‹ Le pontificat de Pie VI et l'athéisme révolutionnaireChapitre 11 sur 19 · CHAPITRE XXXV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXXV

Sommaire. — Cortège du Pape. — Arrivée à Briançon. — Attitude de la municipalité et de la population. — Logement de Pie VI. — Touchants détails.

— Impiété et intrigues du commissaire Bérard. — Le Pape est séparé des ecclésiastiques de sa suite. — Conduite du clergé constitutionnel. — Le Directoire décrète que le Pape sera transporté à Valence. — Départ de Briançon.

— Arrivée à Saint-Crépin. — Embrun. — Savines. — Le ciboire de Pie VI.

— Lettre de Mgr Chatrousse, évêque de Valence, à Pie IX. — Chorges. — La Bâtie-Neuve. — Gap. — Le Pape est gardé comme un prisonnier. — Les autorités. — Pieuse manifestation des fidèles. — Pie VI dans la vallée du Champsaur. — Saint-Bonnet. — A la limite du département.

Le 30 avril 1799, un lugubre cortège, parti de bonne heure du village d'Oulx, en Piémont, se mettait en marche vers la France. Il se composait de vingt-quatre militaires piémontais, d'un vieillard octogénaire et malade, porté dans une chaise par huit hommes, de deux prélats et de quelques ecclésiastiques montés sur des mules, enfin des serviteurs qui les conduisaient et d'un certain nombre de bêtes de somme portant les bagages.

Une neige abondante, tombée la veille, avait été comme une nouvelle couche de blancheur jetée sur celle déjà ancienne et glacée des pentes escarpées de ce gigantesque mont Genèvre qu'il s'agissait de franchir et qui s'élevait, semblable à une immense muraille perpendiculaire, en face des voyageurs. Quand la caravane eut traversé Sézanne, la dernière station piémontaise de la plaine, et entrepris

l'ascension de la redoutable montagne, ce fut un spectacle navrant pour la suite de Pie VI, de voir l'auguste captif, pendant quatre heures que dura le trajet, porté le long des sentiers étroits, entre un mur de vingt pieds de neiges et des précipices affreux. Ces imaginations italiennes, habituées aux douceurs du climat et au charme des campagnes romaines, étaient saisies d'épouvante.

Seul, l'auguste Pontife était calme et résigné. Un vent glacial soulevait sans cesse ses cheveux blancs. Les officiers piémontais lui offrirent à différentes reprises leurs pelisses pour le préserver du froid. Il les refusa toujours, répondant avec une tranquillité sereine : « Je ne souffre pas ; la main du Seigneur me protège au milieu de tous ces désastres. Allons, chers fils, amis chers, courage ! Mettons en Dieu toute notre confiance ». Puis, reportant sa pensée sur un autre passage des Alpes non moins difficile à franchir, il dit encore : « Je regrette de laisser à vingt heures de distance le mont Saint-Bernard. J'aurais aimé à bénir les vénérables religieux et à caresser leurs chiens ; ces hommes si hospitaliers pour tous les voyageurs auraient fait pour moi, et avec quel amour! ce que doivent faire des fils pour leur père ».

Le mont Genèvre avait aussi son hospice ; mais il n'avait pas ses religieux chargés de recueillir les voyageurs. Le village du plateau était encore enfoncé dans la neige. Les gens, dit Baldassari, sortaient par les fenêtres ; et les toits des maisons, s'élevant en pointe, donnaient à ce lieu l'aspect d'un

amas de petites pyramides. L'impiété révolutionnaire, après avoir saccagé l'intérieur de la modeste église, avait effacé la croix qui en ornait le fronton. Le cœur du Saint-Père se serra à ce spectacle. Car c'était comme une nouvelle révélation de tout ce qu'on lui avait rapporté des excès de l'irréligion dans notre patrie. Il traversa douloureusement le mont Genèvre, bénissant toutefois avec amour et ses pauvres habitants, et la France dont les portes s'ouvraient pour lui sous de tristes auspices.

Bientôt la calme sérénité du Pèlerin apostolique, déjà altérée par ce que nous venons de dire, le fut encore davantage, et les sinistres appréhensions auxquelles ses compagnons étaient en proie s'emparèrent aussi de lui. Comme on approchait de Briançon, une troupe d'hommes armés, précédés d'un tambour, se présenta au-devant du cortège. Le Pape tressaillit d'effroi. On s'efforça de le rassurer en lui disant que c'était une garde d'honneur, envoyée pour lui servir d'escorte. Malheureusement ces hommes étaient mal équipés, mal vêtus et ne ressemblaient nullement à une troupe régulière.

Enfin le Pape arriva aux portes de Briançon. Briançon et Rome ! l'hôpital de Briançon et le palais du Vatican, quel contraste ! Hâtons-nous de dire que la population briançonnaise sut adoucir, autant qu'il était en elle, les amertumes du Pontife.

Le 1 1 floréal, an vu de la République française, correspondant au 30 avril 1799, il y avait à Briançon une affluence considérable. Les membres de la municipalité comprirent que la sympathie pour le

Pontife était la cause de ce mouvement extraordinaire. Peut-être même eurent-ils quelque avis secret que le peuple se proposait de faire une manifestation en faveur du Vicaire de Jésus-Christ. Ils se réunirent en séance extraordinaire, à l'hôtel de ville, et prirent l'arrêté suivant, arrêté où l'odieux le dispute au ridicule :

« Ce jourd'hui 1 1 floréal, an vu de la République « française, une, indivisible, à Briançon, dans la « salle ordinaire des séances, l'administration muni- « cipale, présents les citoyens ;

« Considérant qu'il est nécessaire de prendre « toutes les précautions et mesures de police qui « peuvent maintenir et assurer l'ordre et la tran- « quillité publique à l'arrivée du Pape, qui est « annoncée pour deux heures de ce jour ;

« Considérant qu'il est important d'arrêter à « leur source tous les mouvements et rassemble- « ments que le fanatisme pourrait susciter, soit par « le son des cloches, soit par toute autre voie ;

« Considérant qu'il importe également de proté- « ger ce passage, l'arrivée et le séjour, par toutes les « mesures qui peuvent s'allier avec les égards pres- « crits par le gouvernement et ceux qui doivent « émaner de nous, républicains ;

« Ouï le commissaire du Directoire ;

« Arrête que les clefs du clocher et du temple « décadain seront déposées à la maison commune, « que le citoyen Vincent sera chargé de toutes les « mesures de surveillance et de police relatives au « passage du Pape, conjointement avec le citoyen

« Albert, commissaire de police ; et qu'à cet effet « la gendarmerie sera requise de les accompagner, « soit pour faire écarter le peuple , soit pour « prendre telle autre mesure commandée par les « circonstances ».

