‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 159 sur 318 · ROYAUTÉ DU CHRIST · texte numérisé non relu

ROYAUTÉ DU CHRIST

L’onction royale fait du roi l’homme du Christ, elle le fait entrer dans le plan surnaturel, surtout lorsque le souverain reconnaît pratiquement cette dépendance vis-à-vis du « Roi des rois. » Et les peuples, aux siècles de foi, reconnaissaient volontiers dans leur roi après son sacre un prestige surnaturel auquel ils aimaient à rendre hommage. Ils voyaient dans leur monarque l’image du Christ souverain. Personne n’a mieux traduit cette pensée que Jeanne d’Arc, la Sainte nationale, lorsqu'elle disait à Charles VII : « Vous serez le lieutenant du Roi des cieux qui est roi de France. » Le sacre de Reims fut pour elle le signe providentiel qui achevait de montrer la vocation surnaturelle de la monarchie française. Tout l’honneur du sacre revient somme toute au Christ dont la Royauté est solennellement célébrée.

C’est ce que signifiaient les acclamations ou laudes que tout le peuple romain chanta jadis au sacre de Charlemagne, nous dit le Liber pontificalis !. Les anciens manuscrits carolingiens en ont conservé le texte qui s’est transmis à travers les âges:

Carolo excellentissimo et a Deo coronato…. vita et victoria!

Christus vincit, Christus regnat, Christus imperat.

Rex regum, — Christus vincit!

Rex noster, — Christus regnat.

Spes nostra — Christus imperat.

Gloria nostra — Christus imperat.

Lux, via et vita nostra — Christus imperat.

Ipsi soli imperium, gloria et potestas per immortalia sæcula sæculorum. Amen.

Ipsi soli virtus, fortitudo et victoria.

Ipsi soi honor, laus et jubilatio, per infinita sæcula sæculorum.. ? »

1. D'UCHESNE, Le Liber pontificalis, notice du pape saint Léon III.

2. W. OR, Die Kaïserskrônung Karls der Grossen. Eine kritische Studie. 1904. L'auteur a démontré le caractère liturgique de ces acclamations.

On retrouve la même conception chez les Grecs exprimée

également dans les Jaudes impériales.

Laudamus te Christe

Imperator sæculorum

Unigenitum Patris Verbum

Quod respexisti et illustrasti

Populum tuum

Et adduxisti nos

Deo et Patri, etc.1

L’iconographie byzantine vient à son tour illustrer à sa

façon cette pensée que le pouvoir impérial s’exerce au nom du Christ et qu’il est une dérivation de son autorité souveraine. Le couronnement impérial est fréquemment représenté, dans la peinture ou la sculpture, par le geste du Christ posant lui-même le diadème sur la tête de l’élu. Un célèbre ivoire byzantin du Cabinet des médailles à Paris résume splendidement la tradition à ce point de vue : le Christ, debout sur un haut tabouret orné de gemmes, couronne de sa main droite l’empereur Romain IV Diogène (1067-1071) et de la gauche l’impératrice Eudoxie, debout de chaque côté de lui dans leurs somptueux habits de cérémonie : les noms inscrits au-dessus des personnages ne laissent aucun doute sur leur identité. Sur une autre plaque antérieure de deux siècles c’est la Vierge qui pose la couronne sur la tête de l’empereur Léon VI. À Rome, la mosaïque du Latran réserve à saint Pierre l'honneur de présenter à Charlemagne létendard du Chef d’armée et à Léon III le pallium pontifical ?. L’idée était toujours la même : consécration officielle de la part de Dieu du pouvoir confié à un homme,

1. CONSTANTIN PORPHYROGÉNÈTE (X® siècle), De cæremoniis aulæ byzantine, 1, 1, 69. Édition Bonn, 1820.

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