MORT ET VIE
profession. Non seulement le religieux se prosterne sur le sol, pendant que, selon certains Rituels, on chante au chœur des litanies ; non seulement il reste étendu à terre, comme l’hostie sur le corporal et le vin répandu dans le calice, pendant la durée du canon ; mais tout un simulacre de mort s’accomplit sous les yeux de l’assistance : drap noir étendu sur le religieux prosterné, cierges funèbres, encensements, tous détails qui varient avec les différents Ordres, mais qui vont tous à symboliser la mort au monde et au péché. Ce cérémonial ne se rencontre guère avant le XVII® siècle avec tous ses détails caractéristiques !, mais il semble avoir paru plus tôt au Mont Cassin. Il n’a fait que traduire en tout cas une pensée qui avait cours depuis longtemps et qu’exprimait déjà l’usage de laisser les nouveaux profès revêtus de la coule, la tête couverte du capuchon, durant les premiers jours qui suivaient leur profession. Ils devaient pendant ce temps garder le silence le plus absolu pour signifier qu’ils étaient passés par une véritable mort : wsque ad tertium diem cum summo silentio quasi sæculo mortui in albis permaneant, disaient les anciens coutumiers des monastères anglais. Après ce laps de temps on devait de nouveau « ouvrir la bouche », aperitio oris, à ces séparés du monde, afin de les rendre à la vie commune. L’usage s’en est conservé, et la formule employée confère avec la bénédiction de Dieu le privilège apprécié entre tous de pouvoir prendre part à la célébration de l’office divin. Le religieux a désormais tout ce qu’il faut pour se dépenser au service de Dieu et au bien des âmes en travaillant sans relâche à sa propre sanctification.
1. Dom R. MoLITOR, Symbolhische Grablegung bei der Ordensprofess, dans Benediktinische Monatschrift, VI, 1924, p. 54-57. L'auteur énumère un certain nombre de Rituels monastiques où se trouvent consignés ces rites : Congrégation de Saint-Maur, 1666, Ottobeuren, 1685 et 1786, Tegernsee, 1737, Monte Vergine, 1741, Engelberg, 1743, Saint-Blaise, 1746, Einsiedeln, 1763, Congrégations de Bavière, de France, d'Angleterre et de Beuron (XIX® siècle).