Le joyeux carillon des cloches ne se fit donc point entendre à l'arrivée du Pèlerin Apostolique dans ces murs, où devaient s'écouler en grande partie les jours mauvais qui lui restaient à vivre. Mais une foule nombreuse se porta à sa rencontre et l'accueillit avec les témoignages du plus profond respect. Pie VI fut reçu à la porte de Pignerol par le commandant de la place et par les officiers de l'état-major, qui tous se montrèrent convenables. La foule était profondément attendrie, et beaucoup ne purent retenir leurs larmes en voyant le visage auguste du Pontife martyr. Pie VI s'en aperçut ainsi que les compagnons de son exil. Les uns et les autres reprirent confiance, à ces marques d'une foi encore si vivante. L'auguste vieillard ne cessa de bénir jusqu'à ce qu'il fût parvenu à l'appartement qu'on lui avait préparé; et, avant même d'y entrer, jugeant toute la France d'après ce bon peuple de Briançon qui venait de lui donner une si grande consolation, il prononça ces paroles prophétiques : « La France est remplie de brebris égarées ; « mais elles ne tarderont pas à revenir au bercail ».

Le Pape fut logé au premier étage d'une maison qui fait partie de l'hôpital. Le commissaire Bérard l'Aveugle, impie forcené sur lequel nous aurons à revenir, proposa plusieurs fois de l'enfermer dans

la citadelle (1). Mais, s'étant convaincu par lui-même que ces tours délabrées étaient alors inhabitables, puisqu'il n'y avait ni portes ni fenêtres, force lui fut de renoncer à cette pensée.

Au château, le Pèlerin apostolique aurait pu rencontrer l'ombre de saint Ambroise et se réconforter par le souvenir de ce grand homme. Car le célèbre archevêque de Milan, passant autrefois à Briançon pour se rendre dans les Gaules, auprès de l'empereur Valentinien II, avait reçu l'hospitalité dans ce vieux manoir ; et l'impression de ses vertus y fut telle que la mémoire en subsiste encore après tant de siècles. Saint Ambroise, contre son attente, ne pénétra pas plus avant dans notre patrie. Ayant appris que Valentinien venait d'être assassiné, il s'en retourna de Briançon en Italie. Pie VI, au contraire, qui croyait devoir trouver le terme de son douloureux pèlerinage sur le seuil de la France, en y laissant sa tombe, reçut l'ordre, après deux mois de séjour, de partir encore pour aller accomplir plus loin son exil et son martyre.

Mais, avant de suivre, selon notre dessein, l'auguste vieillard dans la continuation de son passage à travers les Alpes, nous devons insister sur les touchantes particularités de sa résidence à Briançon.

Pie VI fut donc logé au premier étage d'une maison de l'hôpital. Une salle assez grande, une pièce ordinaire et deux petites chambres composaient tout le palais de ce souverain déchu. Nous avons visité, avec le sentiment de vénération que

(1) Ce vieil édifice porte aussi le nom de château.

l'on doit à la prison des martyrs, cet humble asile qui remplaça pendant deux mois, pour Pie VI, les splendeurs du Vatican. Il est aujourd'hui confié à la garde de religieuses Trinitaires, venues de Valence, de la ville précisément où ce pontife alla finir ses douleurs. On voit encore dans la seconde pièce un lit et quelques chaises. C'est là que le Saint- Père couchait. Dans la grande salle on conserve un canapé et six fauteuils qui furent achetés, dit-on, pour meubler cet appartement, à l'occasion de l'arrivée du Pape.

Assis sur un de ces fauteuils, autour d'une simple table, nous avons compulsé le grand registre des archives de l'hôpital, qui va de 1755 à 1853, et ce n'est pas sans une vive émotion que, dans ce lieu même, nous avons lu et copié le passage suivant du folio 149 :

« Notre Saint-Père le Pape Pie VI est arrivé le « 1 1 floréal an vu, correspondant au 30 avril 1 799, à « Briançon, où il a été conduit par ordre du Gouver- « nement et logé, avec la plus grande partie de sa « suite, dans la maison appartenant à l'hospice civil « de cette commune, comme la plus apparente et la « plus commode de toute la ville. Les administrateurs « de l'hospice y ont fait tous les embellissements et « toutes les commodités qui ont été en leur pouvoir».

Vient ensuite le relevé des sommes dépensées pour le Pape et soldées par celui-ci à l'administration de l'hospice. Car le captif voyageait et se nourrissait à ses frais ; le Gouvernement d'alors n'ayant pas même compris qu'il aurait dû au moins subve-

nir aux dépenses de ce vieux Pontife-Roi, dépouillé de tout.

Le détail du folio 149 et des suivants ne peut trouver place ici ; mais nous le déclarons, au souvenir de l'émotion qui nous saisit en le parcourant, nulle page au monde n'est éloquente comme ce budget, comme cette liste civile expliquée du successeur des Léon X et des Sixte V, prisonnier dans un pauvre hospice d'une pauvre ville des Alpes. Le budget de Pie VI est à la hauteur de la magnificence de son palais, de ce palais où, malgré tout ce qu'avaient fait les administrateurs pour l'embellir et le rendre commode, les fenêtres, dit l'abbé Baldassari, n'avaient que des châssis de toile et point de volets pour la nuit.

Extrayons encore de la page qui nous occupe ces quatre lignes : elles nous feront connaître le total des dépenses de la cour pontificale à Briançon.

« Le Pape a fait remettre pour première indem- « nité la somme de sept cent vingt livres, laquelle « a été employée ainsi qu'il suit : . . .

« Notre Saint-Père le Pape est reparti le « 28 juin 1799 pour se rendre à Valence, et a fait « remettre pour seconde indemnité la somme de « quatre cent quatre-vingts livres.

« Somme totale : douze cents livres ». La grande salle servait à la fois de dortoir pour plusieurs serviteurs du Pape, de chapelle et de salle à manger. Le matin, on enlevait les lits et l'on dressait un autel pour célébrer le saint Sacrifice ; enfin, dans la journée, on plaçait la table pour les

repas, et l'on restait réunis autour du Pontife. C'étaient des scènes renouvelées des Catacombes. Encore les palais des Catacombes étaient-ils plus commodes.

Deux sentinelles gardaient Pie VI : l'une avait son poste à l'entrée de la maison ; elle ne devait laisser pénétrer personne sans permission expresse; l'autre se tenait à la porte de l'appartement ; elle avait ordre d'en interdire l'entrée à tout autre qu'aux ecclésiastiques de la suite du Pontife et à ses serviteurs.

Nous avons vu à l'hospice de Briançon un vieillard qui se souvenait d'avoir monté la garde devant l'appartement du Saint-Père. Ce vieillard ne parlait qu'avec attendrissement des bontés du Pape; il ne pouvait oublier les traits de son auguste visage (1). S'il faut l'en croire, tous les matins, de dix heures à onze heures, et tous les soirs, de deux heures à trois heures, le vénérable captif faisait servir, sur une petite table, dans l'embrasure d'une fenêtre, une collation au factionnaire de l'intérieur. La collation consistait toujours en deux plats, une bouteille de vin et un pain. Le vieillard dont nous parlons aurait été plusieurs fois luimême l'objet de cette modeste munificence du Pontife indigent.

