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IV. — Les effets de la confirmation

E Pontifical romain débute actuellement par le formulaire

de la Confirmation qu’il détache de l’ancien ordo du baptême. Dès le commencement il atteste son étroite dépendance vis-à-vis du Pontifical de Durand de Mende. Ce prélat avait, on s’en souvient, supprimé de son recueil tout ce qui n’était pas essentiellement rite épiscopal, et les rédacteurs du Pontifical romain de 1485 firent de même. C’est ce qui fait que, depuis cette époque, le formulaire de la confirmation paraît complètement isolé. Dans les anciens documents, la chose est excessivement rare. D’une façon très générale, les Sacramentaires et les Ordines donnent les rites de la confirmation à la suite de ceux du baptême. Car ils en sont le complément ordinaire et normal !.

La relation très étroite qui unit l’un à l’autre notre sacrement de confirmation et le sacrement de la régénéra-

1. Dictionnaire d’arch. et de liturgie, art. CONFIRMATION. — La question a été renouvelée par M. JOsEPH COPPENS dans son ouvrage L’imposition des mains et les rites connexes, dans le Nouveau Testament et dans l’Église ancienne, Paris, 1925.

tion est attestée dès l’origine, à ce point que très souvent les Pères des premiers siècles ne songeaient pas à l’en distinguer dans les termes, tant ils étaient habitués à considérer leur administration comme constituant un seul rite ; le baptême ne se concevait pas sans son achèvement et son perfectionnement, l’onction et l’imposition des mains.

Mais dès l’origine aussi, il est aisé de constater la distinction que l’on établissait entre les effets des deux institutions. D'où il ressort que l’enseignement de l’Église qui voit dans le baptême et la confirmation deux sacrements disfincts, ayant chacun leurs effets particuliers, est l’écho fidèle de la doctrine traditionnelle.

1. Il y a distinction bien nette entre les effets des deux rites ;

2. et pourtant on affirme leur unité et leur mutuelle dépendance.

1. Les écrits du Nouveau Testament, qui parlent si fréquemment du baptême, ne mentionnent pas expressément la confirmation. Mais en plusieurs endroits 1l y est question d’un rite déterminé, l’ëmposition des mains, accompagné d’une prière, ou 2nvocation, et destiné à conférer, aux seuls baptisés, le Don du Saint-Esprit, ou le Saint-Esprit lui-même.

Le chapitre VIII des Actes suffirait à lui tout seul à établir ce point de doctrine; il indique tous les éléments de la question:

le baptême chrétien conféré par le diacre Philippe au cours de sa mission en Samarie (v. 12) ;

un pouvoir spécial réservé aux Apôtres et que le diacre Philippe n’avait pu exercer (v. 14) ;

une prière prononcée par Pierre et Jean, ut acciperent Spiritum Sanctum (v. 15);

une #mposition des mains sur la personne des baptisés (baptizati tantum, 16) (v. 17);

et enfin l’effet surnaturel de ce rite sacramentel, et accipiebant Spiritum Sanctum (v. 17), effet qui,

au temps des Apôtres, se manifestait à l’ordinaire immédiate-

ment par des charismes spéciaux : on le voit bien par le v. 18, et surtout par le chapitre x1ix des Actes où il est parlé également du baptême chrétien et de la tradition du Saint-Esprit par lPimposition des mains !. C’était même le signe infaillible auquel les Apôtres reconnaissaient l’effusion de l’Esprit-Saint chez les Gentils ?. Mais ce n’en était que l’effet extérieur.

La dwpeà ro &yiou Iveiuuros était quelque chose de plus; c'était exactement le Don que les Apôtres avaient promis aux Juifs de Jérusalem dès le jour de la Pentecôte : baptizetur unusquisque vestrum … in remissionem peccatorum vestrorum et accipietis Donum (dwpev) Spiritus Sancti 3, le Don substantiel et incréé qu’eux-mêmes venaient de recevoir en accomplissement de la promesse divine. Dans ces passages et autres parallèles, l’effet indiqué est nettement distinct de celui du baptême. Celui-ci confère la rémission des péchés et fait enfants de Dieu ; c’est l’illumination par l’eau et par le Saint-Esprit. Dans la confirmation c’est l’Esprit-Saint qui est donné 4.

Les deux sacrements constituent la rénovation totale et parfaite 5. C’est ainsi qu'ont pensé les premiers écrivains

I. Act., XIX, 4-5: Et cum imposuisset illis manus Paulus, venit Spiritus Sanctus super eos et loquebantur linguis et prophetabant.

2. Act., X, 44-47 : Obstupuerunt quia et in nationes gratia Spiritus Sancti (n dwpsx vod äyiov Ilvevuatoc) effusa est : audiebant enim illos loquentes linguis et magmificantes Deum. Cf. la formule grecque de la confirmation : Yopayis dwosäc Toù &yilov [vebmatoc, attestée dès le IV® siècle.

3 ACL, 38.

4. Hebr., VI, 4-6 : Impossibile est eos qui semel sunt illuminati (=—baptême), gustaverunt etiam donum cœleste (ris dwpeñc) et participes (ueto/ovc, terme constant dans la langue des Pères pour la communion eucharistique) facti sunt Sprritus Sancti (—confirmation) … rursus renovari ad pœnitentiam. Cf. Le Sacramentaire de Sérapion dans sa prière pour la consécration du Chrême destiné aux néophytes : Xa oùtot UETOYOL YÉVWVTA This dwpeäc TOÙ dytov Ivesbpatoc.

s. Cf. Tit., xx, 5 : Salvos nos fecit per lavacrum regenerationis et renovationis Spiritus Sancti.

chrétiens, à commencer par les Pères apostoliques, qui ne songent pas à faire le départ entre les deux rites. Mais, dès le IIe siècle, Tertullien énonce clairement, comme les Actes, la distinction entre la rémission des péchés conférée dans le baptême et le Don du Saint-Esprit qui appartient en propre à l’imposition des mains accompagnée d’une prière. « Aux baptisés on impose les mains et en des paroles de bénédiction on appelle l’Esprit-Saint et l’on demande sa venue », manus imponitur per benedictionem advocans et invitans Spiritum Sanctum!. Un peu plus tard, saint Cyprien de Carthage souligne également la différence : « On ne renaît pas par le rite de l’imposition des mains qui confère l’Esprit-Saint, mais bien par le baptême, en sorte qu’on ne reçoit le divin Esprit qu'après avoir été régénéré. » — « Aussi l’usage se conserve-t-il chez nous : aussitôt après leur baptême solennel les néophytes sont amenés devant l’évêque, ils reçoivent PEsprit-Saint par notre prière et l’imposition des mains ; puis le signe de la croix du Sauveur vient achever l’action de la grâce ?.»

Insistant sur la valeur de ce signe de croix ou consignatio, élément essentiel de la confirmation, le pape saint Corneille écrivait à la même époque * à propos de Novatien : « Ce malheureux n’a pas eu la consignatio de son évêque ; privé de ce signe de croix, comment aurait-il pu recevoir l’Esprit- Saint ? »

De leur côté, les antiques Constitutions apparentées à la Tradition apostolique maintiennent la distinction, en indiquant clairement, comme le font les formules de notre Pontifical, que l’effusion de l’Esprit-Saint est sollicitée pour ceux qui ont déjà reçu la rémission des péchés dans le baptême. La différence entre les deux sacrements et leurs effets est donc établie

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