LE BAISER DÉ PAIX
de toute condition, le culte pour l’habit religieux reçu à la dernière heure, afin de « mourir sous le froci. » De même qu’il y avait un ordo du baptême ad succurrendum pour les convertis à l’heure de la mort, de même il y eut en masse des fratres et des sorores ad succurrendum ?, qui, moyennant de sérieuses promesses constituant une véritable profession, étaient revêtus à l’heure suprême de l’habit de tel ou tel Ordre religieux. Le privilège est demeuré aux tertiaires, comme aux oblats séculiers de Saint-Benoît, de se faire inhumer revêtus de l’habit monastique.
La remise au religieux profès du vêtement caractéristique de l’Ordre auquel il appartient était le premier signe d’acceptation que le supérieur lui a donné au nom de Dieu. Le second lui est offert par tous les membres de la communauté, c’est le baiser de paix, ce symbole chrétien qui très anciennement marquait l’acceptation du nouveau baptisé par la famille chrétienne dans laquelle il entrait. Saint Benoît disait simplement : func ipse frater novitius prosternatur singulorum pedibus ut orent pro eo. De très bonne heure on a interprété la pensée du saint patriarche et à cette demande de prière on a joint le baiser de paix®. Un pontifical du IX® siècle disait que c’était conforme à l’indication de la Règle : his expletis, secundum Regule præceptum, singulorum prostratus genibus pacis accipiat osculum *. À une époque assez avancée du moyen âge, sans doute vers le début du XII siècle, on entoura la cérémonie du baiser de paix fraternel de chants appropriés, ainsi de l’antienne Confirma hoc, Deus, quod
1. Dom Louis GouGAuD, Dévotions et pratiques ascétiques du moyen âge. Paris, 1925 (Collection Pax), chap. vi.
2. Du CANGE, Glossarium med. latin, Monachi ad succurrendum. — MaARTÈNE, De ant. eccl. rit., 1. II, c. 11, ordo 10: quomodo fit monachus ad succurrendum.
3. Déjà au VII siècle la Regula Magistri, basée en grande partie sur la Règle de S. Benoît.