‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 71 sur 318 · L'INTERVENTION DE L’ABBÉ · texte numérisé non relu

L'INTERVENTION DE L’ABBÉ

caractérise bien la différence entre cette profession préalable et la bénédiction complète, lorsqu’il dit d’un jeune moine de l’ordre qu’il était venu à Cluny recevoir ce qui lui manquait : Cluniacum venit, quod ei de professione scripta, vel de monachi usitata benedictione defuerat, a Cluniacensi Abbate eo ibi benedictio suppleatur, et jam integer corde, ore, habitu ac vita monachus sibi jam pene de monacho nihil deesse in Domino gloriatur 1.

Ce qui manquait ainsi à ce jeune profès pour être un moine accompli à tous points de vue, c'était la « bénédiction » de son Supérieur, l'Abbé de Cluny. Le cas était du reste prévu où les moines ne pouvaient pas se rendre à Cluny pour y recevoir cette « bénédiction » : l'Abbé déléguait ses pouvoirs au Supérieur local qui accomplissait la cérémonie au nom de l’Abbé de Cluny. Il en faut conclure que l’importance de l’acte provenait de cette intervention de l’Abbé : la bénédiction qu’il donnait au profès signifiait à tous que l’oblation était agréée de Dieu et que le moine était accueilli à jamais dans la famille monastique et adopté par elle. L’Abbé paraissait nettement, selon la conception bénédictine, comme représentant le Christ et comme agissant au nom de Dieu ; et c’est la notion qui semble le mieux répondre aux données de la tradition?. Le moine s'offre à Dieu librement, mais par l'intermédiaire autorisé de son Abbé qui recommande son oblation, et lui confère comme de la part de Dieu la reconnaissance officielle du don spontané qu’il a fait de lui-même. Tous les rites qui viendront dans

1. PIERRE LE VÉNÉRABLE, De miraculbis, 1. II, c. vit. P. L., CLXXXIX, 917. Cf. du même Statuta Congregationis Cluniacensis, 37, 38, ibid., 1036. — Textes cités dans l’excellente étude de Dom MOLITOR, Von der Mônchsweihe in der lateimschen Kirche, 588-612.

2. Dom MOLITOR, op. cit. Cette thèse a été reprise dans le même sens et sous le même titre par Dom L. HANSER, Von der Mônchsweihe in der lateimischen Kirche, dans Studien und Müitteil. z. Gesch. d. Benediktiner-Ordens, 1925, p. 54-72.

un instant clore la cérémonie de la profession ne feront que confirmer le sens de cette acceptation solennelle faite au nom de Dieu.

Cette idée de la « bénédiction » conférée ainsi par l’Abbé était bien celle que se faisait l’auteur anonyme d’un commentaire sur les livres des Rois que l’on a attribué à saint Grégoire le Grand : cet écrivain connaissait sûrement, en tout cas, la Règle de saint Benoît. « Quand un moine, dit-il, émet ses vœux en notre présence, c’est nous qui les présentons à Dieu afin que Dieu lui-même les accepte de nos mains. Le novice prononce ses promesses, nous les offrons à Dieu et nous présentons pour ainsi dire à ses regards la charte que ce religieux nous confie » : #am quod coram nobis promittunt, Deo offerimus, ut ipse (Deus) jam de manibus nostris teneat quod exquirat… Cum ergo ea quæ novitii promittunt, Deo offerimus, quasi chirographum quod nobis faciunt illi damus ?.

C’est au Dieu de miséricorde que s’adresse le pontife, dans la seconde des deux longues formules de bénédiction ; il en profite pour lui recommander instamment l’offrande qui lui est faite par le nouveau profès :

Omnipotens et misericors Deus ?, totius sanctæ religionis origo et. æterna salvatio… suscipe propitius vota professionemque famuli tui qui. ad te confugit. Sit quæesumus le adjuvante ab omni negotiorum sæecularium strepitu exutus, a delectationibus… evulsus…

avec toute l’énumération des fautes à éviter et des passions à dominer, dont le détail est donné d’après un vieil auteur gaulois du Ve siècle. La vie monastique demande beaucoup

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