I. — LE RECUEIL LÉONIEN
ES données primitives sont pour nous très précieuses.
Les traditions les plus authentiques sont cependant celles que nous ont transmises les sacramentaires ; elles datent en majeure partie de la grande efflorescence de vie liturgique qui suivit la paix de l’Église, de l’époque qui assista au plein épanouissement de la doctrine catholique, circonstance qui ne put manquer d’influer sur l’œuvre liturgique elle-même. Afin d’éviter toute confusion dans la suite de notre étude sur le Pontifical, il sera utile de revenir un peu sur les documents anciens qui l’ont préparé, puisqu’on aura très souvent à recourir à leur témoignage. On verra qu’ils s’autorisent des noms les plus vénérables de l’antiquité ecclésiastique.
SAINT LÉON est l’un des papes dont les contributions au sacramentaire romain, et au pontifical en particulier, sont encore le mieux reconnaissables ; mais son nom ne paraît jamais dans les collections anciennes comme ceux de saint
Hippolyte, de saint Gélase ou de saint Grégoire. On parle cependant souvent du sacramentaire léonien. On désigne par là un document du VII® siècle environ, de la bibliothèque capitulaire de Vérone, offrant une collection unique en son genre. Les 3 premiers cahiers du manuscrit faisant défaut, le recueil n’a pas de titre. C’est son premier éditeur, Joseph Bianchini, qui lui donna le nom de Codex sacramentorum vetus Romanæ ecclesiæ a S. Leone papa confectus !.
La collection commence au mois d’avril pour se terminer en décembre. Elle contient heureusement tous les rites pontificaux, mais une bonne partie du Missel a disparu, le Propre du temps, Carême et Temps pascal, et, vraisemblablement, le canon de la messe. La portion qui s’est conservée, le Propre des Saints, les Messes communes, votives, etc., se distingue de tous les sacramentaires plus récents par le nombre extraordinaire de messes qu’il assigne à une même fête. Il se peut qu’il représente l’un des premiers essais de codification officielle de la liturgie romaine. On croit généralement que c’est plutôt une collection particulière et privée, peut-être pour l’usage d’un prélat, mais ce n’est pas sûr ; à moins que ce ne soit simplement l’œuvre de tel ou tel clerc, amateur d’antiques formules liturgiques, qui a montré beaucoup de goût et de savoir-faire dans ses choix ; il a puisé aux bonnes sources, à celles du vieux rit romain le plus authentique ; il a connu notamment le calendrier officiel de l’Église de Rome, celui qui indiquait les stations aux cimetières pour les anni-
1. FR. BIANCHINI, Anastasius Bibhiothecarius, t. IV, 1735. Excellente édition avec notes. — MURATORI, Liturgia Romana Vetus, t. I, 1748 ; ASSEMANI, Codex Liturgicus, t. VI, 1754, en a donné une reproduction très défectueuse. Celle de l’édition des BALLERINI, Opera S. Leoms t. II (P. L., t. LV) est meilleure, sans valoir toutefois la première. Récente édition très soignée par C. FELTOE, Sacramentarium Leonianum, Cambridge, 1896. La collection liturgique de Maria Laach, Liturgiegeschchtiiche Quellen, en annonce une nouvelle publication qui promet d’être définitive. On se dispose aussi à en publier la reproduction intégrale en phototypies.
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versaires des martyrs. Ce détail important inspire confiance pour l’ensemble de sa collection, qui, pour être assez composite, n’en offre pas moins le plus grand intérêt.
Les formules pour les fonctions épiscopales les plus essentielles y figurent au grand complet : elles forment le noyau primitif de notre Pontifical, et il n’y a pas de doute qu’elles représentent bien le plus pur usage romain, puisqu'elles se sont conservées intactes à travers les âges dans les recueils authentiques de la liturgie romaine. La liste des fonctions auxquelles elles sont affectées est impressionnante par elle-même : c’est l'embryon de nos recueils actuels :
Messe pour la dédicace des églises.
Consécration des évêques.
Ordination des diacres et des prêtres.
Consécration des vierges : ad Virgines sacras. Bénédiction solennelle des époux : Velatio nuptialis.
Les admirables préfaces de consécration qui font encore la richesse de notre Pontifical se lisent déjà dans cet antique manuscrit ; et c’est ici que le style du grand pape saint Léon se reconnaît le mieux. Le premier savant qui ait publié le document avait conclu delà que la collection tout entière était du même saint Léon. C'était aller trop loin. Quelques formules sont bien antérieures à son époque, d’autres ne sont que du VIe siècle. Mais dans l’ensemble le génie de saint Léon se laisse aisément deviner. Beaucoup d’oraisons affectées aux martyrs romains et d’autres à des messes sans titre, ont passé du léonien dans les sacramentaires et dans le Missel romain (preuve qu’elles étaient elles-mêmes officielles). Elles se distinguent toujours par la vigueur de la pensée et la concision des termes, l’élégance du style et le rythme de la phrase : et ce sont toutes les caractéristiques de la manière de saint Léon. Elles ont fourni un grand nombre de collectes et postcommunions aux dimanches d’Avent, aux féries de Carême, aux dimanches après la Pentecôte ; celles des martyrs ont été adaptées à d’autres fêtes ou aux différents communs des saints.
Mais c’est surtout dans le Pontifical que le souvenir du « léonien » a survécu.
L’unique exemplaire qui nous a été conservé n’était pas isolé. Un recueil semblable devait circuler en Gaule au VIIE et au VIIIE siècle, époque à laquelle on lui faisait encore des emprunts. L’un des antiques missels gallicans, représentant Pusage romain adapté à une église des Gaules, le Missale Francorum, a reproduit textuellement les formules de son pontifical ; il contient :
Les ordinations.
La consécration des vierges.
La dédicace des églises.
Les gélasiens, dont il va être question, ont également connu
et utilisé le léonien. mr
Le sacramentaire gélasien a été identifié longtemps avant le léonien : dès l’année 1651, le Père Jean Morin, de l’Oratoire, insérait dans l’Appendice de son traité sur la Pénitence ! un extrait d’un manuscrit très ancien, trouvé par lui dans la bibliothèque de l’avocat au Parlement de Paris, Alexandre Petau, et acquis en 1650 par la reine de Suède, Christine. Le Cardinal Bona avait étudié ce même manuscrit à la bibliothèque de Petau ?. L’un et l’autre estimaient y avoir reconnu le sacramentaire attribué par une tradition ancienne au pape SAINT GÉLASE. Le manuscrit passa plus tard avec la collection de la Reine de Suède à la bibliothèque Vaticane, d’où son nom de Codex Reginensis 316. — Il faisait encore partie de la collection particulière de Christine de Suède, lorsque le jeune Tommasi à peine âgé de 30 ans, en reçut communication ; il le publia en 1680 sous le titre exact que porte le manuscrit