‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 124 sur 318 · LES VIERGES DANS LE MONDE · texte numérisé non relu

LES VIERGES DANS LE MONDE

le titre de servantes de Dieu, et mieux encore d’épouses du Christ.

La volonté de conserver la virginité constitua ce qu’on appela dans la suite le propositum virginitatis, une promesse formelle, un vœu dans toute la force du terme, entraînant obligation grave de l’observer, et crime de sacrilège dans le cas d’infidélité à l’engagement pris. Mais, non seulement les vierges chrétiennes furent longtemps confondues dans les rangs des fidèles et conservèrent l’habitude de vivre dans leur famille, sans former de communautés à part ; elles n’avaient encore d’autre procédé ordinaire de se donner à Dieu et à son service, que leur simple volonté : elles ne recevaient primitivement aucune bénédiction de l’Église : Virgini manus non imponatur, sed voluntas sola eam virginem facit, disait l’ancienne Tradition apostolique de saint Hippolyte!, Comme les ascètes, elles devaient mener une vie mortifiée, se livrer à la prière officielle et à la méditation privée, s’adonner aux œuvres de charité vis-à-vis de leurs proches. Elles occupaient la première place dans les assemblées liturgiques et avaient le privilège, si elles manifestaient à leur baptême leur volonté de pratiquer la virginité, de recevoir le sacrement avant tous les autres catéchumènes ?.

En Occident il y eut, peut-être plus tôt qu’en Orient, tendance à réunir les vierges en des communautés séparées. Dès l’époque de saint Cyprien elle se manifeste en Afrique, sous une forme défectueuse, il est vrai, qui a provoqué les

1. FUNK, Didascalia et Constitutiones apostolorum, t. II, Paderborn, 1905, p. 106. Même témoignage dans l’Epitome du livre VIII des Constitutions apostoliques, 1bid., p. 82. Cf. Const. apost., VIII, XxIV, ibid, t. I, p. 528. — Les diaconesses au contraire recevaient une imposition des mains qui cependant ne leur donnait pas place parmi le clergé. Const. apost., VIII, xIX, 1bid., t. I, p. 524. — AD. KALSBACH, Die Diakonissenweihe 1m Kan. 19 des Konzils von Nicæa. Rôm. Quartalschrift, XXXII, 1924, p. 166-169.

2. Testamentum Domin: N. F. C., édition RAHMANI, 1899, p. 107, 117 1272CET 07.

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protestations de l’Église, mais qui a préparé peu à peu la fondation de vrais monastères sous la direction de supérieures, tels qu’on en vit s’établir au IVE siècle. En tout cas dès le siècle précédent les vierges chrétiennes étaient en grand nombre en Afrique, elles étaient l’honneur de l’Église, la partie choisie du troupeau du Christ, on les entourait de marques toutes spéciales de considération, et dans les réunions des chrétiens elles occupaient ensemble une place bien à part. C’est pour elles que Tertuilien écrivait son traité Du voile des vierges, De virginibus velandis, et en partie aussi ses deux livres Sur la toilette des femmes, De cultu feminarum, dont saint Cyprien s’inspirait pour son De habitu virginum, « l’un des plus beaux livres que l’antiquité nous ait laissés sur la virginité 1, »

En moraliste austère, Tertullien demandait aux vierges d’Afrique qu’elles consentissent à adopter un usage qui n’était pas nouveau puisque plusieurs églises d’origine apostolique l’observaient déjà : celui du voile; sans doute c'était lPinsigne des femmes mariées, mais il importait que les vierges chrétiennes signifiassent par leur voile qu’elles appartenaient au Christ. C'était une sauvegarde nécessaire, « comme un casque et un bouclier » qui devaient les protéger contre tout péril. Tertullien n’en faisait pas un précepte, l’usage n’était pas encore officiel ? ; mais c’était un acheminement lointain vers l’idée de la consécration des vierges et la tradition liturgique du voile. Ce rite ne paraît définitivement constitué qu’au IVe siècle, mais il semble difficile

I. P. POURRAT, La spiritualité chrétienne (t. I). Des origines de l’Église au moyen âge, p. 67. Paris, 1918. A. D’ALÈS, La Théologie de Tertullien, p. 289-300. LE MÊME, La Théologie de saint Cyprien, Paris, 1922, p. 342-346.

2. H. KocH, Virgines Christi. Die Gelübde der Gottgeweihten Fungfrauen in den ersten drei Jahrhunderten (Texte u. Unters., XXXI, 2, 1907, p. 59-112). Écrit assez tendancieux analysé dans Revue bénédictine, Bulletin d’'hist. bén., 1912, n° 2.

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