FONCTIONS DES SOUS-DIACRES
ainsi que les droits des sous-diacres se sont peu à peu étendus.
Les plus anciens Ordines, 1 et il, marquent également leur privilège distinctif de toucher les vases sacrés, tandis que les acolytes les portent toujours super planetam. Aussi doit-on signaler une légère anomalie dans le fait que le sous-diacre, à la messe solennelle, doit recevoir la patène, et la porter pendant toute la durée du canon, sur la main sans doute mais enveloppée du voile huméral. La précaution s’expliquait mieux quand c'était l’office de l’acolyte de porter ainsi la patène ; elle se comprend moins, semble-t-il, depuis que cette fonction est passée au sous-diacre.
Le sous-diacre « présente directement le calice et la patène à l’autel pour le saint sacrifice ; c’est à lui aussi de laver les linges d’autel et les corporaux. »
C’est parce que les sous-diacres ont une relation plus étroite avec l’autel qu’on leur réserve l’honneur de laver les linges sacrés, pallas altaris et corporalia, honneur qui est actuellement encore refusé aux simples clercs et a fortiori aux laïcs. Le Liber pontificalis dit du pape Boniface Ier (418-422) qu’il défendit aux moniales d’usurper ce privilège : Hic constituit
ut nulla mulier aut monacha pallam sacratam contingere aut lavare à.
Pallæe altaris, que sunt in substratorio altaris, ce sont les nappes d’autel qui se trouvent en-dessous des corporaux, corporales ou corporalia, dont le nom indique un contact direct avec le corps du Christ. Il est manifeste d’après les descriptions de l’Ordo, que le corporal antique était de dimensions beaucoup plus grandes que de nos jours. Il recouvrait tout l’autel ?, et devait pouvoir se rabattre sur le calice et les pains d’offrande ;
1. Liber pontif., notice de Boniface I, éd. DUCHESNE, I, 227.
2. Voir l’autel des mosaïques de Saint-Apollinaire de Ravenne {DIEHL, Ravenne, 1907, p. 73), et lire S. OPTAT DE MILÈVE, De schismate Donatistarum adversus Parmenianum, 1. VI, 1. P. L., xI, 1063-1068.
il faisait en même temps l’office de nos nappes d’autel, et on lui
donnait le nom générique de pallium altaris. D’après le Liber
pontificalis, c’est le pape saint Silvestre (314-335) qui « prohiba
Pusage des étoffes de couleur, et enjoignit de se servir du lin
le plus pur, en souvenir du linceul tout blanc qui enveloppa
le corps du Sauveur », constituit ut sacrificium altaris, non in siricum neque in pannum tinctum celebraretur, nisi tantum in lineum terrenum procreatum, sicut corpus Domini nostri Fesu Christi in sindonem lineam mundam sepultus est 1.
Le VIe Ordo romain fournit encore la même explication : Zinteum ex puro lino, quia sindone munda corpus Domini legitur involutum in sepulcro ?.
Ce symbolisme est des plus intéressants et des plus vénérables par son antiquité ; il se retrouve chez les Grecs qui usent du même terme, stYôwy, en l’honneur du suaire dont se servit Joseph d’Arimathie (Mt. xxvi1, 59). L’une des fonctions les plus honorables des sous-diacres est de conserver intacte la netteté de ces linges sacrés, qui doivent recevoir le corps immaculé du Christ.
L’admonition aux sous-diacres insiste donc avec raison sur cette idée, si conforme à la tradition antique. Toutes leurs fonctions, si humbles soient-elles, se rapportent au ministère de l’autel, et retirent de là une grande dignité. C’est ce qu’il importe de faire comprendre aux candidats à l’ordination.
Les anciens documents, à partir du VIII siècle, et le Pontifical du pape, au XIV® siècle encore, présentent les différentes sections de notre admonition dans un ordre plus logique, semble-t-il, que celui dont notre Pontifical est redevable à Durand de Mende ; l’enchaînement des rites et des formules n’en est pas moins expressif : il est aisé de le reconstituer en pensée et d’en suivre le développement normal.
1. Liber pontif., notice de S. Silvestre, I, 171. 2. Ordo rom. VI, P. L., LxxvInt, 992. Cf. GEORGI, Liturgia Romani Pontificis, 11, 185.