II. — RAPPEL DES DEVOIRS
Une autre fonction de la cérémonie du sacre est de rappeler, toujours au nom de Dieu, es devoirs du souverain vis-à-vis de son peuple, vis-à-vis de l’Église et de la religion. Ces devoirs sont sacrés comme la majesté royale à laquelle ils sont afférents, car ils ont leur modèle et leur type dans la justice divine, la puissance royale n’étant qu’une participation de l’autorité divine. Le rappel de ces devoirs du monarque chrétien est consigné principalement dans l’admonition du début déjà mentionnée plus haut! L'Église y décrit lPautorité royale sous la forme idéale, celle qui tout en assumant le bonheur et la prospérité matérielle des peuples, sauvegarde et favorise les intérêts supérieurs de la religion. C’est en ce sens que la liturgie peut dire en toute vérité au souverain :
Regendi fideles populos tibi commissos curam sumis…. Tu quoque de grege tibi commisso ipsi Deo rationem es redditurus, comme si le roi avait à exercer une véritable juridiction spirituelle. Nous savons cependant qu’elle n’est pas réellement telle. L’admonition insiste en particulier sur le respect et la défense de la liberté de l’Église, car c’est une façon pour l'autorité souveraine de participer activement au plan divin en assurant le libre développement de l’œuvre du Christ sur la terre. C’est encore l’affirmation d’un principe éminemment cher à l’Église et essentiel à sa constitution, celui de sa complète indépendance vis-à-vis de toute puissance séculière en tout ce qui touche à sa mission surnaturelle ; c’est le rappel du devoir qui incombe aux souverains de
1. Formule Cum hodie per manus nostras du Pontifical romain. On y lit ces paroles qui confirment les remarques faites ci-dessus : Si consideraveris quod omnis potestas a Domino Deo est, « per quem reges regnant et legum conditores justa decernunt » : tu quoque… Deo rationem es redditurus.
pourvoir avant toute chose à la paix et à la liberté de l’Église, en raison des intérêts supérieurs qu’elle représente. Aussi est-ce la première chose qu’ils doivent jurer avant même de promettre qu’ils se dépenseront pour les intérêts temporels de leurs sujets :
Ego promitto coram Deo et angelis ejus deinceps legem, justitiam et pacem Ecclesiæ Dei, populoque mihi subjecto pro posse et nosse, facere ac servare….
Dans l’ancien rituel en usage à Reims pour le sacre du Roi de France la chose était plus formelle encore. Après sa promesse de garder la foi catholique, l’archevêque lui demandait : « Vis sanctis ecclesiis ecclesiarumque ministris tutor
et defensor esse? RJ. Volo. » Et en second lieu seulement : « Wis regnum tuum a Deo concessum secundum justitiam Patrum tuorum regere et defendere ? KR]. Volo.
Les rois allemands devaient au moment de leur sacre répondre affirmativement à six questions que leur posait leur consécrateur ?. On leur demandait s’ils étaient disposés : à défendre la foi catholique ; à protéger l’Église et ses serviteurs ; à gouverner le pays selon ses lois ; à maintenir les droits de la couronne ; à protéger tous ses sujets indistinctement ; à rester soumis au pape et à l’Église Romaine. Ils concluaient ces promesses par un serment prêté sur l’évangéliaire de Charlemagne de conformer leur vie aux engagements qu’ils venaient de prendre à.
Enfin la cérémonie du sacre avait pour but de rappeler également aux sujets les devoirs spéciaux qui les lient
1. Pontificale Remense, MARTÈNE, De ant. eccl. rit., II, c. x, ordo 6.
2. Rituel du sacre à Aïx-la-Chapelle, MARTÈNE, op. cit. IL, c. IX, ordo 4.
3. Même cérémonial chez les Anglo-saxons. On a conservé une formule de serment royal datant vraisemblablement de l’époque de l'archevêque saint Dunstan. STUBBS, Memorials, cité par H. THUR- STON, The Coronation Ceremonial, p. 44-46.