‹ Le pontifical romainChapitre 108 sur 240 · ATTRIBUTIONS DES LECTEURS · texte numérisé non relu

ATTRIBUTIONS DES LECTEURS

Remarquer une variante curieuse qui s’est conservée jusque dans l’édition officielle de notre Pontifical, en sorte que le texte n’est pas encore fixé : on dit oportet legere EA QUÆ (vel ei qui) prædicat. La première leçon voudrait dire que le lecteur doit lire sur un livre et non réciter de mémoire, ce qu’il a à dire en public. C’est le texte de l’Ordinarius papal du XIVe siècle et des premières éditions du Pontifical romain. Mais il semble difficile au premier abord d’admettre cette interprétation qui ne répond à rien de traditionnel.

La leçon oportet legere El QUI prædicat, au contraire, concorde bien avec les usages anciens, et de plus elle est attestée au X£€ siècle. La prédication avait ordinairement lieu après les lectures de la messe, prophètes, apôtre, évangile, et avait trait à ces lectures, qui jadis revenaient aux lecteurs ordinaires ; ou bien elle commentait un passage de l’Écriture qu’un lecteur avait lu préalablement. Saint Augustin fait constamment allusion à ce double fait1. Cette explication paraît donc plus plausible ; pourtant elle n’est pas certaine. Car saint Isidore attribue aux lecteurs un certain droit à la prédication : « Les lecteurs, dit-il, sont ceux qui annoncent publiquement la parole de Dieu», sunt enim lectores qui verbum Dei predicant ; et ailleurs : « Aux lecteurs est réservée la charge d’exécuter les lectures, et de prêcher les vérités qu’ont annoncées les prophètes ?. »

Ii semble donc qu’on puisse conserver la leçon, Zegere ea que prædicat et l’interpréter ainsi : aux lecteurs il appartient de prêcher la parole de Dieu, mais leur prédication se fait sous forme de lecture. — Remarquer que saint Isidore ne parle plus que des lectures tirées des prophètes; c’est qu’à son époque la lecture de l’évangile était devenue le

1. Cf. en particulier Enarr. in psalm. 138. — Serm. CCXXXV, 10. Déjà S. CYPRIEN, Ep. 38 et 39. Cf. FERRARI, De ritu concionum, l'AS TC XV=XVTIT-

2. S. IsIDORE, De officus eccles., 1. II, c. XI. — Epistola de gradibus. PLEMET 805

privilège des diacres, et celle de l’épître, le privilège des sous-diacres. *

Le simple lecteur avait aussi, primitivement, la charge. de lire, ou de chanter, le psaume auquel l’assistance répondait par un refrain, et c’était encore une manière de prédication. Cassien parle de cet office, comme très répandu dans les monastères d'Égypte. Saint Augustin ! fait allusion à cette pratique du psaume chanté par le lecteur, souvent un enfant, et le martyrologe romain a conservé la mémoire du jeune lecteur africain, qui, au rapport de Victor de Vite, eut la gorge transpercée d’une flèche au moment où il allait chanter l’alleluia pascai.

En Orient, le lecteur a également l’office de chantre. En pays gallican, au contraire, les Sfatuta, saint Isidore, les auteurs du IX® siècle et les recueils liturgiques jusqu’au XIIe siècle connaissent l’ordre spécial des chantres, ou psalmistæ, et consignent le rite de leur ordination : celui-ci s’est conservé dans notre Pontifical (1. IIL, fin) identique à ce qu’il était dans les Sfatuta. L’usage a dû s’introduire à Rome dès le Xe siècle ?. Mais c’était une nouveauté *. Car à l’origine cet ordre spécial y était inconnu. Il existait une maîtrise ou schola cantorum, formée d’enfants et d’adultes, spécialement doués et bien entraînés, mais n’appartenant pas nécessairement au clergé {, À partir du moment où les lectures furent réservées aux clercs majeurs, diacres et sous-diacres, certains jeunes lecteurs purent être admis à faire partie de la schola cantorum, ainsi que le laisse entendre le IXe Ordo romain ÿ. Mais ce ne fut

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