CONSÉCRATION A DIEU
mais beaucoup plus noble encore, du fait qu’elle est voulue
de Dieu pour assurer, par la continuité de la hiérarchie,
la perennité du corps même du Christ : Cwjus corpus. in
augmentum templi tui crescere dilatarique largiris, sacri
muneris servitutem trinis gradibus ministrorum nomini
tuo militare constituens *. — « Seigneur, vous faites
que le corps mystique, à savoir votre sainte Église...
s’accroisse constamment de nouveaux éléments et
s’étende de plus en plus afin d’assurer l'édification
de votre temple ; en perpétuant les trois degrés
de la hiérarchie sacrée vous assurez le ministère
de grâce pour le service de votre saint nom ! »
La hiérarchie à trois degrés comprenant l’évêque, ses prêtres,
et ses diacres, répond au plan divin ; une fois constituée,
rien ne peut plus la rompre ; elle est consacrée à Dieu, elle est
la chose de Dieu à un titre particulier, elle et chacune des
unités qui la composent ; et elle est vouée à l’œuvre de Dieu,
la construction de ce temple vivant que forment les chrétiens.
Les trois ordres suprêmes de la hiérarchie ecclésiastique
constituent ainsi la réserve sur laquelle Dieu peut toujours
compter pour son service, au sens où saint Léon, parlant de
l'anniversaire de sa consécration épiscopale, l’appelait le jour
où était née sa fonction de serviteur, servitutis nostre natalitium
diem *. Cette expression caractéristique pourrait bien trahir
la communauté d’auteur, et laisser deviner la plume de saint
Léon dans cette formule de consécration comme dans les
autres pièces analogues du Pontifical. On peut remarquer dès
maintenant les phrases rythmées et nombrées, et la fréquence des rimes, toutes choses caractéristiques du style léonien.
b. — Le second élément qu’implique la consécration des diacres et qu’elle énonce clairement, c’est l’effet spécial, sur
1. Cf. S. LÉON, Serm. IV, 1, 4. P. L., LIV, 148-152. — Ces expressions se retrouvent aussi dans ses trois premiers sermons. 210. CILÉONS Set Il 4 PUIS EI 152.
le point de s’accomplir dans ces âmes dédiées et consacrées au service de Dieu, la grâce de l’ordre.
Devant l’immensité de ce don de Dieu, au moment même de le conférer, l’Église éprouve comme un sentiment de crainte à la pensée que les âmes ne présentent pas toute la pureté que réclamerait la divine Majesté. Mais la confiance lui suggère aussitôt la vraie prière qu’il convient d’adresser au Père des miséricordes : Tu cognitor es secretorum, tu
scrutator es cordium, tu horum vitam celesti poteris examinare judicio, quo semper prævales, et admissa purgare, et ea quæ sunt agenda concedere ! « Rien, Seigneur, ne vous échappe des secrets des cœurs, vous les sondez à fond; mais vous avez aussi le pouvoir de projeter sur leur vie tout entière le rayon de votre céleste lumière qui effacera leurs fautes, et leur donnera d’accomplir ce que commande votre loi ! »
Une variante très ancienne, et appuyée sur le témoignage de nombreux documents, exprimait un peu différemment ces vœux, mais le sens restait exactement le même :
Tu cognitor pectorum (les plus anciens textes, en particulier le léonien, disaient, Tu cognitor peccatoru), tu scrutator es amimorum, tu veraciter in eis cæleste potes adhibere judicium, et vel indignis donare quæ poscimus ? !
Ce dernier souhait aura paru déplacé, et plutôt que de supposer l'insuffisance des dispositions chez les sujets on a préféré confier à la grâce de Dieu le soin d’assurer elle-même la préparation.
Le don de Dieu qu’elle va conférer, saint Paul lavait
1. C’est la leçon du léonien (P. L., LV, 115; FELTOE, p. 121), du gélasien et de ses témoins du VIII® siècle (MARTÈNE, De ant. eccl. rit., I, ©. VIIT, a. XI, ordo IV), du Missale Francorum (P. L., LXXIT, 720). — La tradition du Pontifical a conservé le texte de saint Grégoire. Voir en appendice, II.