(1) Un autre vieillard briançonnais, presque nonagénaire aujourd'hui, le vénérable M. Caire qui, avec la vivacité de son intelligence, a conservé encore toute la fraîcheur de son imagination et de son cœur, nous disait : « J'ai eu le « temps de contempler les traits augustes de Pie VI. Mais, quoique, à raison de « mon grand âge et de mes longs voyages, j'aie eu l'occasion de voir bien des « ligures vénérables, je n'en ai jamais rencontré de plus belle. Et lorsque j'y « pense, il me semble encore le voir ». (Note écrite en 1868.)

Nous avons déjà remarqué que la population avait témoigné d'une manière éclatante de sa foi et de son respect au moment de l'arrivée du Pape. Elle continua à s'honorer par les mêmes démonstrations pendant tout le temps de son séjour à Briançon. Chaque matin, de nombreux fidèles se réunissaient sous ses fenêtres pour entendre la même messe que lui; car Pie VI, accablé par la maladie, ne pouvait plus célébrer lui-même. Le jeudi, les habitants de la campagne, venus à la ville pour le marché, se pressaient en foule devant sa pauvre demeure, dans l'espérance de le voir et d'emporter sa bénédiction. Mais le commissaire Bérard avait fait défendre au Pontife de se montrer jamais, et il enjoignit bientôt au commandant de place d'envoyer exactement des soldats pour dissiper ces pieux rassemblements.

L'impiété du commissaire affligea le cœur du Pontife, Toutefois ce fut une grande consolation pour ce noble vieillard de connaître les préoccupations filiales et compatissantes du peuple à son égard; et, sur ce fauteuil où la douleur et l'affaiblissement le tenaient cloué, il en manifesta maintes fois son bonheur.

Bérard fut à peu près le seul ennemi déclaré du Pape dans Briançon. Mais il le fut avec une véritable frénésie. On a pu déjà en juger par les traits que nous avons rapportés. On s'en convaincra davantage encore par ce qui va suivre. Le commandant de place demeurait au deuxième étage de la maison qu'occupait Pie VI. C'était un homme d'un caractère doux, modéré, mais pusillanime. Sa

Pie VI. — T. II. 2<ï

femme était douée d'une grande piété. Elle descendait tous les matins dans l'appartement du Saint- Père pour entendre la messe. Bérard en fut informé ; il entra en fureur, et le timide commandant dut priver la religieuse dame de cette satisfaction de sa foi.

Tandis que tout le monde désirait que Briançon fût la dernière étape du Pèlerin apostolique, à l'exemple de ces villes de l'antiquité qui regardaient comme une gloire et un heureux présage de posséder le tombeau d'un grand homme, le fougueux commissaire ne goûta pas un moment de repos jusqu'à ce qu'il eut obtenu l'éloignement du Pontife.

Il commença d'abord par suspecter les ecclésiastiques qui avaient accompagné Pie VI, d'entretenir des intelligencês secrètes avec l'ennemi. Ensuite il les accusa de s'être réjouis à la vue des soldats blessés qui revenaient de l'armée, d'avoir tiré le plan des forts et de laisser â la disposition des adversaires de la France une partie des grosses sommes d'argent que l'on devait faire passer au Pape. Un conseil de guerre reconnut l'inanité de ces griefs. Mais Bérard ne se tint pas pour battu. La nouvelle arriva, sur ces entrefaites, que l'armée des Austro-Russes s'était avancée jusqu'à Suze. Immédiatement il se mit à représenter par lettres au général Muller qui, de Grenoble, commandait la subdivision des Hautes-Alpes, combien c'était dangereux dans de telles circonstances de laisser au sein d'une forteresse des frontières un otage aussi

illustre que le Pape. Enfin il fit tant et si bien qu'un ordre exprès fut expédié à Briançon, de diriger sans retard Pie VI sur Grenoble, ou au moins, si son état de santé ne permettait pas ce voyage, de faire partir aussitôt ceux de ses compagnons qui n'étaient pas indispensables pour son service personnel.

Qu'on juge de la consternation du saint vieillard à la notification de cet ordre. Il demeura quelque temps en silence ; puis, levant les yeux au ciel : « Nous devons », dit-il, « nous conformer à la vo- « lonté de Dieu ». Il déclara après cela que, si l'on ne pouvait empêcher le départ de ses fidèles amis, il voulait les suivre. Les prélats s'empressèrent de demander un délai de quelques jours pour trouver des voitures. Le commandant et son conseil comprirent la haute convenance qu'il y avait de déférer à une demande aussi légitime, et le délai fut accordé. Mais Bérard entra dans un accès de colère impossible à décrire. Il s'abandonna en pleine assemblée aux outrages les plus violents contre le commandant : il le traita de vil disciple des papistes et d'ennemi de la patrie, et il termina en proférant ces paroles barbares qui pèsent, avec la haine des Briançonnais indignés, comme un éternel opprobre sur sa mémoire : « Une charrette sera bonne pour transporter le Pape ! Quant aux autres, n'ont-ils pas des jambes pour voyager comme voyagent tous les jours les braves défenseurs de la République? »

La suspension de départ accordée par le commandant touchait à son terme, lorsque, le 7 juin au

matin, arriva une nouvelle dépêche du général Muller, portant en substance que le Pape devrait, jusqu'à nouvel ordre, rester où il était. Mais tous les ecclésiastiques de sa suite avaient à quitter Briançon. Pie VI ordonna à l'archevêque de Corinthe de faire tous ses efforts pour obtenir qu'on lui épargnât le malheur d'être séparé des siens. Le prélat se hâta d'adresser au commandant, au nom de tous, une supplique dictée par cette éloquence du cœur qui empruntait à la sainteté des circonstances un caractère encore plus touchant. C'étaient des fils, voués volontairement aux douleurs de l'exil pour partager l'infortune d'un père bien-aimé, qui se voyaient sur le point d'être arrachés à cette suprême consolation. Ils rappelaient Antigone implorant la pitié pour Œdipe.

Le commandant fut attendri. N'osant toutefois prendre sur lui d'accéder à des voeux aussi saints, il consentit à ce que le départ fût différé de quelques heures. Muller était attendu ce jour-là à Briançon, et l'on espérait qu'il n'aurait pas la barbarie de presser l'exécution de son ordre. Les Briançonnais continuèrent de s'honorer en adressant eux-mêmes à ce général une requête dans laquelle ils le priaient instamment de laisser à l'infortuné Pontife sa petite cour, triste et faible adoucissement de ses peines au milieu de tant de maux. Pie VI, de son côté, lui fit remettre un billet, signé de sa main, où il rappelait la supplique de l'archevêque de Corinthe et ajoutait ces simples mots :

« Je touche au terme de ma vie. Je désire être

« assisté dans mes derniers moments parles ministres « de la religion sainte dont Dieu m'a établi le chef».

