‹ Le pontifical romainChapitre 14 sur 240 · Vita Gregor II: 17. PIS EXXVS · texte numérisé non relu

Vita Gregor II: 17. PIS EXXVS

à saint Grégoire, au contraire, le sacramentaire se présente en un seul livre.

En même temps qu’il accomplissait cette fusion en un seul livre, saint Grégoire simplifiait les anciens recueils par voie de suppression, #ulta subtrahens. Bien des messes votives durent disparaître, nombre de lectures, des préfaces propres autrefois en grand nombre, peut-être aussi certains éléments du pontifical. De celui-ci il subsista les portions essentielles, notamment les consécrations et ordinations des évêques, prêtres et diacres.

À ces formules d’ordination, saint Grégoire attribua même en signe de vénération, la toute première place, en tête de son sacramentaire, à la suite du canon de la messe : c’était une nouveauté, pauca convertens ; et à ce signe caractéristique on reconnaît les exemplaires du grégorien pur !. Saint Grégoire y avait introduit une autre modification importante que l’un de ses successeurs fit disparaître, mais qui reprit plus tard sa place dans le missel. I] s’agit des messes dominicales pour le temps après l’Épiphanie et après la Pentecôte. On doit admettre maintenant que la série de ces messes était fixée, à Rome, dès le VII siècle, et sans doute dès l’époque de saint Grégoire. Il est même probable qu’elle fut l’œuvre de saint Grégoire lui-même ; elle répond si bien à son génie organisateur. Il n’eut du reste qu’à utiliser les anciennes messes dominicales qu’il distribua régulièrement entre les fêtes des saints. Plusieurs documents anciens, en particulier un sacramentaire de l’église de Padoue ? et les gélasiens du VIITE siècle directement influencés par le grégorien, conservent le souvenir de cette organisation, qui porte avec elle l’indication précise

1. Du moins ce fait se constate-t-il dans tous les documents connus jusqu'ici. Le manuscrit de Padoue signalé ci-après n’a pas les ordinations et renvoie à la fin le canon de la messe,

2. Document récemment publié par Dom C. MoHLBERG, Die älteste erreichbare Gestalt des Liber Sacramentorum d. rom. Kirche, cod. Paduanus. 1927.

de sa date de naissance. La distribution exacte et régulière des dimanches au milieu des fêtes à dates fixes, et le nombre de ces dimanches concordent avec une date de Pâques qu’il est facile de déterminer : Pâques tombait cette année-là le 3 avril, ce qui fut le cas une seule fois pendant le pontificat de saint Grégoire, en 595, l’année même où il réunit à Rome son grand concile liturgique, celle qui précéda le départ de saint Augustin et de ses missionnaires pour l’Angleterre. Quelques années à peine après ces événements, saint Grégoire avait à justifier les « changements » introduits par lui dans la liturgie. Il n'avait fait, disait-il, que coordonner les traditions du passé.

En dehors d’un fragment du Mont-Cassin ! qui ne possède pas son rituel des ordinations et du manuscrit de Padoue qui ne les a pas non plus, aucune édition du sacramentaire grégorien ne représente l’état primitif de ce document ; c’est

que tous les manuscrits publiés sont de la fin du VIITe siècle

ou même postérieurs aux réformes carolingiennes. Or, avant même ces réformes, le sacramentaire romain avait été l’objet (à Rome) d’une revision officielle : on le doit conclure de la forme sous laquelle se présente l’exemplaire envoyé par le PAPE HADRIEN à Charlemagne. Ce travail de revision consista surtout à supprimer les messes dominicales et les communs des saints et peut-être à simplifier encore considérablement la partie du rituel et du pontifical. Ce travail fut accompli après l’époque de SAINT GRÉGOIRE IT (f 735) qui emprunta aux messes des dimanches les différentes pièces dont il constitua les nouvelles messes des jeudis de carême, mais il fut antérieur au pape Hadrien : car celui-ci se fit

1. Dom WiLMART, Un missel grégorien ancien, dans Revue Bénédhctine, XXVI, 1900.

2. Dom C. MoxLBERG, Die ält. Gestalt d. Liber Sacramentorum. C’est peut-être le sacramentaire grégorien qui se rapproche le plus de l’original. Le copiste du IX£ siècle a emprunté aïlleurs le texte des ordinations qui manquaient à son document.

un devoir d’adresser à Charlemagne, qui le lui demandait, ce qu’il considérait comme ’ le sacramentaire établi par saint Grégoire », sans y introduire de changement, immixtum 1.

