‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 114 sur 318 · PRIVILÈGE DE L'ÉVÊQUE IST · texte numérisé non relu

PRIVILÈGE DE L'ÉVÊQUE IST

La Règle de saint Benoît a été écrite pour des moines, et le chapitre LXIV® en particulier ne parle que des abbés, et de leur élection par leur communauté. Mais ses prescriptions se sont étendues par la suite aux monastères de religieuses. La loi relative à l’élection des abbés est devenue celle de l'élection des abbesses, au témoignage du pape saint Grégoire le Grand qui constate le droit déjà existant. « Il faut, dit-il dans une lettre à l’abbesse d’un monastère de Marseille, que la supérieure soit prise parmi les membres de son abbaye et réunisse les suffrages de la communauté : si elle est jugée digne de sa charge, l’évêque du-diocèse lui donnera la bénédiction : non extranea sed quam congregatio stbi de suis elegerit ordinetur, quam tamen si digna hoc monasterio judicata fuerit, ejusdem loci episcopus ordinet1.

Les décisions canoniques inscrites par Théodore de Cantorbéry dans son Pénitentiel, à la fin du VII siècle, font remarquer que les abbesses reçoivent la consécration solennelle comme les abbés, avec cette différence toutefois qu’un simple prêtre peut les bénir, tandis que la fonction pour les abbés est réservée à l’évêque ? : Presbyter potest abbatissam consecrare, cum missæ celebratione ; in abbatis vero ordinatione episcopus debet missam agere et eum benedicere….

Malgré l'autorité de cette prescription l’usage contraire a prévalu ; on s’en est tenu à la remarque de saint Grégoire mentionnant l’intervention des évêques à la bénédiction des abbesses : ainsi rappelait-il à l’évêque Januarius une certaine Gravinia qui avait été, selon la coutume, bénie solennellement par l’évêque du lieu, solemn: more abatissa ab episcopo ordinata, et avait passé de nombreuses années 7 monasterii regimine *. Grégoire de Tours a conservé le souvenir de la première supérieure du monastère de Sainte-Croix de Poitiers, Agnès,

1, S. GRÉGOIRE, Epist., 1. VI, xxII.

2. THÉODORE, Pœnmitentiale, P. L., xXCIX, 928. 3. S. GRÉGOIRE, Epist., 1. VII, vir.

qui avait reçu la bénédiction abbatiale des mains de saint Germain de Paris!,

L’évêque appelé pour la bénédiction d’une abbesse est normalement l’ordinaire du diocèse : c’est son droit ; il a eu aussi celui de présider à l’élection et de la confirmer ; aussi au moment de la bénédiction solennelle n’y a-t-il pas lieu de lire le Mandatum apostolicum, où document pontifical, permettant à l’évêque de procéder à la fonction. C’est luimême qui a déclaré valide l’élection, l’a confirmée et a donné linstitution en présentant l’élue à sa communauté : il n’y a plus de place pour d’autres formalités. La seule qui soit conservée concerne l’abbesse elle-même qui doit prêter serment d’obéissance à l’évêque du diocèse.

Le cas serait différent s’il s’agissait d’un monastère exempt : le serment d’obéissance serait prêté, non à l’évêque, mais au Siège apostolique et au supérieur régulier de l’ordre auquel appartient le monastère.

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