POUVOIRS DES ABBESSES
episcopalem, AD REGENDAM ECCLESIAM TUAM ef plebem sibi commissam.
La préface des abbesses comme celle des abbés reprend, avec les mêmes expressions :
Sit exemplum et forma justitiæe ab gubernandam REGENDAMQUE ECCLESIAM TUAM fideliter. « Que, revêtue de la dignité abbatiale, votre servante soit un modèle achevé de sainteté, et qu’elle se montre fidèle dans le gouvernement et la direction de cette communauté qui est vôtre, Seigneur. »
Appliquée à la communauté dont l’abbesse reçoit la direction, l’idée de « gouvernement de l’Église » s’explique aisément avec les atténuations qui s’imposent. Nulle crainte que les esprits sérieux soient tentés de s’y méprendre, l’Église en a la confiance, et elle laisse réciter ces paroles un peu fortes de la liturgie, sans s’inquiéter outre mesure des scrupules des érudits qui accumulent les preuves d’abus commis par certaines abbesses trop infatuées de leur dignité. Il est manifeste, sans qu’il soit nécessaire de rappeler l’inaptitude des femmes à recevoir une participation au ministère sacré 1, que la bénédiction abbatiale ne confère ni caractère sacramentel, ni grâce d’ordination, bien que la bénédiction abbatiale semble avoir été quelquefois considérée comme une certaine extension de l’ordination des diacres ?. Ce n’est
1. Le savant évêque français FR. HALLIER a écrit un excellent traité De sacris electionibus et ordinationibus, 1656 (Theologiae Cursus compl., édit. Migne, t. XXIV, col. 821-853), où cette question est étudiée avec un luxe de détails qui trahit d’assez mesquines préoccupations.
2. Le Dr H. SCHAEFER, Die Kanonissenstifter im deutschen Mittelalter, Stuttgart, 1907 (Cf. Revue bénéd., Bull. d’hist. bén., 1912, p. 148*-149*) croit pouvoir établir qu’il y avait jadis, à côté des abbesses de monastères, des abbesses préposées aux communautés de chanoïinesses dont l'existence est constatée dès le temps des carolingiens. Ces abbesses « canoniales » étaient « bénies, sanctifiées, consacrées » par l’évêque, avaient droit de siéger au chapitre cathédral
pas un vrai sacrement conférant caractère ; c’est un sacramental pur et simple, qui n’est pas responsable de certaines usurpations de pouvoirs qui ont pu se présenter au cours des siècles et qui ne sont que trop conformes à la nature humaine. La bénédiction des abbesses, avec tout son
et aux synodes diocésains, et exerçaient une certaine autorité sur les clercs attachés au service de leur église. Leurs fonctions paraissent avoir continué celles des anciennes diaconesses ; les conciles de Gaule interdirent de leur donner l’ordination diaconale, mais on continua à leur conférer une bénédiction spéciale.
Le Dr H. SCHAEFER a repris la même thèse dans son article Kanonissen und Diakonissen : die Kanonische Abtissin (Rôm. Quartalschrift, XXIV, 1910, p. 49-00). M. W. LEVISON a critiqué plusieurs de ses conclusions relatives à l’ancienneté des chapitres de chanoiïinesses, dans Westdeutsche Zeitschrift für Gesch. und Kunst, XXVWII, 1909, P. 491-512.
1. Dans un article récent, Abbatissæ nullius? (Studien und Mitteilungen z. Gesch. des Benediktiner-Ordens, t. XLIII, 1925, p. 219-221), Dom L. HANSER ne fait que reprendre les exemples classiques déjà mentionnés par CATALANI, Pontificale romanum comment. ill. t. I, p. 492 et suiv. Ce dernier auteur parlait aussi d’abbesses qui, aux premiers temps carolingiens, s’arrogeaient déjà le droit d’entendre les confessions, de donner des bénédictions même à des clercs, de célébrer la consécration des vierges, et de chanter l’évangile avec homélie à l’appui : toutes choses contre lesquelles les Capitulaires de Charlemagne et de Louis le Pieux ont dû protester. HEFELE- LECLERCQ, Hist. des conciles, III, 2. Au temps d’Honorius III (1222) labbesse de Quedlinburg, soutenue par les empereurs allemands, exerçait encore une sorte de juridiction sur des clercs et avait le pouvoir de les suspendre de leurs fonctions. À l’abbaye cistercienne de Conversano, dans le royaume de Naples, c’est jusqu’au début du XIX® siècle que l’abbesse a joui de privilèges quasi-épiscopaux : juridiction sur le clergé et le peuple, insignes épiscopaux et le reste. Les abbesses cisterciennes d’Espagne avaient sous leur autorité un grand nombre de paroisses. On cite les cas analogues des abbayes françaises de Jouarre, de Fontevrault, de Montivilliers (D. BERLIÈRE, Les archidiaconés de monastères, dans Rev. bénéd., XL, 1928, p. 22.) Il est certain que pendant trop longtemps certaines abbesses se sont crues autorisées à conférer aux vierges la consécration dont le droit faisait un privilège épiscopal. Les Capitulaires de Charlemagne