Le cœur de bronze du général ne fut pas ému, et l'ordre fut maintenu de faire partir les ecclésiastiques, à l'exception toutefois d'un bon vieillard, le P. Fantini, que Muller, par un dernier sentiment de pudeur, consentit à laisser auprès du Souverain Pontife.

Laissons raconter à celui des compagnons du Pèlerin apostolique qui a recueilli les Acta sincera de ce long martyre (1), la scène sublime qui précéda la séparation : « Il fut définitivement arrêté « que nous partirions le lendemain, 8 juin. Comme le « départ devait avoir lieu de bonne heure, nous nous « rendîmes la veille au soir auprès du Pontife pour « prendre congé de lui. Pie VI était ému. Lorsqu'il « nous vit tous à ses pieds, il leva en silence les yeux «vers le ciel; puis, d'une voix affaiblie par l'âge et « par la douleur, il nous dit : Allez en paix, allez au « nom du Seigneur. Dieu sera votre guide et votre « protecteur; j'espère que nous serons bientôt réu- « nis. Il leva sa main tremblante et nous bénit par « trois fois. Nous lui demandâmes de pouvoir nous « confesser mutuellement, et de célébrer la sainte « messe sur un autel portatif. Il nous répondit qu'il « nous donnait tous les pouvoirs qu'il est d'usage « d'accorder dans les lieux où règne une persécution « ouverte contre l'Eglise, et il créa délégué aposto- « lique Mgr Spina, lui conférant l'autorité la plus « étendue, avec la faculté de subdéléguer, suivant

(1) L'abbé Baldassari : Enlèvement et captivité de Pie VI, chap. vi.

« que le demanderaient les circonstances, la gloire de « Dieu et le bien spirituel des âmes. L'abbé Marotti, « qui joignait à une éminente piété une grande fran- « chise, ne put s'empêcher de dire : Plaise à Dieu « que l'exercice de ces pouvoirs ne nous soit pas « interdit ! Alors Pie VI, recueillant ses forces et « élevant la voix, lui dit d'un air sévère : Jusqu'à « quand écouterez-vous vos craintes et vos incerti- « tudes? Habele fiduciam. Il nous bénit de nouveau et « nous nous retirâmes. . . Nous quittâmes, le cœur « serré de douleur, cette maison où nous laissions « un vénérable Pontife que nous étions peut-être « condamnés à ne plus revoir ici-bas ».

Le pèlerinage de Pie VI est exclusivement l'objet de ce travail. Nous ne suivrons donc pas les autres exilés dans leur route à travers les Alpes. Nous nous bornerons à constater qu'ils furent partout accueillis avec une sympathie mêlée de cette religieuse vénération qu'inspire toujours le spectacle de la foi et de la vertu aux prises avec la persécution. Ils durent par conséquent espérer que des démonstrations encore plus significatives auraient lieu en l'honneur de Pie VI, si le Gouvernement, ordonnant un jour qu'il allât rejoindre à Grenoble les compagnons de sa captivité, revenait sur la mesure par laquelle il retenait attaché sur le rocher de Briançon ce vieux géant de la Papauté, possesseur du véritable feu du ciel. Ils durent espérer que quelques rayons de bonheur viendraient luire encore sur le front désolé du Pontife, lorsqu'il traverserait les bourgades et les villes de nos catho-

liques montagnes, au milieu des témoignages éclatants des populations attendries et agenouillées sous sa main bénissante. Ils durent l'espérer surtout, lorsque, se refusant aux hommages qu'on leur offrait à eux-mêmes, ils s'entendaient répéter, comme dans l'hospitalière cité d'Embrun : « Que « l'honneur d'appartenir au Vicaire de Jésus-Christ « persécuté, et de partager ses épreuves, les rendait « dignes des plus grands respects (1) ».

L'on se demande, parmi tous ces incidents, ce que faisait le clergé constitutionnel de Briançon. Hélas ! cet infortuné clergé, composé seulement d'un curé et de deux autres prêtres, moins coupables qu'égarés (2), aurait bien voulu déterminer le Pape ou, au moins, les ecclésiastiques de sa suite à paraître dans l'église paroissiale et à y participer aux cérémonies de la Religion. Mais Pie VI et ses fidèles compagnons refusèrent invariablement toute communication avec les prêtres assermentés; et la grande salle de l'hôpital abrita seule les soupirs et la prière des exilés. Néanmoins, le curé constitutionnel tenta constamment de donner le change à la population, en faisant croire qu'il était en communion avec le Siège apostolique.

Ainsi, dès le jour même de l'arrivée du Saint- Père, il chanta une messe solennelle et un Te

(1) L'abbé Baldassari, loc. cit.

(2) On n'oserait les juger plus sévèrement, surtout quand on a connu le dernier d'entre eux, mort il y a quelques années, chanoine de la cathédrale de Gap, après une longue carrière, signalée constamment par la pratique des vertus les plus saintes et de la vie la plus austère. Cet hommage était dû à la mémoire du respectable M. Voyron.

Deum, pour remercier Dieu de cet heureux événement. Ensuite il affecta d'accueillir avec les plus grands égards, et de considérer comme faisant partie de l'émigration sainte, quelques mauvais prêtres italiens parvenus à Briançon, vers la même époque, après avoir été chassés de leur patrie à cause de leurs opinions révolutionnaires. Il osa même annoncer par la voie des journaux que les compagnons de Pie VI avaient pris part aux cérémonies du clergé constitutionnel. Un catholique de Briançon dut démentir cet outrage à la foi des confesseurs, dans un article qui fut inséré au Courrier Général de Paris, du 10 juillet 1799. On y lisait ce qui suit :

« Les événements qui ont amené le Pape dans « notre ville nous ont donné un nouvel exemple des « vicissitudes de la Révolution. Car nous avons vu « arriver ici, presque en même temps que le Pontife, « des prêtres patriotes d'Italie que l'invasion de la « république Cisalpine par les Austro-Russes a for- « cés de quitter leur pays. Ils ont été accueillis avec « les sentiments de la plus tendre fraternité par notre « clergé constitutionnel, dans l'église duquel ils ont « plusieurs fois célébré la messe. Ce qui a sans doute « donné lieu aux faux bruits, que les ecclésiastiques « du Saint-Père avaient assisté à l'office du clergé « constitutionnel ; erreur que nous avons vue ré- « pétée par plusieurs journaux ».

Le Pèlerin apostolique était livré depuis deux jours seulement à la désolante solitude dans laquelle le laissait le départ forcé de ses compagnons,

lorsque le Directoire arrêta que Pie VI serait transféré de Briançon à Valence. Le décret, signé Merlin de Douai, portait que la mesure aurait lieu incessamment et que l'exécution en était confiée au commissaire-général du département des Hautes- Alpes. Une ampliation de ce décret fut adressée au général Muller et une autre au commandant de place de Briançon. Le chevalier Don Pedro de Labrador, envoyé par le roi d'Espagne pour rechercher et protéger autant qu'il le pourrait la personne du Pape, venait d'arriver tout récemment à Grenoble. Il obtint de Muller que le départ du Saint- Père serait suspendu jusqu'au moment où l'on aurait pu lui faire parvenir des voitures pour le transporter. Le docteur Duchadoz, homme religieux et distingué autant par l'affabilité et la douceur de ses manières, que par son habileté médicale, fut autorisé à se rendre avec les voitures à Briançon, afin de se mettre aux ordres de Pie VI et de lui donner ses soins durant le voyage.

