DUCHESNE, Liber pontificalis
LE GÉLASIEN 25
des lignes. C'était l’opinion de Tommasi, et c’est encore la thèse que défendent actuellement les liturgistes les plus compétents.
À lui seul le titre des sacramentaires gélasiens établit non seulement l’origine romaine du rit gélasien, mais son antériorité relativement au rit grégorien. Tous les manuscrits du type grégorien portent désormais un nom, celui de saint Grégoire ; au contraire aucun de ceux du type gélasien, bien que postérieurs en fait à l’époque de saint Grégoire, ne mentionne son nom et tous pourtant ou à peu près se réclament de l’Église romaine. Leur titre est Liber sacramentorum Romane ecclesiæ. C’est la meilleure marque de leur origine et de leur valeur traditionnelle. N’oublions pas qu’ils ont une extrême importance pour l’histoire du Pontifical romain.
On ne sait trop à quelle date, ni par quelles voies se sont effectuées les migrations de ce sacramentaire romain, antérieur à saint Grégoire. Les premières remontent sans doute au dernier quart du VIe siècle, car le texte du manuscrit du Vatican (code 316), de la fin du VII siècle, témoigne avoir vécu déjà assez longtemps en France. D'autre part, saint Bède-le-Vénérable laisse supposer son introduction en Angleterre au plus tard au VIIe siècle. De plus, après Pépoque de saint Grégoire (fin du VIe siècle), c’est la réforme grégorienne qu’on aurait introduite dans ce pays, non pas le rit antérieur à cette réforme.
C’est, selon toute vraisemblance, aux disciples de saint Benoît qu’il faut attribuer cette œuvre de propagande romaine, encouragée ensuite par les rois carolingiens. La plupart des sacramentaires gélasiens transcrits au VITE et au VIII siècle sont des manuscrits bénédictins, et ce sont les monastères bénédictins qui paraissent être restés le plus longtemps fidèles aux traditions gélasiennes. Quelques-unes des abbayes les plus connues des premiers temps carolingiens sont liées d’une façon ou de l’autre à l’histoire des manuscrits qui nous ont conservé ces traditions : Saint-Denis et Saint-Benoît-sur-Loire;
Saint-Thierry et Saint-Remy de Reims ; Rebais et Gellone, Flavigny, Saint-Amand, Saint-Bavon de Gand ; et dans les contrées germaniques, les grands centres monastiques de Fulda, Reichenau, Echternach, Saint-Gall, Salzbourg, etc.
Les bénédictins ont certainement contribué pour une très large part à propager ce rit romain. Mais on le trouve aussi observé en des églises épiscopales. L’un de nos sacramentaires gélasiens de la fin du VIIIE siècle contient encore la mention de lun de ses premiers possesseurs, l’évêque Sideramnus d'Angoulême. Son sacramentaire était, en même temps qu’un missel, un vrai pontifical : et c’est le cas de plusieurs de nos gélasiens du VIIIE siècle, pas de tous cependant. Certains en effet, comme celui de Saint-Gall, excluent systématiquement les fonctions épiscopales.
C’est que, dès cette époque, le Pontifical commençait à se constituer comme livre à part. Avant d’en signaler les premiers essais de codification, nous devons parler également du sacramentaire grégorien qui conservait encore au VIIIe et au IX°e siècle les cérémonies pontificales selon le pur rit romain.
Les gélasiens du VIIIe siècle connaissaient déjà cette tradition grégorienne ; dans leur texte il est assez aisé de discerner ce qui lui appartenait, et ce qui, au contraire, provenait de sources étrangères. Leur témoignage est des plus précieux pour l’histoire du développement des fonctions épiscopales.
Dans l’un des plus complets, le sacramentaire de l’abbaye de Gellone, de la seconde moitié du VIII siècle, la série de ces fonctions pontificales comprend, à part et dans un ordre qu’il est déjà intéressant de signaler :
le baptême solennel et la confirmation ;
les exorcismes ;
la dédicace des églises, avec la consécration des vases sacrés et la bénédiction des accessoires de l’église ; — premier groupement où intentionnellement on a rapproché la dédicace des cérémonies du baptême, en raison de leur analogie ;
en second lieu seulement et groupées encore en raison de leurs traits commuris :
les ordinations des clercs, sous-diacres, diacres, prêtres, la consécration des évêques ! ; la bénédiction des abbés et des abbesses ; la profession des moines ; la consécration des vierges ; la double série se termine par la messe pour les rois et la bénédiction nuptiale. Tous basés sur les anciennes traditions romaines, ces rites ont atteint un degré de développement qui annonce déjà l’état que l’on rencontre plus tard dans les Pontificaux des IXe et Xe siècles.
A l’époque même où l’ancien sacramentaire de l’Église de Rome circulait en France sans attribution définie, une autre tradition non moins répandue accréditait le recueil composé par SAINT GRÉGOIRE LE GRAND. Vers 700, Charlemagne demandait au PAPE HADRIEN communication du document, et le pape s’empressait de satisfaire son désir, « de « Sacramentario a sancto disposito prædecessore nostro deifiuo « Gregorio papa. ?» Le grand empereur reprenait la tradition des siècles précédents qui avaient tenu à fonder sur l'autorité des pontifes romains la valeur des collections liturgiques.
Les évêques de Germanie, de Gaule et d'Aquitaine écrivant aux évêques d’Espagne pour protester contre les erreurs adoptianistes %, s’étaient recommandé déjà du nom de saint
1. Le rituel des ordinations d’après le sacramentaire de Gellone a été publié par D. MaRTÈNE, De ant. Eccl. rit., À, c. VIIT, a. XI, 4 ; nous en donnons plus loin le résumé dans l’appendice, I.