‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 302 sur 318 · I. AMALAIRE, De eccl. officus, I, xtl, P. L., CV · texte numérisé non relu

I. AMALAIRE, De eccl. officus, I, xtl, P. L., CV

d'étudier, et encore moins dans sa rédaction primitive des anciennes Constitutions. Il serait abusif d’en conclure que l'Église a modifié gravement le caractère du sacrement, : comme si d’un pur sacramental, donné pour obtenir la santé du corps, elle avait fait un sacrement pour laver les souillures de l’âme. Sans doute, l’expression « rémission des péchés » est absente de la benedictio olei ; mais il est question d’un remède contre les maladies mentis et corporis, ce qui revient en définitive au même ; et le futamentum mentis et corporis appliqué à la communion dans notre prière de préparation Perceptio corporis, fait bien lui aussi allusion aux effets surnaturels qu’on attend du sacrement de la sainte eucharistie.

L'huile des catéchumènes et le saint chrême. — Tandis que la bénédiction de l’huile des infirmes a conservé sa place privilégiée que la tradition la plus antique lui donnait au milieu même de la prière eucharistique, la bénédiction de l’huile des catéchumènes et du saint chrême, n’ayant avec la liturgie de la messe aucun lien traditionnel, s’est vue successivement reléguée à différents moments de la cérémonie. Les documents attestent à tout le moins trois situations diverses : 1. après la fraction de l’hostie ;

2. après la communion de l’évêque seul ; 3. après la communion générale et par conséquent à la fin de la messe.

La première représente l’usage gallican comme en témoignent non seulement les sacramentaires gélasiens-gallicans (du Vatican, de Gellone), et les documents postérieurs jusqu’à une époque avancée !, mais aussi les liturgistes français ?. La tradition romaine conservée jusqu’à la fin du XVe siècle place au contraire la consécration du chrême

I. MARTÈNE, De ant. eccl. rit., 1. IV, c. xxIl. 2. AMALAIRE, De eccl. officus, I, XII, reproduit par HONORIUS D’AUTUN, Gemma animæ, 82, et RUPERT, De div. officiis, 17.

après la communion du pape ou du prélat consécrateur 1.

Durand de Mende a introduit une modification à cet usage romain en reportant la consécration jusqu’après la communion du clergé et des fidèles. C’est ce à quoi s’est conformé le Pontifical romain de 1485. L'innovation ne dut pas être bien sensible à Rome vu qu’on y avait, à cette époque, perdu l’habitude de communier le jeudi saint (sauf le célébrant bien entendu). On y revint dans la suite.

Si, sur ce point, l’influence romaine l’a emporté, en revanche les usages gallicans se sont introduits avec tout le luxe de leur cérémonial dans le rite de la procession des saintes huiles. C’est également à une source gallicane que nous sommes redevables de la cérémonie durant laquelle le pontife procède au mélange du baume et de l’huile.

Pour la procession, qui actuellement réclame tout le clergé présent à la cérémonie, tandis que le pontife, relégué seul à l’extrémité du presbyterium, attend la fin de ce mouvement un peu compliqué, les choses se passaient à Rome beaucoup plus simplement et sans interrompre comme aujourd’hui la cérémonie. Anciennement trois des diacres ou sous-diacres régionnaires qui assistaient le pape durant la liturgie de la messe, allaient au sacrarium chercher les deux ampoules, duas ampullas, unam cum balsamo confecto, et aliam cum oleo purissimo *, et venaient les présenter, au moment de la consécration, à l’autel même ou à la table dressée à cet effet dans le presbytérium.

Plus tard même cérémonial avec un peu plus de solennité : il y a procession, plusieurs sous-diacres et acolytes y prennent part, un cardinal porte le chrême ; mais la procession se déroule en silence pendant que le pontife prononce les prières du canon :

1. Ordo d’Einsiedeln, DUCHESNE, Origines, app. — Ordo rom. I, 30 et X 9-10. — GATTICO, Acta Caærem. S. R. E, p. 209. 2. Ordo de Saint-Amand, DUCHESNE, op. cit., 467.

Le Pontifical romain. — II 22

Postquam domnus Papa intrat ad sacrificandum,, tunc acolythus conducit juniorem diaconum cardinalem, et cum eo plures subdiaconi. Unus autem ex eis subdiaconis portet crucem, acolytho antecedente cum thuribulo et thure. Cardinalis diaconus accipit 1llam ampullam quæ est chrismatis\.

L'usage s’observait encore à Rome au XVE siècle 2. C’est POrdo romanus vulgatus qui a mis en vogue, d’une part le chant de l’hymne de Venance Fortunat, O Redemptor sume carmen….;, et d’autre part la procession solennelle de tout le clergé (et non plus pendant la lecture du canon comme on le fit longtemps encore en France) mais à la fin de la messe. Après la communion, y est-il dit,

domnus episcopus vadat ad sedem suam cum diaconibus et expectet… Expectante vero in sede sua pontfice, veniant ad sacrarium XII presbytert et ceteri clerict, quantum opus sit ad deferendum cum omni decore oleum chrismale et etiam oleum catechumenorum.

Suivent les détails de la cérémonie qui ont passé presque tous dans notre Pontifical.

Les Orthodoxes d'Orient ont eux aussi une procession très solennelle pour l’offrande de l’huile du moov; ils lunissent, le jeudi saint, à la procession des oblats ou offrandes, qu’ils accomplissent toujours à la messe solennelle. Est-ce à eux que les Gallicans auraient emprunté leur usage? Les Byzantins connaissent également la coutume de voiler les ampoules des huiles saintes. Mais l’usage en Occident n’est pas spécial aux Gallicans * ; il se trouve anciennement consigné dans les Ordines romani.

Nous arrivons enfin à la consécration du chrême en laissant de côté le cérémonial gallican de la préparation ou mélange

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