‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 267 sur 318 · FONCTIONS DES CLOCHES · texte numérisé non relu

FONCTIONS DES CLOCHES

démons est absolument indéniable, en dehors même de celle qui peut être provoquée par les hommes eux-mêmes au moyen des maléfices, sortilèges, évocations et toutes autres manifestations de la magie. Aussi bien tous les peuples anciens ont eu conscience de ces influences naturelles de ce qu’ils appelaient les génies malfaisants ; tous aussi ont ressenti la nécessité de se mettre en garde contre eux, soit en leur rendant un culte idolâtrique et en leur offrant des sacrifices dans la pensée de se les rendre favorables, soit en usant de rites superstitieux ou de formules d’abjuration dans le but de combattre leur action.

Beaucoup d’idées populaires sur la puissance des démons et sur les moyens de la combattre subsistèrent très certainement après le christianisme et se maintinrent très longtemps, surtout en certaines contrées moins civilisées, malgré les influences de la vie chrétienne 1. Contre elles l’Église protesta souvent, condamnant et proscrivant par ses décrets les pratiques idolâtriques ou simplement superstitieuses, comme impliquant un reste de paganisme. Mais à côté de cela, elle consentit fréquemment à s’inspirer des idées courantes et des rites traditionnels chez les peuples anciens pour constituer ce que nous appelons les sacramentaux, ou du moins certains d’entre eux. Ainsi il n’y a pas de doute possible que l’idée de l’eau bénite ou exorcisée ne soit très voisine de celle qui a donné naissance au rite de l’eau lustrale des païens, à laquelle ne manquait ni l’addition du sel, ni la combinaison de l’eau et du feu réalisée en y plongeant des torches allumées. Il y avait là un symbolisme naturel que l’Église trouva tout simple d’adopter, mais en le transformant.

De même les pratiques idolâtriques pouvaient reposer souvent sur des phénomènes naturels où les païens

1. AD. FRANZ, Die kirchlichen Benediktionen im Mittelalter, Fribourg, 1909, II, 19-123.

avaient seulement le tort de voir la puissance de leur soidisant génies bienfaisants. Rien d’étonnant qu’on retrouve des traces de ces mêmes pratiques dans les usages approuvés par l’Église et reposant sur des conceptions tout autres que celles des païens.

C’est qu’en effet en s’appropriant certaines pratiques populaires où la superstition jouait un grand rôle, l’Église a substitué aux principes erronés qui en étaient l’origine, celui de la toute-puissance divine se manifestant aux hommes lorsqu'ils savent l’obtenir par leurs prières et leurs bonnes œuvres, et en se servant des moyens approuvés par elle au nom de Dieu. Dès lors ces pratiques avaient un caractère tout différent des usages païens, quand bien même elles les rappelaient extérieurement, ou que par suite des habitudes invétérées et de l’ignorance du peuple, il s’y glissait encore des actes superstitieux.

Or c’est dès les origines du christianisme que l’Église proclama ce principe de la toute-puissance divine, principe déjà connu des juifs et nettement exprimé dans les Écritures, dans les psaumes en particulier, mais qu’il importait au plus haut point d’affirmer comme donnant le sceau divin à la vérité chrétienne. Notre-Seigneur lui-même a dû le proclamer pour confondre ceux de ses ennemis qui prétendaient attribuer ses miracles à un pouvoir magique ou même nettement diabolique. Les apôtres après lui n’ont pas eu d’autre souci que d’attribuer leurs miracles à la puissance du Christ, Fils de Dieu. L’une des premières prières des apôtres est un appel à la toute-puissance du Créateur du ciel et de la terrel. Credo in unum Deum Pairem omnipotentem est le premier article et l’un des plus anciens du symbole des apôtres. Eusèbe parle des martyrs qui se riaient de la mort et célébraient dans leurs hymnes le Créateur de toutes choses ?.

Page 1