs pour la liberté. Quoique cette expédition rentre à peine dans notre cadre, puisque Kotzebue ne fit qu'effleurer l'hémisphère sud en doublant le cap Horn, il n'est pas possible de la passer sous silence. En effet, le gouvernement russe avait eu l'intelligence de prendre comme historiographe le poète Chamisso dont les ré-
moderne, lorsqu'il commença ses campagnes dans les champs de pèche que son père avait exploités, sous des latitudes excessivement élevées. C'était surtout à la hardiesse avec laquelle il montait vers le Nord, qu'il devait les succès exceptionnels qu'il obtenait. En effet, poursuivies avec une ardeur croissante dans les parages facilement accessibles, les baleines se réfugiaient de plus en plus dans les environs du pôle, où il les allait chercher. Le fils de ce grand homme recueillit le résultat de ses observations dans une œuvre qui eut tout l'éclat d'une véritable révélation ; son beau volume produisit tant d'effet, que François Arago ne dédaigna pas d'en publier un très intéressant résumé équivalant presque à une traduction.
Sur les bords de la Clyde la gloire des Scoresby produisit une salutaire émulation. D'autres capitaines et d'autres armateurs résolurent d'appliquer aux mers antarctiques les méthodes qui venaient de réussir avec tant d'éclat. L'histoire de la conquête du Pôle Sud serait donc incomplète si l'on ne mentionnait le nom des marins illustres auxquels ces grands marins ont ouvert la route du pôle.
En 1818, il n'y avait pour ainsi dire aucun moyen de traverser les Andes. Toutes les communications entre le Chili et Buenos-Ayres avaient lieu par mer, en doublant le cap Horn, et cette navigation se faisait presque exclusivement sous pavillon britannique par ded bateaux anglais. Le capitaine William Smith, qui commandait un de ces paquebots, s'égara dans le brouillard, et s'avança dans le sud plus que dans ses voyages précédents. A sa grande surprise un rayon de
soleil lui montra une île de rochers surgissant à Timproviste de pa rages qu'il croyait occupés par un insondable océan. Ayant épuisé ses vivres, et ne cherchant qu'à abréger un voyage qui avait déjà trop duré, William Smith se contenta de faire son point, ce qui lui avait été impossible pendant toute la durée des brouillards, et de ramener son navire à Valparaiso.
Mais à Valparaiso il avait eu occasion de parler de sa découverte, dont on lui avait fait comprendre Timportance ; aussi dans son voyage suivant il s'approcha volontairement des récifs qu'il n'avait fait qu'entrevoir et revint à Montevideo, persuadé qu'il avait eu le bonheur de découvrir l'extrémité voisine du grand continent austral qui avait fui devant les explorations du capitaine Cook. L'erreur de William Smith paraît être, comme nous le verrons, la loi universelle de toutes les recherches dans les mers glacées du sud. Mais à mesure que les déterminations sont plus nettes, plus précises, le grand continent se rétrécit. L'histoire des progrès de la géographie des mers antarctiques semble celle de sa rétrogradation.
Cette découverte fut communiquée au consul de S. M. Britannique à Valparaiso, qui la transmit à son gouvernement. Elle produisit une vive émotion à Glasgow, où venait à cette époque la majeure partie des baleiniers. Quelques-uns chassaient les cétacés géants et les phoques sur la mer du sud aussi bien que dans les régions arctiques. L'existence d'un continent même inhabité devait être de quelque importance si des animaux laissés en liberté pouvaient y pulluler à Fétat sauvage, et fournir des vivres aux
équipages obligés d'y relâcher. Weddel, habile et hardi baleinier des mers du sud, résolut d'imiter Scoresby. Noble ambition qui fut secondée par des négociants dignes de le comprendre. Il fut décidé que Ton organiserait une expédition à la fois scientifique et commerciale, permettant à la fois de réaliser des bénéfices et d'accroître Tactif intellectuel de l'humanité. Les armateurs de Weddel se proposaient de mettre exclusivement à la charge des phoques habitant ces hautes latitudes les frais de l'expédition destinée à pénétrer le plus difficile de tous les problèmes géographiques et peut-être le plus important.
