DÉPOSITION DES RELIQUES
cande : quæsumus ut vestram præsentiam.… non negetis !. Peutêtre est-ce un écho d’un antique usage des catacombes qui voulait que l’on conviât les fidèles à la depositio solennelle des martyrs. La coutume a passé, nous savons pourquoi, au rite de la dédicace.
Ponere était également le terme employé par le pape Vigile : ecclesiæ in qua sanctuaria non ponuntur ?.
Il nous faut précisément revenir à ce témoignage du Pape Vigile (f 561) pour lui demander si, au VIS siècle, le rite romain de la dédicace ne comprenait pas autre chose que la célébration de la messe, et la depositio ou reconditio des reliques, lorsque cette cérémonie était possible. On se souvient que Vigile parlait à l’évêque Profuturus de Braga, non pas précisément de la dédicace d’une nouvelle église, mais de la reconsécration d’une église construite sur l’emplacement d’une ancienne église détruite ou tombée en ruines.
De fabrica cujuslibet ecclesiæ si diruta fuerit, et si in eo loco consecratioms solemnitas debeat iterari in quo sanctuaria non fuerint, nihil judicamus officere si per eam minime aqua exorcizata jactetur; quia consecrationem cujuslibet ecclesiæ in qua sanctuaria non ponuntur, celebritatem tantum scimus esse missarum ; et ideo, si qua sanctorum basilica a fundamentis etiam fuerit innovata, sine aliqua dubitatione cum in ea missarum fuerit celebrata solemnitas, totius sanctificatio consecrationts impletur. Si vero sanctuaria que habebat ablata sunt, rursus earum depositione et missarum solemnitate reverentiam sanctificationis accipiet.
Il ne s’agit que d’un temple à reconsacrer. Deux hypothèses : si auparavant il n’avait pas de reliques, il suffit de la messe ; s’il en avait déjà et qu’on les ait encore, nouvelle depositio et messe solennelle. Car, ajoute le pape, « nous ne pensons
1. Sacramentaire gélasien, cod. Vat. 316, 1. IX, 1. 2, VIGILE, Epist. ad Profuturum, P. L., LXIX, 18.
pas que dans ces cas de reconsécration, il soit nécessaire d’asperger la nouvelle église d’eau bénite », nh1l judicamus officere, si per eam minime aqua exorcizata jactetur. Est-ce à dire que l’aspersion d’eau bénite n’était jamais nécessaire et par conséquent n’était pas usitée à Rome, ou bien qu’elle était superflue, seulement dans le cas visé de reconsécration, ce qui impliquerait l’usage des lustrations d’eau bénite pour les dédicaces ordinaires? Les auteurs sont divisés sur ce point!. Si on donne à consecrationem cujushbet ecclesie un sens absolu, il faut évidemment conclure que Vigile étend à tous les cas l’inutilité de l’aspersion d’eau bénite. Cependant le fait seul qu’il mentionne ce détail prouve bien que, dans son esprit, le rite de l’aspersion était intimement lié à celui de la consécration ordinaire des églises. À supposer donc qu’il ait été déjà en usage à Rome à cette époque, il avait pour fonction de préparer et de purifier l’édifice avant la consécration. On comprend dès lors aisément pourquoi, dans le cas prévu par le pape, ce rite préparatoire, ce véritable exorcisme destiné à chasser le démon, était jugé superflu, puisqu'on suppose qu’une ancienne église avait existé déjà à l’emplacement de la nouvelle. C’est vraisemblablement ce qu’a voulu dire le pape Vigile, d’autant que cinquante ans plus tard, le 18 juillet 601, le pape saint Grégoire écrivait à saint Mellitus, l’un des missionnaires d’Angleterre, qu’il fallait se garder de détruire les temples païens, mais les convertir en églises : « pour les consacrer au culte, il fallait les asperger d’eau lustrale, y ériger un autel et y déposer des reliques ?. » Il est juste d’ajouter que saint Grégoire parle
1. Dans le rit byzantin, les ablutions sont antiques comme les onctions qui viennent ensuite. Sur le rituel byzantin, voir Dom PL. DE MEESTER, Rituale-Benedizionale bizantino, 1920, p. 174-230. Voir aussi l’étude importante sur la dédicace au rit arménien par F. C. CoNvBEARE, Rituale Armenorum, Oxford, 1905, p. XXXI et suiv., et 1-25.
2. SAINT GRÉGOIRE LE GRAND, Epist., XI, 56. Mon. Germ., Epist.,