LE POLE AUSTRAL DE LA SPHÈRE CÉLESTE S
lalions célestes. II en a été ainsi tout le temps qu'on a supposé la Terre immobile au centre de Tunivors. Pouvait-on se défendre de Tidce que la matière obscure et opaque que nous avons tant de peine à déplacer avec une lenteur extrême, et au milieu de laquelle nous nous traînons nous-mêmes si péniblement, n'est pas complètement dominée par les corps lumineux qui se meuvent dans Tespace céleste avec une vitesse si surprenante! L'excessive rapidité que Ton était obligé d'attribuer à ces enfants de la lumière, était une preuve de plus que l'on invoquait en faveur de leur divinité, une marque de la puissance des effluves invisibles, mais irrésistibles, qui en descendaient en même temps que leurs rayons.
Ptolémée s'exprime comme s'il pensait que les zones qu'il trace dans le ciel exerçaient une véritable influence magique. Pour lui les plans découpés que l'on voit figurer dans les astrolabes étaient la représentation grossière d'objets qui existent réellement. Les lignes que les matelots facétieux montrent au crédule passager qui passe sous l'équateur, au moment où le bonhomme Tropique s'apprête à le baptiser sont le dernier reste de ces étranges frontières que l'on croyait infranchissables. Alors, l'on était persuadé que l'humanité était aussi bien emprisonnée par la Géométrie divine, que par les murailles solides que le racine Cosmas devait plus tard imaginer.
Quoique la Terre fût considérée comme une sphère isolée dans l'espace, on disait que le destin ne nous a permis d'en occuper qu'une zone limitée, bornée au nord par le cercle polaire arctique, et au sud
par le tropique du Capricorne. Cette idée singulière a été pendant bien des siècles un article de foi scientifique^dont il a fallu une révolution intellectuelle pour se débarrasser.
Tant que la rotation de la Terre n'a point été admise comme un fait physique, les idées de Ptolémée sur la séquestration de Thomme ont paralysé le progrès de la géographie.
L'exploration des parties du monde situées en dehors de la zone tempérée n'a pu commencer que du jour où Ton a compris qu'il n'y avait pas d'obstacles insurmontables, à l'expalision de la race des descendants de Prométhée sur toute l'étendue de son trop étroit domaine.
Le poème de la conquête des Indes « les Lusiades » , la brillante épopée des vaillants Portugais, constate combien étaient encore vives les craintes, dont l'origine était la même que celle de l'astrologie. En effet, Camoëns dépeint en vers magnifiques les appréhensions dont les compagnons de Gama se virent assaillis on franchissant l'un après l'autre trois cercles que Ptolémée avait tracés et qui semblaient autant d'ouvrages avancés pour interdire l'accès du pôle austral.
« Déjà précédemment, dit-il, nous avons découvert dans le nouvel hémisphère une étoile nouvelle, invisible aux autres nations, qui restèrent longtemps sans soupçonner son existence; nous vîmes la partie la moins brillante du pôle fixe, celle où ne scintille aucune flamme céleste. Je ne raconterai pas les dangers de cette mer où les Ourses viennent se baigner malgré Junon. Je ne décrirai point non plus ces orages sou-