HOMMAGES A LA VIRGINITÉ
à Milan lorsqu'il donna le voile à la vierge Ambrosia!. Son allocution contenait comme de coutume une première partie consacrée aux louanges de la virginité, elle se terminait par une invocation pressante à Dieu : Nunc ad te decursis omnibus, Pater gratiæ... Un hommage solennel y était rendu à l’auctor virginitatis, à Dieu de qui seul peut venir le culte que les âmes professent pour la sainte virginité.
Ce sont des idées qui nous amènent directement à la grande formule eucharistique, qui, depuis l’époque du sacramentaire léonien, disons dès maintenant, depuis saint Léon le Grand, constitue la prière de consécration des vierges. Avec l’hommage rendu par la virginité à son « auteur » les deux éléments fonciers se retrouvent en cette pièce vénérable, l’hymne qui chante les gloires de la virginité chrétienne, et la prière à Dieu source unique de pureté et principe de sanctification
pour les âmes qui se donnent pleinement à lui. = La vocation à la virginité date du Nouveau Testament, c’est l’un des fruits, l’un des plus beaux, du mystère de l'incarnation. La création avait été splendide, la chute de l’homme fut en partie la ruine des desseins de Dieu ; le relèvement de cette nature déchue fut plus merveilleux que son premier appel à l’existence. Deus qui humanæ substantiæ dignitatem et mirabiliter condidisti et mirabilius reformasti… disait une antique prière de Noël au sacramentaire léonien ?, reprise quotidiennement par le missel romain. C’est l’expression authentique de cette vérité que la revanche de Dieu sur l’ennemi du bien a été des plus éclatantes, et que, non content de rendre à l’homme les biens surnaturels qu’il avait perdus, Dieu a daigné l’appeler à un degré d’union et d'intimité qui ne se pouvait imaginer. L’homme réconcilié avec son Créateur pourrait désormais traiter avec lui, le
1. S. AMBROISE, De institutione virginis, c. III-XVII. P. L., XVI.
2. MURATORI, Lit. rom. vet., p. 467. Cf. Missel romain, 1° oraison du samedi saint, à la suite de la 1° prophétie : Deus qui mirabiliter creasti hominem et mirabilius redemisti….
servir fidèlement avec le secours de la grâce et compter sur la récompense promise. Mais au gré de Dieu ce n’était pas assez. Il voulait atteindre plus encore que l’union de l’homme avec son Dieu, il désirait l’amener à l’unité parfaite de pensée, de vouloir et de vie entre lui-même et sa créature raisonnable joyeusement soumise. C’est à cette merveille qu'était mystérieusement ordonnée l’histoire du peuple choisi.
Dieu chérissait cette nation qu’il avait mise à part de tout le monde païen pour préparer le Messie qui devait naître d'elle. Aussi la voulait-il pure, sainte, éloignée de toute pratique idolâtrique ; bien plus il la destinait à l’union, il désirait en faire sa fille, sa sœur, son unique, son épouse, il multipliait les termes pour lui témoigner sa tendresse profonde ; et si les prophètes reprochaient à cette épouse indigne ses infidélités, le Seigneur de son côté s’efforçait de la rendre fidèle en chantant les douceurs de l’union. Le psaume Eructavit ! célébrait les fiançailles, et le Cantique des Cantiques décrivait d’avance toutes les phases du mariage mystique, de l’union indissoluble de Dieu avec son peuple, avec l’Église, avec les âmes.
La première réalisation du plan divin s’accomplit dans le mystère de l’incarnation. Le Fils de Dieu se présentait comme l’Époux et venait demander à notre nature humaine d’être sa véritable épouse. La rencontre eut lieu dans le sein de la Vierge, et l’union scellée fut telle qu’en une seule personne divine les deux natures, divine et humaine, se trouvaient unies pour l’éternité. L’union hypostatique était désormais le prototype et le modèle achevé de l’union des âmes avec Dieu. Le Verbe de Dieu désirera désormais s’unir des âmes et en faire ses épouses, comme il a fait pour sa nature
1. Psaume XLIV, psaume messianique par excellence dont la 1° partie décrit la mission du Verbe incarné, et la 2° l’institution de l’Église, épouse du Christ.