I. — ENTRÉE DANS LA CHEVALERIE
IEN que les anciens recueils officiels de l’Église romaine n’aient point songé à enrichir de bénédictions spéciales
les militaires qui mettaient leurs armes au service de la religion, on n’est pas surpris de constater que, dès le X® siècle, et peut-être avant, les collections d’Ordines romani ont comblé cette lacune. L’un des exemplaires les plus vénérables par leur antiquité, conservé à Rome à l’ancienne bibliothèque de la Vallicellane, offre déjà une benedictio vexilli bellici et une benedictio ensis!, bénédiction de l’étendard et du glaive pour les chevaliers destinés à combattre les infidèles. Sitque inimicis christiani populi terribile, demande-t-on pour cet étendard, et de suite l’on est fixé sur la nature des campagnes guerrières que l’Église entoure ainsi de ses supplica-
1. Cod. D. 5 de la Vallicellane, du X° ou XI® siècle, originaire de Mayence, reproduit par CATALANI, Pontificale romanum comm. orn.s 1. I, append. au dernier formulaire. L’Ordo romanus d’HITTORP, De div. off, 1610, col. 178, a aussi un Ordo ad armandum militem, mais MARTÈNE, De ant. eccl. rit., 1. III, c. xIr, le dit ajouté de seconde main. Cf. Man. de Munich, Cim. 6425, du XI° siècle.
tions et pour lesquelles elle implore les bénédictions de Dieu.
Ce formulaire ancien est antérieur aux croisades, mais il a dû être fréquemment employé au cours des siècles qu’ont illustrés les expéditions contre les infidèles. On l’a signalé dans des recueils des XIe, XIIe et XIIIe siècles 1, et il est tout entier dans notre Pontifical, mais scindé en deux tronçons dont, par une étrange anomalie, le premier se trouve relégué à la fin du livre II, tandis que le second termine le livre Ier sous le titre de benedictione novi militis. Est-ce encore à Durand de Mende qu’il faut imputer ces singuliers procédés ? En tout cas les manuscrits de son Pontifical présentent déjà la disposition ? qu’a reproduite l’édition romaine de 1485 et que n’ont pas modifiée les réimpressions du Pontifical romain. L’ancien recueil des papes n’avait rien de semblable à ces formulaires. Catalani a cependant relevé dans l’un des manuscrits de ce recueil, écrit au XVE® siècle, un Ordo gualiter in sacrosancta beati Petri apostolorum principis basilica de urbe aliquis militetur . Jadis la nécessité ne s’était pas fait sentir dans la ville des papes de réserver une bénédiction particulière aux chevaliers qui s’armaient pour la croisade. Plus tard on imita les autres églises de la chrétienté qui bénissaient abondamment les nouveaux chevaliers, leurs croix et leurs épées, leurs armes et leurs étendards 4. L’oraison ajoutée par Durand de Mende ou ses contemporains à l’ancien formulaire précisait sa destination : elle s’adressait
1. Cod. theol. 277, de Vienne, publié par GERBERT, Monumenta vet. liturgiæ alemannicæ, 11. Cf. P. L., CXXXVIIL, 1121. — Man. de Rheinau, du XIe siècle, 1bid., 1026, D. — Pontifical de Durand de Mende mentionné ci-après.
2. Cod. lat. Vat. 1145 et 1930 de la bibliothèque Vaticane, à Rome. Cf. cod. lat. Vat. 4744, dans CATALANI, loc. cit. et MARTÈNE, De ant. ecclerit 1 LEC ExIT: