Pontifical romain, bénédiction des abbés, préface
2. Formule appartenant à la missa in monasterio des anciens sacramentaires conservée au Missel romain parmi les orationes ad diversa, n. 7: pro praelatis et congregationibus eis commissis.
anciens !, elle trahit jusque dans sa forme actuelle son attribution primitive : le prologue de la préface est manifestement additionnel. Mais on lit, même dans la formule primitive, des paroles qui ont provoqué des protestations comme ayant introduit un rite nouveau, étranger aux traditions anciennes. Au XIIe siècle encore, saint Yves de Chartres faisait remarquer à juste titre à saint Bernard de Marmoutier, que la bénédiction abbatiale ne comporte ni imposition des mains ni réelle consécration, mais simplement une prière : in qua nec fit manus impositio, nec consecratio, sed simplex oratio?. La formule cependant mentionnait une imposition de la main :
ut qui per nostre manus impositionem hodie abbas
constituitur… permaneat.
De la parole on passa au geste : on introduisit l’usage de l’imposition de la main comme elle se fait encore maintenant, et on fit de la simple prière une préface de style eucharistique. Le canoniste Gratien se laissa influencer par ce nouvel état de choses, et dans sa collection juridique il fit entrer un décret du IIe concile de Nicée où il était question de l’imposition des mains, en y ajoutant de sa propre autorité cette note caractéristique : secundum morem præficiendorum abbatum. La lettre décrétale du pape Innocent III à l’évêque de Rouen Maxime reproduisit le même texte de Nicée agrémenté de la note de Gratien, et plus tard encore Grégoire IX inséra toute la décrétale dans le Corpus Juris *. Mais le canon du concile de Nicée n’avait rien dit de
1. Sacram. Gellon. ; cf. MARTÈNE, De ant. eccl. rit., 1. II, c. 1, ordo 3; Consuetudines Farfenses, L. cit.