LE TEXTE DE LA PRÉFACE
contient en plus un long développement, détaillant à plaisir les différents offices confiés à l’évêque. Ce passage a tout l’air d’une interpolation ; il est formé de textes scripturaires, ce qui n’est pas le cas de l’autre partie commune aux deux rédactions, et il ne paraît que dans les documents rédigés en France ou en Germanie (le gélasien, le missale Francorum, lOrdo romanus antiquus) ; peut-être reproduit-il un fragment de l’ancien formulaire gallican qui n’existe plus nulle part. Il faut bien avouer qu’il contient des longueurs qui nuisent un peu à la netteté de la formule romaine, et l’embarrassent plus qu’elles ne l’enrichissent.
La pensée que développait l’antique formule contenue dans la Tradition apostolique et conservée en tous les rites orientaux,
[Passage étranger au léonien et au grégorien: Sint speciosi munere tuo pedes horum ad evangelizandum pacem, ad evangelizandum bona tua. Da eis Domine ministerium reconciliationis in verbo et in factis, et in virtute signorum et prodigiorum. Sit sermo eorum et praedicatio non in persuasibilibus humanae sapientiae verbis, sed in ostensione Spiritus et virtutis. Da eis, Domine, claves regni caelorum : utantur, nec glorientur potestate, quam tribuis in aedificationem non in destructionem. Quodcumque ligaverint super terram sit ligatum et in caelis, et quodcumque solverint super terram sit solutum et in caelis. Quorum retinuerint peccata, detenta sint, et quorum dimiserint, tu dimittas. Qui benedixerit eis sit benedictus, et qui maledixerit eis, maledictionibus repleatur. Sint fideles servi et prudentes, quos constituas, tu Domine, super familiam tuam ut dent illis cibum in tempore necessario ; ut exhibeant omnem hominem perfectum. Sint sollicitudine impigri, sint spiritu ferventes. Odiant superbiam, diligant veritatem, nec eam unquam deserant, aut lassitudine aut timore superati. Non ponant lucem tenebras nec tenebras lucem ; non dicant malum bonum, nec bonum malum. Sint sapientibus et insipientibus debitores et fructum de profectu omnium consequantur.]
Tribuas eis, Domine, cathedram episcopalem ad regendam ecclesiam tuam et plebem universam. Sis eis auctoritas, sis eis potestas, sis eis firmitas ; multiplices super eos benedictionem et gratiam tuam, ut ad exorandam semper misericordiam tuam tuo munere idonei tua gratia possint esse devoti. Per.
le byzantin mis à part, était relative à la Providence de Dieu qui jamais n’a laissé le sanctuaire privé de ministres ?. Notre formule commente cette idée en s’attachant à montrer que toutes les gloires du sacerdoce ancien et la dignité suréminente du grand-prêtre lui-même, s’effacent devant la noblesse du sacerdoce chrétien comme le symbole devant la réalité. La splendeur toute sensible et extérieure qui entourait la personne du pontife a disparu devant la vérité du caractère épiscopal ; pourtant elle en figurait les richesses cachées.
« Chez les pontifes de l’ancienne loi, la noblesse des emblêmes imposait le respect ; mais pour nous, l’expérience que nous avons des réalités l’emporte en certitude sur le mystère des figures. Le sacerdoce ancien avait son éclat extérieur, le nôtre réclame que cette beauté brille à l’intérieur : ce qui exalte la gloire de nos pontifes à nous, ce n’est plus tant la richesse des ornements que le secret resplendissement des âmes.
Nous vous en supplions donc, Seigneur, à votre serviteur, élu de vous pour accomplir le saint ministère du sacerdoce suprême, accordez votre grâce, afin que ce que figuraient en ces voiles sacrés de l’ancien culte la splendeur de l’or, le feu étincelant des bijoux et le chatoiement des étoffes variées, brille de tout son éclat en votre pontife, en sa vie et en tous ses actes ; qu’élevé au sacerdoce suprême il soit enrichi de tout l’ensemble des vertus qui le rendront apte à votre ministère sacré, et que paré de tous les ornements spirituels il reçoive la céleste onction qui doit le sanctifier. »
1. Tradition apostolique de SAINT HIPPOLYTE. Cf. TH. SCHERMANN, Ein Weiherituale der rôm. Kirche, p. 17-22 et p. 61. — Testamentum D. N. F. C., édit. RAHMANI, Mayence, 1899, p. 29,