A la nouvelle de ces concessions bienveillantes de Muller, l'impitoyable Bérard pousse jusqu'au bout la rage et la fureur. Il s'empresse d'écrire au commissaire-général des Hautes-Alpes : il l'exhorte à exécuter quand même les ordres du Directoire. Le commissaire se laisse séduire et convaincre. Il arrive à Briançon, et là, il déclare brutalement que si le Pape refuse de partir, il le fera tirer de force de son lit. En vain on lui représente que Pie VI est malade, tellement malade qu'il court risque de ne point arriver vivant au lieu de sa destination ;

les médecins eux-mêmes le constatent. Il n'en prononce pas moins avec colère cet arrêt révoltant : « Le Pape partira demain matin, mort ou vif ».

Ce demain matin, c'était le 27 juin. Les compagnons du Saint-Père lui avaient été violemment arrachés le 8 du même mois. Pendant tout cet intervalle, l'auguste vieillard avait traîné une vie languissante ; sa santé était toujours allée en s'altérant de plus en plus, et il n'avait trouvé quelque adoucissement à ses maux que dans la prière. Ces dix-neuf jours avaient été les plus douloureux de son cruel martyre. La barbarie du commissairegénéral en fut le digne couronnement.

Le Vicaire de Jésus-Christ fut placé sur une mauvaise charrette de poste avec le P. Fantini.

On eût dit, selon la remarque d'un écrivain, qu'on le menait à l'échafaud. Du moins, Pie VI eut-il encore une consolation que les fidèles Briançonnais lui avaient déjà procurée tant de fois. Presque tous voulurent assister à son départ, maudissant Bérard qu'ils persistaient à regarder comme l'auteur de cet éloignement, versant des pleurs et s' agenouillant sur le passage du Pontife, pour recevoir une suprême bénédiction, qu'il leur donnait en soulevant avec peine sa main à demi paralysée. Pour retrouver une scène aussi touchante, il faut remonter à ce livre des Rois où l'on montre David chassé par Absalon, suivi sur le chemin de l'exil par le peuple qui l'accompagnait en pleurant et en se lamentant (1). Honneur aux

(1) David ascendebat clivum olivarum, scandens et fleos... Sed et omnis po-

habitants de Briançon d'avoir procuré aux historiens l'occasion d'associer un tel souvenir à celui de leur pieuse émotion et de leur sainte douleur au moment où ils virent s'éloigner de leurs murs l'auguste représentant du divin Fils de David !

«En traînant d'étape en étape, de douleur en « douleur, le captif apostolique », répéterons-nous avec un écrivain que nous avons déjà cité, « le Di- « rectoire avait espéré avilir la religion et montrer « comme un trophée, dernier vestige de la supersti- « tion expirante, les humiliations de ce vieillard mou- « rant qui se disait le représentant de Dieu sur la « terre. Mais cette espérance fut déçue. On eût dit « qu'on n'avait amené la Papauté en France que « pour qu'elle ranimât par sa présence la foi re- « foulée, mais non morte dans le cœur des Français. « Presque tout le Dauphiné quitta ses villes, ses « châteaux, ses villages pour s'agenouiller au bord « de ce chemin de la Croix (1) ».

La première manifestation à l'appui de ces paroles eut lieu au village de Saint-Crépin où le Pape passa la nuit. On peut en juger par la légende suivante que Mgr Depéry, évêque de Gap, ad servandam rei memoriam, a fait graver sur le siège d'une pauvre chaise à porteur, vieux fauteuil en bois vermoulu , confié maintenant à la garde des prêtres du petit séminaire d'Embrun.

« Le 27 juin 1799, le Pape Pie VI, par ordre du «Directoire, était transporté de Briançon à Valence.

pulus qui erat cum eo, operto capite, ascendebat plorans. (II Reg., xv.) (1) EdmoDd Lafoud : La voie douloureuse des Papes, p. 143.

« Les fidèles de la paroisse de Saint-Crépin, le con- « seil municipal et les pénitents blancs en tête, allè- « rent au-devant du Saint-Père jusqu'au torrent de « Prareboul. On l'apporta en triomphe à Saint-Cré- « pin où il passa la nuit dans la maison de Fran- « cois-Etienne Aymar, médecin. Le lendemain, le « Pape fut transporté par les gens de Saint-Crépin « jusqu'au torrent de Mardanel qui sépare la com- « mune de Saint-Crépin de celle d'Eygliers.

« Ce fauteuil grossier a servi dans cette occasion « de chaise à porteur à Pie VI. Il m'a été donné, le « 12 juin 1860, par M. Martin, curé de Saint-Cré- « pin, qui le tenait de la famille Aymar.

« Je donne ce meuble vénérable au petit séminaire d'Embruu, et je recommande. à MM. les « Directeurs de le conserver comme une relique.

« Gap, le 30 juin 1860. — Signé : Irénée, évêque « de Gap ».

On voit à Westminster- Abbey, dans la chapelle d'Edouard le Confesseur, un ancien fauteuil rustique, apporté d'Ecosse en Angleterre, en 1297, par Edouard IPr. A ce fauteuil est fixée la fameuse pierre de Scone sur 'laquelle les rois d'Ecosse étaient couronnés. A chaque changement de souverain en Angleterre, on le recouvre d'un tissu d'or, et il sert pour l'intronisation du nouveau monarque. Par les soins du vénérable Mgr Depéry, la Sedia gestaloria du Pontife-Roi dans la commune de Saint-Crépin a été recouverte, non pas d'un tissu d'or, mais d'une ornementation plus sévère qui ne lui enlève rien de son caractère primitif. Cette précieuse relique, des-

tinée à nous rappeler, dans les montagnes des Alpes, un souvenir plus sacré, ne doit peut-être plus servir pour des usages aussi augustes ; mais, comme la pierre de Scone dans les pays d'Outre- Manche, elle sera conservée religieusement parmi nous, et transmise aux générations futures avec on égal sentiment de respect et d'heureux présage.

Sous le roc de Mont-Dauphin, Pie VI vit accourir les religieuses populations de la plupart des communes du canton de Guillestre. Quelqu'un le harangua en italien. Cette voix qui lui rappelait ïe langage harmonieux de sa patrie, dut faire tressaillir le pauvre exilé et toucher profondément soi; coeur.

