ABLUTIONS ET ONCTIONS
elle-même, qui, de fait, n’existe ni dans le supplément d’Alcuin ni dans le grégorien de Ménard, — ou bien s’il ne concerne que certains abus. En tout cas, la cérémonie reparaît au grand complet dans l’Ordo romanus vulgatus (le plus développé), au rituel même de la dédicace. Dans les sacramentaires du VIII siècle elle a déjà toutes les oraisons de notre Pontifical, sans en excepter la série des six derniers psaumes 145 à 150. L’Ordo romain y a ajouté au commencement les sex psalmi veniales, comme dans le Pontifical actuel qui donne en plus le psaume De profundis. Ce ne sont pas exactement ceux que nous appelons actuellement « psaumes de la pénitence ».
Cet Ordo de la bénédiction d’une cloche rappelle de très près celui de la dédicace elle-même!, puisqu’il comprend des ablutions avec bénédiction d’eau, une triple série d’onctions et des fumigations, rites qui paraissent également en Gaule dès la fin du VIII: siècle affectés à la dédicace. On peut donc affirmer à priori qu’il s’agit d’une sanctification analogue dans les deux cas. La cloche bénite a cependant ceci de particulier qu’elle est considérée comme une sorte de sacramental, à l’instar de l’eau bénite : cela ressort nettement des formules de bénédiction. Sa destination spéciale est d’avoir pour ainsi dire «grâce d’état» pour convier les fidèles à la prière publique : … præsta quæsumus ut hoc
vasculum … sanctificetur a Spiritu sancto, ut per illius tactum fideles invitentur ad premium.
crescat in eis devotionis augmentum ut festinanter ad piæ matris ecclesiæ gremium, cantent tibi in ecclesia Sanctorum canticum novum.…
Cet office principal de la cloche a dicté le choix des six psaumes que dès le VIIIS siècle l’on voit assignés à la fonction, ce sont les psaumes de louanges, les « Laudes » par excellence,
1. Cf. J. BAUDOT, Les cloches, Paris, 1913. 2° partie, ch. I, art. I; Bénédiction des cloches,
145-147 et 148-150. En cela consiste la noblesse de la cloche. Saint Benoît confiait à l’Abbé en personne, au représentant du Christ dans le monastère, le soin d’annoncer l’heure de l’œuvre de Dieu, et il marquait d’une façon toute spéciale l’empressement que doivent mettre ses fils à obéir à cette invitation. En définitive, la voix de la cloche n’est autre que la voix du Christ lui-même, convoquant le peuple chrétien à venir s’associer à sa prière divine : ear toute prière est adressée au Père par le Fils. C’est évidemment ce sentiment qui se retrouve dans le ehoix de Marthe et Marie ajouté tardivement à la cérémonie: Martha sollicita es et turbaris erga plurima : porro unum est necessarium.
En dehors de cette fonction liturgique éminente qui est réservée à la cloche, les formules de bénédiction du Pontifical demandent à Dieu pour elle un autre privilège d’un ordre tout différent, que plusieurs autres objets bénits partagent du reste avec elle ; celui de combattre l’action néfaste des puissances infernales. On peut remarquer en effet que toute une catégorie des bénédictions contenues dans le Rituel romain n’a pas d’autre destination que de mettre les fidèles en possession de moyens authentiques, recommandés par l’Église et par conséquent approuvés de Dieu, de se défendre contre les esprits mauvais et leurs influences perverses. C’est, peut-on dire, le côté négatif des grâces accordées aux créatures rachetées dans le Sang du Christ. L’ennemi auquel elles ont renoncé solennellement en embrassant le christianisme, et surtout au moment du baptême, n’a pas par ce fait même perdu tout empire sur elles. Par la permission spéciale de Dieu, et toujours dans la mesure même où Dieu le permet, les démons répandus à foison à travers le monde n’ont rien de plus à cœur que de nuireaux hommes ; Dieu le permet pour éprouver les élus, comme on le voit par l’exemple de Job ; il le permet aussi quelquefois, nous dit la théologie basée sur la doctrine des Pères, pour châtier les crimes de la terre dès la vie présente. Cette action des