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LA GRACE DE L’ORDINATION

avec l’imposition des mains : elles transmettent le vrai sacerdoce du Christ avec son caractère indélébile, avec les prérogatives qui y sont attachées, celles en particulier d’offrir le saint sacrifice et de conférer les sacrements ; avec les grâces nécessaires pour bien accomplir les fonctions sacerdotales. Nous verrons, dans un instant, comment la formule caractérise d’un mot ces effets de l’ordination sacerdotale. Elle en détermine d’abord la source unique : la vertu divine. L’action de la grâce divine est tout à fait prépondérante dans l’ordination sacerdotale : il n’est rien qui ne soit d’elle, dans la préparation des âmes appelées au sacerdoce et dans l’accomplissement de l’œuvre sacramentelle. Du premier moment au dernier, Dieu agit en maître absolu et répand à profusion les bénédictions que les ordinands ont à recueillir précieusement. Dans l’acte de la profession religieuse, l’attitude est bien différente, puisque c’est la créature qui, attirée par la vocation divine, mais librement et spontanément, s’offre et se donne ellemême à son Créateur. Aussi est-on admis à demander de son propre mouvement la grâce de la profession.

Au baptême, on reçoit tout de Dieu, mais l’adulte, et le parrain, au nom de l’enfant, ont au préalable promis librement de renoncer à Satan et d’adhérer pleinement au Christ. On demande donc le baptême, parce que Dieu ne veut pas lPimposer : il sollicite l’âme par sa grâce, il ne la contraint pas, bien qu’il s’agisse là d’un moyen indispensable au salut.

À l’ordination, tout est de Dieu, libre dispensateur des dons éminents qu’il n’accorde qu’à des âmes choisies dans la multitude. Le choix et l’appel sont uniquement de lui, et si, pour y répondre, l’élu doit se disposer à recevoir dignement le caractère sacré qui lui est réservé, jamais il ne peut en faire la demande de lui-même. Ce serait présomption de sa part : Nec quisquam sumit sibi honorem, sed qui vocatur

a Deo. « Nul ne s’attribue à lui-même l’honneur (du sacerdoce), s’il n’est appelé de Dieu » (Hebr., v, 4). Si lPappel est uniquement de Dieu, à plus forte raison

le don est tout entier de lui et pleinement gracieux, et tellement riche qu’il dépasse toute autre grâce, celle de la maternité divine mise à part. Magnam illam gratiam sancti Spiritus, dit une formule du rituel grec, qui s’efforce de traduire ainsi le caractère exceptionnel de ce don du Saint-Esprit, assuré aux prêtres. Tous les textes anciens, ceux des écrivains ecclésiastiques et ceux des liturgies, mentionnent ce don de PEsprit de sanctification comme propre au sacrement de l’ordre !, mais sans en préciser la nature. Comme saint Paul dans ses épîtres à Timothée et à Tite, les liturgies et les Pères s’attachent surtout à souligner les pouvoirs conférés aux prêtres pour la sanctification des fidèles et le gouvernement des âmes : ils s’étendent moins sur les effets sanctifiants du sacrement et sur la forme que prend le don de l'Esprit.

C’est évidemment tout d’abord une grâce de sanctification, c’est-à-dire une augmentation très considérable de la grâce sanctifiante, de ce que la préface de notre Pontifical appelle le Spiritum sanctitatis. En demandant son renouvellement, innova 1n visceribus eorum Spiritum sanctitatis, elle ne fait que reprendre, en l’adaptant et en la précisant la parole du psaume Miserere : … et spiritum rectum innova in visceribus meis. L’esprit de sanctification, propre au sacrement de l’ordre, avait été conféré déjà au diacre : il est logique que pour le prêtre il soit question du même « esprit » et de son augmentation.

Grâce de sanctification passive pour le prêtre en personne, mais aussi grâce de sanctification active pour les autres. Certaines liturgies antiques ont essayé de préciser dans ce sens :

«Remplissez votre élu de l'esprit de charité et de conseil, afin que d’un cœur pur il gouverne votre peuple fidèle... et qu’il accomplisse sans reproche les choses saintes faites pour votre peuple. » Ainsi

1. Cf. Concile de Trente, Sess. XxXIV, can. 4: S1 quis dixerit per sacram ordinationem non dari Spiritum sanctum… anathema sit.

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