Sur tout le parcours jusqu'à Embrun, ce furent les mêmes témoignages de vénération et de sympathie, de pitié et d'amour pour le Vicaire de Jésus- Christ. Mais c'est à Embrun principalement que l'attendait une réception enthousiaste. La cité de saint Marcellin et de saint Pelade, ce premier siège archiépiscopal de France, sur lequel s'étaient assis tant de saints, tant de cardinaux et un Pape, tenait à honneur d'offrir une généreuse hospitalité au Pèlerin apostolique et de donner une place, à l'humble foyer de ses plus recommandables habitants, au père bien-aimé de tous les chrétiens.

Le commissaire-général des Hautes-Alpes craignit cette démonstration ; il régla qu'on ne s'arrêterait qu'à Savines ; il voulut même faire éviter à la charrette du Pape le passage dans l'intérieur de la ville.

« Toutefois », dit l'abbé Baldassari, « quand il « vit le peuple, qui était sorti en foule au-devant « du Pontife, s'indigner et se plaindre ouvertement, « il jugea prudent de ne pas insister. Pie VI passa « par Embrun, au milieu des marques de respect et « de compassion que lui attiraient son caractère « et l'état de langueur où il était réduit (1) ».

Quelles ne durent pas être les pensées du saint vieillard, en traversant, dans un misérable équipage, cette grande rue qu'avaient tant de fois foulée avec les pas d'innombrables multitudes, pendant des siècles, les pieds des chevaux des rois de France accourus en pèlerinage à Notre-Dame d'Embrun ? Lui, le Pèlerin apostolique, il ne pouvait pas aller offrir sa prière sous le Réal, ni pénétrer dans cette auguste basilique qui avait été la brillante cathédrale d'un Médicis, et dont un autre Médicis, le Pape Léon X, avait uni, dans son désir, la restauration avec l'achèvement de la grande église de Saint-Pierre de Rome (2) I Hélas ! Pie VI traversait Embrun en captif, et le temple de Notre- Dame, comme toutes les églises de France en ces jours néfastes, déchu de ses splendeurs, n'offrait plus qu'une ombre de lui-même, stat magni nominis umbra, et était occupé par un clergé schismatique !

Entre Embrun et Savines, la voiture du Pape faillit verser dans un torrent. L'historien de la

(1) Enlèvement et captivité de Pie VI, loc, cit.

1 Voir V Essai historique sur la ville d'Embrun, chap. xvi, page 258, par M. l'abbé Sauret.

captivité de Pie VI n'a point désigné le nom de ce torrent. Peut-être est-ce celui de Boscodon. Dans ce cas, l'esprit ne saurait se défendre d'un rapprochement douloureux. N'aurait-on pas cru rencontrer, à quelques centaines de pas au-dessous des ruines de la vieille abbaye, la ruine expirante de la Papauté ? Mais l'ange des moines fut là sans doute pour s'unir à celui de Pie VI, et c'est leur bras invisible plus que la main du gendarme qui arrêta une chute funeste.

On arriva à Savines sur le soir de ce second jour de voyage ; on y passa la nuit, car Savines était marqué par le commissaire pour être le lieu de la deuxième étape du Pèlerin apostolique. Nous avons rappelé, dans notre Essai historique sur la ville d'Embrun, l'acte de cette femme éminemment chrétienne, la vieille marquise de Savines, alors octogénaire comme le Pontife, qui, n'ayant pu obtenir du commissaire la faveur, inestimable à ses yeux, de recevoir le Saint-Père dans son vaste et beau château, voulut au moins lui envoyer un fauteuil dans la pauvre maison du village où on le descendit (1).

Le départ de Savines eut lieu le lendemain matin, 29 juin, fête des apôtres saint Pierre et saint Paul. Dans ce grand jour, le successeur du pêcheur de Galilée aurait voulu au moins assister au saint sacrifice de la messe ; il ne cessa de réclamer cette grâce ; mais le commissaire était impie et le

(1) La marquise de Savines était la mère de Charles de la. Fout de Savines, évèque de Viviers, si célèbre par ses écarts au moment de la Révolution. Voir sur la conduite de cette noble femme , l'Essai historique sur la ville d'Embrun, chap. xxiv, page 432.

P. Fantini n'osa célébrer, dans la crainte de le voir éclater en blasphèmes. Le noble captif dut se mettre en route et se contenter d'adorer, dans une muette douleur, la sainte Eucharistie qu'il porta constamment, tout le long de son pèlerinage, dans un petit ciboire suspendu à son cou. Le lecteur ne trouvera pas hors de propos que je rappelle ici comment ce même ciboire, qui renfermait le viatique de Pie VI, devait, quarante-neuf ans plus tard, parvenir à un autre Pie, à la veille aussi de prendre le chemin de l'exil. Le 21 novembre 1848, le Pape Pie IX, opprimé par la Révolution, hésitait à s'enfuir, lorsqu'on lui remit une boîte mystérieuse, contenant le ciboire en question, et cette lettre de l'évêque de Valence, en Dauphiné (1) :

« Très-Saint Père,

« Pendant les pérégrinations de son exil en « France, le grand Pie VI portait la très-sainte Eu- « charistie sur sa poitrine ou sur celle des prélats « domestiques qui étaient dans sa voiture. Il puisait « dans cet auguste sacrement une lumière pour sa « conduite, une consolation pour ses douleurs, en « attendant qu'il y trouvât le viatique pour son éter- « nité. Je suis possesseur, d'une manière certaine « et authentique, de la petite pyxide qui servait à un « si religieux, si touchant, si mémorable usage. J'ose « en faire hommage à Votre Sainteté. Héritier du « nom, du siège, des vertus, du courage et presque « des tribulations du grand Pie VI, vous attacherez

(1) Mgr Chati'ousse.

« peut-être quelque prix à cette modeste, mais inté- « ressante relique qui, je l'espère bien, ne recevra « plus la même destination. Cependant, qui connaît « les desseins de Dieu dans les épreuves que la Pro- « vidence ménage à Votre Sainteté ? Je prie pour « Elle avec amour et foi. Je laisse la pyxide dans « le petit sac de soie qui la contenait et qui servait « à Pie VI ; il est absolument dans le même état « que lorsqu'il était suspendu sur la poitrine de « l'immortel Pontife ».

Il est presque inutile d'ajouter que ce « secret « message envoyé d'outre-tombe par Pie VI » détermina l'héritier de son nom et de ses malheurs à partir. Mais revenons au voyage de notre infortuné Pontife.

Dieu, qui ménage toujours quelques consolations dans les épreuves, ne voulut pas que cette fête de saint Pierre, si triste, si différente, hélas ! des précédentes années, fût tout à fait sans adoucissement pour le Pèlerin apostolique. Les voitures qu'on lui envoyait de Grenoble l'atteignirent à peu de distance de Savines. Le docteur Duchadoz était porteur d'une dépêche du général Muller qui lui donnait plein pouv oir pour régler le voyage du Pape. Muller avait été informé par exprès de l'indigne conduite du commissaire des Hautes-Alpes ; il lui écrivait pour lui faire d'amers reproches et lui enjoindre de seconder le docteur dans toutes les mesures qu'il jugerait convenable d'adopter en faveur de la santé du Saint-Père. « Le commissaire », dit l'abbé Bal-

Pie VI. - T. II. 27

dassari, « rabattit de sa fierté. M. Duchadoz com- « mença par faire arrêter la voiture du Pape, pour « examiner comment il se trouvait. Il fut on ne peut « plus effrayé de l'état de langueur et d'anéantisse- « ment où il le vit. Il déclara d'abord qu'il fallait re- « tourner à Savines ; mais, apprenant que ce village «n'offrait aucune habitation commode, il résolut « de continuer le voyage jusqu'à Gap, et il recom- « manda aux conducteurs d'aller fort doucement et « d'éviter tout ce qui pouvait occasionner un choc à « la voiture ».

