‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 216 sur 318 · ÉGLISES DOMESTIQUES · texte numérisé non relu

ÉGLISES DOMESTIQUES

y établit sa cafhedra, et le peuple fidèle commença à y tenir ses réunions 1. De même un riche habitant de Césarée cède à l’Apôtre sa maison, « capable de contenir plus de cinq cents personnes », et son jardin ?.

Nous voyons là comment, de très bonne heure probablement, les lieux de réunion des fidèles purent devenir de véritables églises définitivement consacrées au culte, sans pour cela cesser d’être des « églises domestiques » c’est-à-dire d’anciennes habitations qui continuaient à porter le nom de leurs propriétaires. Dans les Recognitiones Clementis en effet il est question de cession de maisons par des personnages riches.

C’est ce que les anciennes traditions de l’église romaine confirment absolument. Deux des plus anciens « titres » ou tituli, de Rome portent les noms de sainte Prisca et de sainte Pudentiana : c’étaient d’après des traditions, un peu tardives il est vrai, les demeures d’Aquila et de Prisca, et de la fille de Pudens, Pudentiana, personnes qui furent en relation avec saint Pierre*. De même l’église de Sainte-Cécile a été construite dans l’ancienne demeure de la Sainte, et, bien que ses actes ne soient pas absolument purs de toute interpolation, le trait rapporté de sainte Cécile au moment de sa mort est des plus vraisemblables : elle légua sa maison pour la faire transformer en église, ut domum meam ecclesiam consecrarem. Les anciens #ituli Lucinæ, Sabine et autres trahissent une origine semblable ; de même l’église de Saint-Clément.

Il y a tout lieu de croire qu’à Rome et ailleurs ces vastes édifices cédés à la communauté chrétienne pour les réunions

x. Recognitiones Clementis, 1. X, 71. P. G., 1, 1453.

2. Ibid. 1. IV, 6. P. G., 1, 1318. — Cf. DE Rossi, Les oratoires domestiques, dans Bulletin d’archéologie chrétienne (trad. franç.), 1867; 1876 et 1878.

3. H. LECLERCQ, Manuel d’archéologie chrétienne, 1, 414 et 420. On a retrouvé dans les substructions de ces basiliques des murs datant au moins du I®r siècle de notre ère.

du culte n’étaient pas les seuls en usage. Surtout dans les villes considérables comme Rome, les églises domestiques devaient être nombreuses et de dimensions très diverses. Beaucoup pouvaient bien ne compter que tel ou tel appartement mis à la disposition des fidèles. Il n’y eut évidemment rien de fixe ni de réglé dans ces installations, qu’on devait du reste changer dans les temss de persécution afin d’échapper aux poursuites 1,

Le martyr saint Justin, interrogé à Rome, en l’année 163, put même répondre au préfet qui lui demandait d’indiquer le lieu de réunion des chrétiens : « Chacun va où il peut ou bien où il veut... Car le Dieu des chrétiens n’est pas limité à un espace déterminé... Les fidèles l’adorent en tout lieu.»

Quoi qu’il en soit, le fait abondamment prouvé de l’existence des églises domestiques aux trois premiers siècles, loin d’exclure la possibilité d’édifices définitivement livrés au culte et capables d’être consacrés, établit au contraire la vraisemblance, confirmée par les traditions anciennes, de vrais sanctuaires légués à l’Église par les familles opulentes. Nous verrons plus loin comment tout naturellement les basiliques chrétiennes du IVE siècle s’inspirèrent, pour leur forme et leur distribution, des demeures privées des Romains.

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