C'est le système fécond sur lequel notre pauvre ami, le capitaine Lambert, comptait exclusivement pour triompher de la triste inertie des gouvernements civilisés, résolus de se désintéresser de la question du Pôle Nord à la suite des grands découragements de l'amirauté anglaise, lorsqu'elle se lassa des recherches faites pour retrouver les traces de Franklin. L'armement reçut les proportions les plus modestes. Le hardi navigateur, qui s'engageait noblement dans des parages insondés, ne montait qu'un navire de 160 tonneaux ayant 22 hommes d'équipage. La Jane avait pour conserve un cutter, presque une chaloupe, nommée Beaufroy, dont le déplacement était de 65 tonnes.
Le 17 septembre 1822, Weddel quittait l'Angleterre emportant deux années de vivres. Au mois de décembre il débarquait sur la côte de Patagonie, et y chassait les guanacos, congénères des lamas dont la chair est excellente. Ces animauxpullulaientainsiquedes lièvres, mais il^ se laissaient si peu approcher, qu'il eut grand'-
peine à augmenter ses ressources d'une façon sérieuse ; cependant, circonstance notée avec soin dans le récit de son expédition comme un événement majeur, un seul de ces animaux laissait jusqu'à 60 kilogr. de viande nette. Au commencement de janvier 1823, il découvrait, à peu près sur le parallèle du continent qu'il cherchait^ quelques îles rocheuses auxquelles il donna le nom des Shetland australes en mémoire de sa chère Ecosse; mais, après avoir songé à sa patrie, il songeait à lui-même, et Tîle Weddelest une assez grande terre aride, rocailleuse, couronnée de pics formidables, surchargée par des cônes monstrueux qui Técrasent. Il est impossible de se défendre de l'idée qu'on a devant les yeux les hauts sommets d'une immense chaîne de montagnes, qui a sombré jadis, sôus les flots d'un océan courroucé.
Ses côtes curieuses sont habitées par des êtres non moins bizarres que leur patrie mystérieuse. C'est là que Weddel découvrit le Léopard de mer, ainsi nommé parce qu'il porte une fourrure tachetée tout à fait identique à celle de son homonyme terrestre. 11 parvint à capturer plusieurs de ces animaux singuliers, et il prit soin d'apporter en Angleterre une peau et un squelette, qui doivent figurer encore au musée d'Edimbourg. Les périls réels, trop réels, que courut Weddel dans son excursion mémorable, étaient quelquefois augmentés par des dangers imaginaires rappelant les rocs fantastiques des conteurs arabes. Les matelots de la Jane étaient encore sous l'impression de la découverte de l'île Weddel, lorsqu'il? furent réveillés par les cris de la vigie ; un peu avant que la
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bordée de minuit ne prit le quart, ce matelot avait cru rencontrer un écueil se manifestant soudainement par une mer où la sonde ne trouvait pas de fonds. Immédiatement le capitaine donna ordre de virer de bord. Mais comme le vent portait sur l'obstacle, les marins se croyaient perdus. Déjà ils songeaient aux moyens de lancer le canot à la mer, lorsque Técueil disparut. Le prétendu rocher était une baleine dormant à la surface de l'eau. Réveillé en sursaut, le monstre s'enfonçait dans les gouffres océaniques, après avoir lancé un formidable coup de queue qui faillit terminer l'expédition .
A chaque instant, le brouillard parvenait à séparer le brick et le cutter. Mais les navires étaient si admirablementmanœuvrés, que tous deux revinrent ensemble en Angleterre, sans pertes sérieuses, sans avaries graves.
Non seulement Weddel avait découvert un archipel, mais il avait de plus reconnu après beaucoup d'efforts que le continent de William Smith n'était qu'un groupe d'îles s'étendant entre les 62' et 63® degrés parallèles dans la direction du sud-ouest au nord-est. Il lui donna naturellement le nom d'Orcades pour faire pendant à ses Shetland; cependant lui aussi, cet habile navigateur, devait sacrifier à la passion de découvrir le grand continent austral. Par le 65® parallèle dans les environs du cercle antarctique, il aperçut au sud une haute terre, qu'il prit pour un morceau de ce continent qui fuit toujours. Peut-être serait-il parvenu à en faire le tour et à reconnaître qu'il n'avait devant lui que des nouvelles Féroë. Mais une
semblable investigation dépassait les faibles ressources de cet intrépide, qui reprit sa route vers le Nord, heureux de rapporter dans sa chère patrie plus de découvertes qu'il n'en avait sûrement rêvé, lorsqu'il la quittait à bord de deux coquilles de noix qu'on pourrait comparer au canot de papier de
Un coup de queue de la baleine, réveillée en sursaut, faillit terminer l'expédition.
M. Tanneguy de Wogan. Quel navigateur, ayant réellement au cœur la passion de son art, ne se sentirait clectrisé par l'exemple de ce marin, menant simplement, dans des mers mystérieuses, terribles, deux navires dont les proportions n'excédaient pas beaucoup celles de simples canots, et dont une baleine avait failli couler le plus gros? Qui donc douterait encore de la
sécurité relative avec laquelle les explorateurs de la fin du dix-neuvième siècle pourront courir les mers, lorsqu'ils seront pourvus de tous les moyens perfectionnés de lutte contre la tempête et d'exploration que Ton possède de nos jours ; quand ils auront entre leurs mains cotte force que Watt nous a appris à manier si facilement et que l'Hercule des Grecs n'a jamais eue à sa disposition, lorsqu'il luttait contre les monstres de l'antiquité?
Weddel raconta sa campagne avec modestie, simplicité, élégance, dans un volume qui parut en 1825. Les conclusions auxquelles il arrive n'ont point être démenties une seule fois depuis soixante ans, et font autant d'honneur à sa pénétration que son voyage en fit à son intrépidité. Il a très clairement démontre que le froid des hautes régions antarctiques, quoique rigoureux, ne paraît pas à beaucoup près aussi intense qu'on serait porté à le supposer, à la suite des observations faites dans des latitudes moins élevées. Il insiste également sur ce fait : que les terres que Ton y rencontre sont beaucoup moins abondantes, que les navigateurs qui se sont aventurés les premiers dans ces parages difficiles, ne l'ont indiqué.
De même que Smith avait provoqué Weddel, Weddel devait enflammer Biscoe, autre capitaine baleinier de la grande maison Enderby, chez laquelle les expéditions à la conquête du pôle austral sont devenues une glorieuse tradition.