A Chorges, à la Bâtie-Neuve, Pie VI passa, sans s'arrêter, mais bénissant toujours les populations. Comme dans le haut du département, elles ne cessaient d'accourir pour se prosterner devant le Vicaire de Jésus-Christ et lui prouver, par leur attitude pleine de respect, qu'un sentiment plus sublime que celui d'une vaine curiosité animait les habitants de nos religieuses contrées.

Le cortège arriva à Gap de bonne heure. Il y fît son entrée au milieu d'un concours de peuple si prodigieux, qu'au rapport des témoins oculaires de ce grand événement, l'humble cité n'avait jamais vu dans son sein autant de monde réuni. Voici comment un historien de Gap, qu'il nous serait agréable de pouvoir citer souvent avec la même satisfaction, rend compte du passage de Pie VI dans cette ville :

« Au mois de juin 1799, tout ce déisme, tout cet « athéisme théorique et pratique s'évanouirent devant «le sentiment véritablement religieux qui se mani-

« festa, avec un éclat inattendu, le jour de la fête de « saint Pierre. Dès l'aurore, la ville de Gap était de- « bout pour se porter à la rencontre d'un vieillard, « nommé Jean-Ange Braschi, traîné depuis plus « d'un an de ville en ville, de station en station, par « ordre du Gouvernement français. Mais ce vieillard « était le successeur du prince des Apôtres, et ce « vieillard était tombé du Vatican dans l'hôpital de « Briançon. Il venait d'en être tiré pour être trans- « féré à Valence. C'est au milieu du respect et de la « vénération des habitants, dontla foule s'étaitgrossie « de la foule des populations environnantes, que le « Souverain Pontife Pie VI fit son entrée dans la « ville de Gap, le 29 juin 1 799. L'illustre captif, plus « qu'octogénaire, était placé dans une méchante « voiture escortée de quelques gendarmes. Un mo- « ment arrêté sur la place Saint-Etienne, il put en « ce jour solennel bénir la ville et le monde (1)1»

Nous trouvons entre le récit de l'abbé Baldassari et les notes manuscrites que nous avons pu recueillir sur le séjour du Pape Pie VI à Gap, une légère différence que nous croyons utile de signaler. D'après le premier, Pie VI, arrivé dans cette ville le 29 juin, n'aurait reçu personne ce jour-là ni le jour suivant ; il aurait gardé le lit et le repos par ordre du docteur Duchadoz, qui cherchait à le tirer de l'état d'extrême faiblesse où il était tombé. Mais, le 1er juillet, une amélioration, telle qu'il semblait être passé de la mort à la vie, selon l'expression de son fidèle historien, ayant eu lieu dans la santé du

(1) Théod. Gautier, Précis de l'histoire de Gap, page 371.

Saint-Père, il eut un grand bonheur à accueillir les autorités et toutes les personnes honorables qui purent obtenir l'autorisation de lui être présentées. Le Pèlerin apostolique n'aurait quitté Gap que le 2 juillet. D'après le manuscrit de M. Farnaud, secrétaire de la Préfecture des Hautes-Alpes, manuscrit communiqué par sa famille à Mgr Depéry, Pie VI serait arrivé le 28 juin ; les réceptions auraient eu lieu le jour de la fête de saint Pierre, et le départ pour Grenoble se serait effectué le lendemain , 30 juin. Quoi qu'il en soit de ces dates, les faits qui se passèrent alors n'en conservent pas moins leur caractère d'authenticité , et nous les enregistrons d'autant plus volontiers qu'ils sont tous à l'honneur de notre pays.

Le Pape reçut l'hospitalité dans la maison Labastie, située dans la rue de Provence, un peu au dessous de la place Saint-Etienne. L'honorable magistrat, aujourd'hui chef de la famille de ce nom, était à cette époque un tendre enfant. Le jour de la fête de saint Pierre, on le chargea d'offrir une rose à son successeur. Pie VI prit l'enfant sur ses genoux et l'y garda longtemps avec la plus grande bonté.

M. Labastie se souvient que le Pape sortait assez souvent sur la terrasse pour prendre l'air ; et alors il bénissait la foule qui avait envahi, pour le voir, les fenêtres, les murs et jusqu'aux toits du voisinage ; car, il ne faut pas l'oublier, l'infortuné Pontife était prisonnier. Il se tenait ordinairement dans le salon du rez-de-chaussée où il couchait. Il y avait un lieutenant-colonel de gendarmerie à demeure

dans la pièce qui précédait le salon, et un piquet de gendarmes dans le corridor. Des ordres trèssévères étaient donnés pour empêcher tout étranger à la famille de circuler dans la maison.

L'administration départementale, le conseil municipal et un grand nombre d'autres personnes notables de la ville, furent admis successivement à présenter leurs hommages à Sa Sainteté.

L'auguste vieillard se montra rempli d'affabilité et d'une bonté vraiment paternelle pour tout le monde. Une seule fois, un léger mécontentement • se manifesta sur son visage. Il y avait dans sa chambre une magnifique branche de rosier, qui lui avait été offerte. Le docteur Reynaud en détacha une fleur qu'il désirait conserver comme souvenir. Le Pape parut froissé de cette liberté. Il répondit au discours du conseil municipal . par ces mots, dits avec une vive expression de confiance et de résignation sublime : Sit nomen Domini benedictum ex hoc nunc et usque in sœculum.

M. Farnaud a décrit la réception que fit le Pontife aux membres de l'administration départementale , et l'impression de bonheur dont ils furent tous pénétrés :

« Aucun de nous », dit-il , « n'avait vu de sa vie « une figure de vieillard dans de si belles et de si « nobles proportions que celle qui frappa notre vue, « en entrant dans le salon, et notre admiration fut « unanime. Un sourire gracieux et expressif se mani- « festa sur ses lèvres , lorsque son interprète lui « apprit qu'il avait devant lui la première autorité du

« département. Il nous prit la main à tous et la pressa « dans la sienne, comme pour nous exprimer sa re- « connaissance. Il me souvient qu'ayant obtenu à mon « tour la même faveur, je fus extrêmement surpris « de la force avec laquelle il me serra la main. Je « remarquai que la sienne était sillonnée de veines « longitudinales, en forme de petits filets protubérants « à la surface et semblant par leur légère contexture « tout prêts à laisser échapper le sang qu'ils conte- « naient, tant était grande leur transparence velou- « tée. Il ne pouvait être question, tant de la part du « Saint-Père que de la nôtre, d'exprimer nos senti- 1 « ments par des paroles qui probablement n'auraient « pas été entendues. Mais il y fut suppléé par le jeu « de la physionomie, par le doux regard, par lebien- « veillant et gracieux sourire, et cette conversation « pantomime n'eut pas moins d'entente que si elle « avait eu lieu avec les plus réelles expressions.

