GATTICO, Acta cæremonialhia S. E. R., p
Ermitte quesumus Domine Spiritum sanctum tuum Paraclitum de cœlis in hanc pinguedinem olive... ad refectionem mentis et corporis, ut. sit omni hoc unguento cælestis medicinæ peruncto TUTAMEN MENTIS ET CORPORIS... unde unxisti sacerdotes, reges, prophetas et martyres.
«Envoyez du haut des cieux, Seigneur, nous vous en prions, votre Esprit Saint le divin Paraclet, sur ce produit onctueux que vous avez daigné tirer de l’olivier pour le bien de l’âme et du corps ; faites par votre bénédiction sainte que quiconque aura recours au remède céleste de cette huile bénite y trouve un réconfort spirituel et corporel, un soulagement en ses souffrances, infirmités et maladies de la chair et de l'esprit. Ainsi avez-vous jadis accordé l’onction salutaire aux prêtres et aux rois, aux prophètes et aux martyrs. Que cet élément soit donc pour nous, Seigneur, une huile pleinement efficace pénétrée qu’elle est de votre bénédiction et qu’elle agisse en nous sans fin au nom de Notre Seigneur Jésus-Christ. »
On remarquera la forme d’épiclèse comme dans la benedictio fontis : « Envoyez, Seigneur, votre Esprit-Saint… » Le principe est le même.
Toutes les anciennes formules de bénédiction de l’huile des infirmes mentionnent la santé et la guérison de l’âme et du corps, par allusion évidemment au texte de saint Jacques (v, 14) :
Infirmatur quis in vobis ? inducat presbyteros Ecclesiæ et orent super eum, ungentes eum oleo 1n nomine Domini ; et oratio fidei salvabit infirmum et alleviabit eum Dominus, et si in peccatis sit, remittentur ei.
Il faut de ce texte rapprocher le témoignage de saint Marc (vi, 13) : Ungebant oleo multos ægros et sanabant. Les anciennes Constitutions à la suite de la Traditio apostohica nous offrent un type fort intéressant de ces prières de bénédiction. On y trouve comme l’embryon de notre formule romaine ainsi qu’il est aisé de s’en rendre compte. La
traduction latine de l’antique Tradition l’insère à la suite du canon de la messe :
Si quis oleum offert, secundum panis oblationem et vini, et non ad sermonem dicat, sed simili virtute gratias referat dicens : « Ut oleum hoc sanctificans des, Deus, sanitatem utentibus} et percipientibus, unde unxisti reges, sacerdotes et prophetas, sic et omnibus gustantibus confortationem, et sanitatem utentibus 1llud præbeat… »
Comme dans le canon romain, cette prière devait se rattacher à la finale de la prière eucharistique avant la doxologie Tibi gloria qui est celle même de l’anaphore.
La parenté avec la formule romaine est évidente : même allusion de part et d’autre au double emploi que les fidèles pouvaient faire de l’huile bénite s’en servant pour pratiquer des onctions sur les infirmes, ou la leur faisant prendre sous forme de breuvage comme remède contre les maladies du corps et de l’âme. (La formule éthiopienne demande la santé et la sanctification pour ceux qui se serviront de cette huile.) Les fidèles pouvaient donc se servir de l’huile des infirmes, en dehors même de l’administration régulière du sacrement d’extrême-onction par les prêtres. Le pape saint Innocent en l’année 416, le donne clairement à entendre :
De fidelibus ægrotantibus… qui sancto oleo chrismatis perungi possunt,.… non solum sacerdotibus sed et omnibus uti Christianis licet in sua et in suorum necessitate ungendum ?.
Il y a ensuite identité entre les deux formules (égyptienne et romaine) dans la manière de rappeler l’onction que rece-
1. Peut-être faudrait-il lire ungentibus qui serait la traduction de xptouévots. On a lu 7pwmévots, utentibus. Les anciens textes romains lisaient en effet ungenti, gustanti, tangenti, indiquant ainsi tous les moyens divers d’utiliser cette huile sainte. Cf. TH. SCHERMANN, Ein Weiherituale d. rôm. Kirche, p. 63.
2. SAINT INNOCENT Ier, Epist. ad Decentium, 8, P. L., xx, 560.
vaient les rois (Reg. 1, 19), les prêtres (Exod. 19 ; Levit. 8), et les prophètes (III Reg. 19) sous l’ancienne Loi : Unde unxisti reges. Les sacramentaires romains ont seulement ajouté la mention de «l’onction des martyrs », qui est, semble-t-il, une allusion aux charismes spéciaux que recevaient souvent les confesseurs de la foi, qui les aidait à supporter [et les empêchait même quelquefois de sentir] les tourments qu’ils subissaient dans leurs corps. Peut-être même est-ce une allusion à la grâce de la confession de la foi au milieu des tourments. D’après les canons d’Hippolyte on attachait une importance telle à cette grâce de la confession de la foi devant les juges, que ceux qui en avaient bénéficié étaient réputés bénéficier du sacerdoce du Christ, et l’évêque pouvait les ordonner sans consécration spéciale :
Quamquam formam presbyteratus non acceperit tamen spiritum presbyteratus adeptus est; episcopus igitur omittat orationis partem que ad Spiritum sanctum pertinet.
À propos de cette oraison de la benedictio olei infirmorum, Amalaire a remarqué! qu’on y fait mention spéciale de PEsprit Consolateur, Emitte Domine Spiritum sanctum tuum Paraclitum : c’est que l’huile des infirmes est destinée à procurer aux malades le soulagement dans leurs souffrances et la consolation dans leurs peines morales, suivant le texte de saint Jacques : Salvabit infirmum et alleviabit eum Dominus. Dans la consécration des autres huiles il n’est pas question de cet effet spécial, parce qu’elles sont destinées à obtenir des grâces différentes.
On a noté le fait que les onctions pour lesquelles on se sert de l’huile des infirmes sont, d’après la formule en usage dans le Rituel romain, spécialement destinées à conférer aux malades Za rémission de leurs péchés. I] n’en est pas fait mention explicite dans la bénédiction que nous venons