‹ Le pontifical romain (volume 2)Chapitre 74 sur 318 · REVÊTU DU CHRIST OI · texte numérisé non relu

REVÊTU DU CHRIST OI

in oratorio, voulaient dire qu’aussitôt entré à l’oratoire le novice est dépouillé et revêtu à nouveau : et l’on a fait débuter la cérémonie de profession par la bénédiction des habits et leur tradition. Ainsi procédait l’ancien rituel basé sur le décret de Théodore ; l’Ordo romanus antiquus faisait de mêmel, et le Pontifical romain l’a suivi.

L'ordre inverse a paru plus logique à beaucoup, et généralement les rituels ne donnent la bénédiction de l’habit des profès et la vêture qu’après l’émission des vœux. C’est ce qui se pratiquait à Cluny?, et cet exemple a déterminé l’usage actuel. On s’est conformé au rite baptismal dont la pensée s’est présentée d’elle-même aux auteurs du moyen âge lorsqu’ils ont parlé de la profession monastique. Comme au baptême, le vêtement nouveau, l’ample coule des moines avec son capuchon dont le symbolisme plaisait tant aux anciens ascètes, est l’expression extérieure de la grâce du Christ : ut hic famulus tuus, qui hoc indutus fuerit vestimento, Le quoque induere mereatur. Ce vœu est celui de la bénédiction de lhabit religieux au Pontifical romain, l’une des deux oraisons que conservent les Rituels monastiques : la prière est adressée au Christ : « Que celui qui va recevoir ce vêtement soit trouvé digne d’être revêtu de vous-même! » L’âme religieuse est largement payée de retour : pour s’être apauvrie et dépouillée totalement d’elle-même, elle se voit enrichie et parée du Christ comme d’un vêtement de gloire qui ne la quittera plus. L’analogie avec le baptême est frappante, et, pour la rendre plus sensible encore, l’habitude s’introduisit

1. Dom ©. Case, Die Mônchswethe, p. 34, 41. — L’auteur croit que c’est là l’ordre authentique voulu par saint Benoît ; en réalité, il y a eu deux interprétations de sa pensée, comme en témoignait Paul diacre dès le IX® siècle, et selon lui « la chose importait peu » : sive antequam promittat, sive postea vestiatur in oratorio, nihil obstat (Comment. in Reg., ©. LVII).

2. Consuetudines Farfenses (de Cluny, adaptées au monastère de Farfa). ALBERS, Consuet. mon., t. I, p. 140.

très anciennement de laisser pendant sept jours, ou au moins trois jours !, le nouveau profès enveloppé de sa coule, la tête recouverte de son capuce, comme le néophyte restait revêtu de sa robe blanche, et au bout de ce temps le capuchon était rabaissé solennellement, comme l’aube baptismale était déposée au septième jour, afin de signifier que de part et d’autre tous les péchés étaient remis : Septem dies velet caput suum, et septimo die abbas tollat velamen : sicut in baptismo presbyter (septimo) die velamen infantum tollit, ita et abbas monacho debet, quia secundus baptismus est et juxta judicium patrum ei omnia peccata dimittuntur sicut in vero baptismo ?.

L'usage s’est maintenu pour les nouveaux profès, dans les monastères bénédictins, de porter constamment la coule de leur profession durant les trois jours qui suivent l’émission de leurs vœux. C’est un symbole de ce qu’ils doivent faire pendant toute leur vie : la coule leur demeure comme le mémorial perpétuel de leur consécration à Dieu ; c’est leur marque distinctive, leur vêtement de chœur et de prière, celui qu’ils aiment à porter en toutes les grandes circonstances. C’est pour eux une sauvegarde, une clôture, une vraie bénédiction de Dieu ; et le culte religieux que le fils de saint Benoît professe pour sa coule, le Chartreux l’a pour son froc, le Franciscain pour son humble bure et le Dominicain pour sa robe blanche. Fiers de porter leur habit à la face du monde, ils ont l’avantage de l’emporter dans la tombe ; et c’est chez tous une ardente conviction que mourir dans l’habit de son ordre est comme un gage de salut : l’Ordre bénédictin en a eu la promesse ; Cisterciens, Franciscains et autres partagent le même privilège. Ainsi s’explique la vogue extraordinaire qu’a eue durant le moyen âge, parmi les laïcs

1. Concile d’Aïx-la-Chapelle de 817, c. XLVII. ALBERS, Consuet. III D. 133.

2. Décret de Théodore (VII siècle) et Rituel ancien, basé sur ce décret. D. CASEL, op. cit., p. 33; 34.

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