‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 123 sur 318 · I. — LES VIERGES CHRÉTIENNES DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

I. — LES VIERGES CHRÉTIENNES DANS LE MONDE

E rite de la bénédiction solennelle accordée aux abbesses

introduit tout naturellement celui de la consécration des âmes religieuses, dont les abbesses reçoivent officiellement de la part de l’Église la charge et la responsabilité. L’ordre même qu’adopte le Pontifical romain nous amène à traiter de cet usage vénérable entre tous par son antiquité et son profond symbolisme.

De benedictione et consecratione virginum. Ce double titre est traditionnel, sans être tout à fait primitif, et il traduit bien le sens de la cérémonie. D’une façon plus elliptique l’ancien sacramentaire léonien disait simplement : Ad virgines sacras. Le gélasien du VII® siècle était plus explicite et exprimait déjà l’idée qui s’est conservée depuis : Consecratio sacræ otrginis. Le titre était somme toute un peu redondant ; la vierge chrétienne étant dite « sacrée » en raison précisément de sa « consécration », mais l’insistance à répéter le terme souligne le sens profond qu’il convient de lui attribuer. Au VIII: siècle on dira simplement ad consecrandas virgines,

Les recueils grégoriens désignaient simplement la cérémonie par son rite essentiel, aussi antique que l’institution même des vierges consacrées, celui de la velatio ou tradition du voile : ad ancillas Dei velandas. Tous ces titres se complètent les uns les autres et indiquent d’avance la signification de la consécration des vierges.

Le nom de « vierges » se rencontre fréquemment sous la plume de l’apôtre saint Paul, et il a déjà l’acception spéciale qu’il conservera dans la tradition chrétienne. Il ne s’agit pas des personnes qui n’ont pas encore contracté les liens du mariage, mais bien de celles qui y ont renoncé à jamais afin de vivre dans la continence parfaite et de se consacrer au service de Dieu. Dès les temps apostoliques la virginité chrétienne a répondu au conseil évangélique, et s’est appliqué à soi-même le Out potest capere capiat du Sauveur : elle a compris l’éminence de la vocation, et confiante en le secours de Dieu elle a cru pouvoir suivre l’appel. Elle a sacrifié les joies légitimes de la famille pour vaquer, toute la vie durant, aux choses de Dieu. La femme mariée est essentiellement divisée entre les intérêts du temps et ceux de l’éternité ; la vierge renonce aux premiers pour ne s’occuper que de Dieu. Et mulier innupta et virgo cogitat que Domini sunt, ut sit sancta corpore et spiritu. Saint Paul en concluait que s’il est louable de se marier afin de se dévouer à sa famille et de gagner ainsi le ciel par les moyens ordinaires, il est beaucoup mieux d’observer la virginité pour s’adonner sans entrave au service de Dieu, quod facultatem præbeat sine impedimento Dominum obsecrandi (ou mieux, observandi, d’après d’anciens textes 1). La remarque, comme le conseil, s’adressait aux deux sexes indifféremment ; cependant on a de bonne heure distingué dans l’appellation les ascètes hommes, et les vierges chrétiennes : à ces dernières on réserva

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