L’envoi du pape Hadrien eut lieu entre les années 784 et 791. Le manuscrit authentique a péri, mais il est aisé de le reconstituer avec assez de sûreté, d’après les documents postérieurs qui l'ont reproduit. Leur accord même prouve jusqu’à l’évidence qu’ils procèdent tous d’un même modèle, et tout porte à identifier ce modèle avec le sacramentaire romain envoyé par Hadrien. Un manuscrit de Cambrai l’a conservé sans aucune addition ?. Dans la plupart des autres manuscrits ce document apparaît considérablement augmenté. Mais chez les plus anciens le supplément est soigneusement séparé de la rédaction grégorienne, ce qui a permis à cette dernière de se conserver intacte.

L’édition du chanoine de Bruges, Jacques Pamelius, en 1571, représentait assez bien cet état de choses ; les deux documents paraissent s’être déjà compénétrés ; mais la disposition adoptée par le reviseur carolingien y était respectée 5%. Importante au point de vue liturgique cetie publication ne l’était pas moins pour l’apologétique, car elle entendait fournir aux catholiques une arme contre les protestants qui niaient l’institution divine des sacrements, de la messe en particulier. Les textes du pontifical étaient mis particulièrement en valeur comme témoins de la tradition catholique sur l’essentiel de la doctrine des sacrements.

Pamelius connaissait, c’est lui-même qui le dit, le témoignage

1. Epist. ad Carolum, P. L., XOVIIX, 434-438. Mon, Germ., Epistole, t. III, 1892, p. 626.

2. H. À. WILsON, The Gregorian Sacramentary under Charles the Great, Londres, 1915 (H. Bradshaw Society, t. XLIX). — Hans LIETZMANN, Das Sacramentarium Gregorianum, Munster, 1921.

3. J. PAMELIUS, Laiturgica ecclesiæ latinæ, t. Il, 1571 (et 1675, sous le titre: Rituale patrum latinorum) : c’est la plus ancienne édition du sacramentaire grégorien.

du Micrologus de ecclesiasticis observationibus (XIe siècle), de Bernold de Constance, qui attribuait à Alcuin, l’un des premiers savants de son époque, la revision du grégorien récemment envoyé par le pape !. Son travail fut accompli entre 794 et 800. Il consista surtout, ainsi que l’auteur s’en explique dans sa préface Hucusque, à suppléer ce qui lui paraissait manquer au grégorien. Il mentionnait tout particulièrement les rites pour la collation des ordres mineurs. Mais, sans les nommer spécialement dans sa préface, il ajoutait aussi nombre de formules relatives

à la consécration des vierges,

à la dédicace,

au sacre des rois

et aux exorcismes.

Toutes ces formules provenaient des documents en usage en Gaule au VIIIe siècle.

Nous aurons donc, dans la suite de notre étude, à distinguer nettement le grégorien, qui représente le pur usage romain de la fin du VIII siècle, et ce supplément carolingien, qui a recueilli ainsi des pièces non romaines.

Il faut également reconnaître les éditions où l’on peut retrouver sûrement ces deux documents. Muratori les a publiés l’un et l’autre dans sa Liturgica Romana Vetus ? d’après deux bons manuscrits. Son édition est donc utilisable, mais à condition de rétablir l’ordre des feuillets que l'éditeur avait maladroitement bouleversé #. Précisément il avait renvoyé à la fin de son texte ce qui appartenait aux rites des ordinations, et déplacé les diverses oraisons pour les bénédictions de

Page 1