II. — LES BASILIQUES CHRÉTIENNES
Un historien du IV® siècle nous dira tout à l’heure que les constructions destinées au culte abondaient à Rome dès le temps des persécutions. Il devait en être de même en Orient ?.
1. Cf. Liber pontificalis, notice du pape Gaïus (283-296) : Hïic fugiens persecutionem Diocletiani in cryptis habitans confessor quievit. — Notice du pape saint Marcel (+ 309) : Lucina… suscepit beatum virum : quæ domum suam… titulum dedicavit, ubi die noctuque hymnis et orationibus Domino Ÿesu Christo confitebatur.
2. Le culte des martyrs y était extrêmement développé, et les
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Remarquons tout d’abord que, dès le temps des persécutions, il y eut en dehors des églises domestiques, de nombreuses chapelles cimétériales, dont quelques-unes assez spacieuses purent servir aux réunions liturgiques.
La capella græca ne pouvait guère contenir qu’une quinzaine de personnes. Mais la crypte des papes offrait un peu plus d’espace : déjà on y devine la disposition, si naturelle du reste, adoptée plus tard par toutes les basiliques : la chaire de l’évêque au fond de la salle, d’où il pouvait adresser la parole aux fidèles massés devant lui, et célébrer le saint sacrifice sur l’autel dont on voit encore les traces sur le gradin placé en avant du trône.
Au cimetière des « Catacombes » ou cimetière Ostrien sur la voie Appienne, illustré par la présence momentanée des corps de saint Pierre et de saint Paul, on construisit au troisième siècle une église souterraine, où soixante-dix à quatrevingts fidèles pouvaient trouver place. Tout au fond d’une abside droite apparaît le siège de l’évêque, abrité sous une arcade et entouré des deux côtés de bancs de pierre pour le clergé. Deux colonnes taillées dans la paroi viennent ensuite, séparant le presbyterium de la nef réservée aux fidèles : celle-ci comprend quatre travées séparées par des couloirs qui donnaient accès à la pièce!.
IL faut revenir un instant à la question des églises domestiques, pour s’expliquer l’origine des basiliques. Elles surgirent en grand nombre, à Rome en particulier, dès que la paix eut été accordée à l’Église. Mais, si elles dépassèrent en étendue et en magnificence tout ce qui jusqu’à cette époque avait servi à la célébration du culte
sanctuaires paraissent en grand nombre dès le début du IV® siècle. H. DELEHAYE, Les Origines du culte des Martyrs, ch. v et vi.
1. H. LECLERCQ, Manuel d’arch. chrét., 1, 292. — H. CHÉRAMY; Saint-Sébastien-hors-les-murs, Paris, 1925, ch. 11. — Dr P. STYGER, Il monumento apostolico della via Appia, Rome, 1917, ch. Il.
divin !, elles ne créèrent pas à proprement parler un type nouveau d’architecture.
La théorie très généralement admise aujourd’hui enseigne que les basiliques chrétiennes du IV® siècle ont copié les grandes maisons romaines de l’époque, et leur ont emprunté une bonne partie de leurs éléments. Sous les influences diverses des traditions nationales de Rome et des usages empruntés à la Grèce, les demeures opulentes du monde gréco-romain aux premier et deuxième siècles de notre ère, avaient adopté un type à peu près uniforme de construction ?. Les maisons de Pompeï en ont fourni des exemples très intéressants qui sont connus de tous.
Généralement on pénétrait dans la demeure par une entrée donnant dans l’atrium, ou cour entourée de portiques, sorte de cloître, autour duquel étaient groupées les habitations pour les serviteurs, des boutiques, des caves, des celliers, des dépendances de toute espèce.
L’atrium était couvert d’un toit, au milieu duquel on avait pratiqué une ouverture rectangulaire, servant à donner de la lumière. À cette ouverture du toit correspondait sur le sol de l’atrium un bassin ou piscine, impluvium, destiné à recevoir l’eau de la pluie pour les besoins domestiques ÿ. En arrière du bassin, toujours selon le vieil usage romain, se plaçait une table de pierre, cartibulum, où l’on posait les vases et ustensiles de cuisine 4. Au fond de l’atrium, des chambres, semblables à celles du pourtour, servaient de bibliothèque, de
1. Au début du IV® siècle, l’historien Eusèbe attestait que telle était l’affluence des fidèles dans les églises « qu’en maint endroit on avait dû réédifier complètement les constructions primitives et les rebâtir sur des plans plus vastes. » Hist. eccl., 1. VIIL, 1 ; 1. X, 2. — De vita Constantini, 1. III, 47.
2. DAREMBERG ET SAGLIO, Dictionnaire des antiquités grecques et romaines, s. v. Domus. — R. DE LASTEYRIE, L'architecture rel. en France à l’époque romane, ch. x.