BÉNÉDICTION DU PROFÈS
On croirait entendre les paroles du canon de la messe, Hanc igitur oblationem, QUÆSUMUS DOMINE UT PLACATUS ACCIPIAS, et l’on songe aussi volontiers au Supra que. dignertis et accepta habere. Toujours l’idée d’acceptation et d’agrément exprimée sous forme de souhait, en attendant que les rites suivants traduisent la conviction de l’Église que Dieu a exaucé sa prière. Pour l'instant elle insiste en prononçant une formule plus solennelle encore, qui a pris assez tardivement la forme d’une préface comme aux ordinations : mais c’est une simple bénédiction !, et non pas une consécration proprement dite à la façon des formules consécratoires réservées aux ordres majeurs, et accordées par privilège spécial aux vierges consacrées comme on le verra plus loin. « Ce n’est pas une « consécration », car les moines ne font pas partie de la hiérarchie ecclésiastique 2. »
Tout au plus peut-on parler d’une « consécration secondaire », selon le terme employé à ce sujet par saint Denys, et remarquer avec lui qu’un simple prêtre peut la prononcer, ce qui prouve bien qu’il est impossible de la confondre avec les vraies consécrations. C’est donc en un sens atténué qu’il faut prendre les termes de benedictio, ordinatio, et même de consecratio monachorum employés dans les documents du moyen âge pour désigner la profession religieuse *. D’autre part il ne convient pas d’en diminuer la portée. On devine en effet l’importance qu’on lui attribuait dans l’antiquité par l’insistance que l’on mit dès le VIIS siècle à faire remar-
1. C’est ce sur quoi insiste avec raison DoM RAPHAEL MOLITOR, Von der Mônchswethe in der lateinischen Kirche, dans Theologie und Glaube, XVI, 1924, p. 601, 605, 606.
2. Dom DELATTE, Commentaire sur la Règle de S. Benoît, c. LVII, P. 449, n. 3.
3. DoM MOLITOR a relevé les principaux passages où figurent ces différents termes : op. cit. p. 586-588. Voir aussi DOM CASEL, Die Mônchsweihe, où il y a tendance à prendre trop à la lettre ces expressions,
quer qu’à l’Abbé appartient essentiellement le soin de recevoir la profession, de prononcer la bénédiction et de chanter la messe solennelle au cours de laquelle il donnera la sainte communion au nouveau profès 1. Déjà saint Benoît réclamait que l’Abbé fût présent, que le profès le prît à témoin de la validité de son acte d’oblation, et qu’ensuite ce fût à l’Abbé de recueillir la charte sur l’autel pour la conserver dans l’archive du monastère en perpétuel témoignage du sérieux de cette profession ?.
Les Us de Cluny avaient introduit au XI siècle une pratique particulière, qui mettait fort bien en lumière la valeur de la « bénédiction » donnée par l’Abbé au profès. Pour favoriser l’unité des monastères groupés en congrégation sous l’obédience de l’abbaye de Cluny il avait été décidé que tous les moines des prieurés viendraient demander à l'Abbé de Cluny la bénédiction des profès. On leur faisait prononcer une première profession dans leurs monastères respectifs, en présence du prieur et de la communauté à : elle comportait seulement la lecture de la charte contenant les vœux de religion, et la remise d’un habit non bénit. Ils se rendaient ensuite à Cluny où ils renouvelaient leur profession avec tout le cérémonial traditionnel, avec Suscipe, formules de bénédiction, remise de la coule bénite et baiser de paix 4. À partir de ce moment ils étaient réputés vraiment moines et jouissaient de tous les privilèges, comme l’accession aux ordres, dont les simples profès étaient frustrés. Pierre le Vénérable, Abbé de Cluny au temps de saint Bernard,