Le 14 juillet 1830, le capitaine Biscoe quittait la Tamise avec le brick Tula et le cutter Lively. Le 27 novembre, il arrivait devant les îles Sandwich
LES EXl'ÉDITIQNS DES BALEINIERS 171
qu'il trouva complètement cernées par une banquise gigantesque qui en interdisait radicalement Texploration ; afin de trouver une brèche qui lui permît de s'élever vers le sud, il se dirigea vers Touest. Arrivé au 19® degré de longitude, il remît le cap vers le pôle et parvint sans difficulté jusqu'au 69" degré parallèle, où il rencontra de nouvelles glaces ; mais derrière ces gla ces il aperçut une muraille de roches noirâtres, à laquelle il donna le nom de terre d'Enderby. (--^y^ X /i> C'était un hommage que ses armateurs avaient certainement bien mérité. Les tempêtes continuelles l'empêchèrent d'inspecter sa découverte, autrement que de très loin avec des lunettes. Désespérant d'approcher d'une terre si bien défendue, il rallia Hobart- Town. Il se rappela qu'avant d'être explorateur il était baleinier; malgré les glaces et les tempêtes, ses marins se livrèrent avec ardeur à la pêche des phoques, et même des baleines. Il parcourut toutes les îles voisines en attendant que l'été austral de 1851-1832 lui ouvrît une seconde fois de plus hautes latitudes. Aussitôt que la mer fut libre, il se précipita dans le sud. 11 fut de nouveau favorisé par la fortune et le 15 février 1832 reconnut une terre élevée à laquelle il donna le nom d'Adélaïde. Toujours hanté par la grande préoccupation des navigateurs des régions australes, il crut avoir découvert le fameux continent et détermina la position de deux hautes montagnes aussi complètement qu'il put le faire, par des relèvements pris de loin, sans a voir mis le pied sur sa nouvelle conquête.. Il donna à cette terre qu'il n'essaya même pas d'aborder le nom de Graham et il mit au
plus vite le cap vers le nord. Il était grandement temps qu'il prît cette détermination, car la tempête le jeta sur les Shetland. C'est à grand'peine qu'il parvint à échapper à un danger épouvantable, car, en cas de malheur, nul moyen de sortir de ces latitudes glacées. Nulle espérance de gagner même la Terre de Feu. Ces mers, les plus orageuses du monde, ne pourraient être naviguées avec des canots ou des radeaux improvisés par des marins en détresse.
Biscoe se tira de ce mauvais pas, sans perdre même son cutter, quoiqu'il eût fait côte ; heureusement cette embarcation était dii genre de celles que les navigateurs de l'antiquité tiraient sur le rivage lorsqu'ils voulaient les réparer. Elle était si peu pesante qu'il parvint facilement à la renflouer, en imitant une méthode suivie par les Carthaginois et les Romains, dans le bassin de la Méditerranée.
On peut dire que Biscoe reçut à son retour les honneurs du triomphe. Presque simultanément les sociétés de géographie de Londres et de Paris lui accordèrent leur Grand Prix. Encouragés par un si beau succès, MM. Enderby s'empressèrent de mettre deux nouveaux navires sous les ordres de l'habile capitaine qui venait de tirer un si brillant parti de ceux qu'on lui avait confiés.
Malheureusement le zèle de Biscoe se ralentit. 11 refusa de continuer ses voyages. Les armateurs donnèrent sa place à un autre officier qui, moins habile ou moins heureux, s'engagea imprudemment dans les glaces. A peine était-il arrivé aux îles Shetland, que la banquise se referma derrière lui;
un de ses navires fut si étroitement emprisonné, qu'il fallut l'abandonner en toute hâte. Heureusement, grâce à ce sacrifice fait en temps opportun, l'autre bâtiment put échapper ; il parvint à regagner la Tasmanie avec les deux équipages. Ce sont des tragédies mai'itimes auxquelles on sait que de nos jours les navires lancés à la recherche du pôle nord n'échappent point toujours, malgré l'emploi de la vapeur, et dont ceux qui assiégeront le pôle sud ne feront pas mal de se défier.
Cette catastrophe mit provisoirement fin aux exploits des baleiniers anglais, mais les baleiniers américains entrèrent en ligne. Le capitaine Morell partit pour le pôle sud au moment où les Écossais lâchaient prise après tant de succès.
Fidèle à la préoccupation constante des voyageurs du pôle sud, le capitaine Morell revint en Amérique en annonçant qu'il avait découvert le grand continent austral. Afin de célébrer dignement sa gloire, il donna à sa découverte hypothétique le nom de Groenland méridional.
Mais les récits de ce navigateur manquent de la précision et de la netteté qui est la seule garantie d'exactitude dans des comptes rendus d'expéditions lointaines. Aussi les meilleurs juges en pareille matière sont-ils tombés d'accord pour n'attacher aucune importance réelle à cette tentative, qui fit plus de bruit que d'honneur à la marine yankee.