« Le Saint-Père, ne restant pas au-dessous de ce « qu'il voulait nous exprimer, ajouta à ces démons- « trations une preuve non équivoque de la bonne opi- « nion qu'il avait conçue de nous. Ayant levé la main « pour nous bénir, nous nous inclinâmes respectueu- « sèment et nous reçûmes, en enfants soumis, la bé- « nédiction de ce bon père de la chrétienté, après « quoi il nous admit à l'honneur du baise-main. Tout « ce que je vis, tout ce que je ressentis en ce moment « est toujours profondément resté gravé dans mon « esprit. Si je possédais l'art de la peinture, il me « semble qu'il me serait possible de retracer fidèlement « les beaux traits de cette tête si majestueuse ; cette

« attitude toujours soutenue, quoique portant le lourd « fardeau d'un si grand âge ; ce buste si admirable « encore dans toutes ses proportions ; cette douceur « si expressive dans toute sa physionomie ; en un « mot, cette sérénité, ce reflet de la paix de l'âme, « étendu sur toute la surface de son front vénérable, « et que son regard, encore vif et pénétrant, laissait « apparaître à tous les cœurs fidèles comme le fruit «naturel de la sainteté de sa vie ».

Or, comme les membres de l'administration départementale étaient encore dans le salon, ils furent témoins d'une scène touchante qui ajouta à leur attendrissement. M. Céaly, directeur des postes, âgé alors de quatre-vingt-quatre ans, comme Pie VI, fut introduit avec son fils et sa petite-fille. Celle-ci, à force d'instances auprès du chef de la gendarmerie des Hautes-Alpes, avait obtenu cette faveur. En arrivant auprès du Saint-Père, les trois Céaly se mirent à genoux. L'interprète dit à Sa Sainteté : « Ce sont les trois générations ». « Je les bénis », répondit le Pontife, « car ils ont la foi ».

Par une singulière coïncidence, outre la similitude de l'âge, le vieux Céaly avait encore avec le Pape une ressemblance frappante quant à la taille et à l'ensemble de la physionomie. Pie VI lui-même s'en aperçut ; il lui prit la main, la serra affectueusement et à plusieurs reprises dans la sienne ; il lui donna un scapulaire et remit un petit crucifix au jeune homme et un chapelet à la jeune fille. Des larmes de bonheur inondèrent les joues du vénérable M. Céaly ; son émotion gagna tous les coeurs ;

il demanda encore une fois la bénédiction du Pèlerin apostolique, et se retira, en disant : Nunc dimiltis servum tuum, Domine... L'impression d'un pareil événement ne s'effaça jamais de l'esprit de ce vieillard; il voulut, à sa mort, être enterré avec le scapulaire du Pape.

Parmi les personnes qui cherchèrent à être présentées au Pontife et qui obtinrent cet honneur, nous citerons encore un prêtre assermenté nommé Escalier. Il fit au Saint-Père une harangue latine dans laquelle il le priait de le relever des censures qu'il avait encourues. Pie VI accueillit avec amour cette pauvre brebis égarée qui rentrait au bercail en un moment où une telle action ne manquait pas de courage. Le même jour, en effet, les administrateurs du département, statuant sur le sort de quelques prêtres prévenus d'émigration, arrêtèrent que le nom d'Augustin Allard, ancien curé de Bréziers, serait rayé provisoirement de la liste des émigrés et rangé dans la classe des déportés. L'abbé Escalier persévéra dans ses sentiments généreux : il est mort curé à Sainte-Euphémie.

Cependant le Pape devait quitter la maison Labastie et poursuivre son douloureux pèlerinage, Quand il monta en voiture, ce fut un véritable triomphe. Une foule innombrable bordait la route de Grenoble des deux côtés, depuis Gap jusqu'à la montagne de Bayard, afin de pouvoir saluer le Saint- Père à son passage et contempler son visage vénéré. Pour satisfaire au vœu de tout ce peuple, Pie VI laissa les deux portières de sa voiture ouvertes.

La lenteur que l'on met toujours à franchir la longue et rapide montée de Bayard permit à tout le monde de le voir bien distinctement et de retenir l'image de ses traits. Il y en avait beaucoup qui, après l'avoir vu et avoir été bénis, du lieu où ils se trouvaient, montaient plus haut, pour le voir, pour être bénis encore. On nous a cité une ancienne religieuse qui arriva ainsi jusqu'à Chauvet, s'étant agenouillée à tous les détours, sans en excepter un seul. Un lieutenant de gendarmerie, du nom de Tavernier, qui accompagnait le Pèlerin apostolique depuis Briançon, fut le seul, au milieu de ce spectacle sublime, à se permettre envers le Saint-Père un ton et des allures peu convenables. Oubliant le respect dû à une si grande infortune : « Citoyen Pape », dit-il au noble proscrit au moment de partir, « quand< « vous voudrez... les chevaux sont à la voiture ».

Parvenu au mont Bayard, le Saint-Père put contempler les merveilles de la nature dans la belle vallée du Champsaur, en cette saison de l'année où elle étale avec le plus d'orgueil sa verdure admirable, ses eaux limpides, ses sites pittoresques, ses villages si nombreux dans une atmosphère embaumée et vivifiante. Mais un spectacle d'un charme plus élevé ravit et absorba le saint vieillard : le même spectacle que lui avaient donné constamment les populations des Alpes depuis son départ de Briançon, en accourant sur ses pas et en poursuivant de leurs filiales acclamations et de leurs vœux le Vicaire de Jésus-Christ. Le Champsaur, pays d'enthousiasme et de foi, ne manqua pas à sa

juste renommée ; tous ses villages furent désertés ce jour-là ; leurs habitants venaient border la grande route et recueillir les précieuses bénédictions du Pontife-Martyr. A Saint-Bonnet, les arbres étaient fleuris d'enfants, selon une expression devenue célèbre dans la contrée. Le Pèlerin apostolique se souvint alors du Zachée de l'Evangile ; mais il était captif, et il ne put inviter ces fils de son cœur à descendre du sycomore et à lui offrir l'hospitalité dans leurs demeures ; il se borna à les bénir avec une effusion bien tendre. Et il en fut ainsi jusqu'aux limites du département de l'Isère. Là, les habitants des Alpes , communiquant en quelque sorte à ces nouvelles populations leur foi, leur coeur, leur amour, leur enthousiasme pour la personne sacrée du Saint-Père, achevèrent d'épanouir son front vénérable, en lui léguant cette consolante pensée, que, s'il venait finir ses jours, prisonnier dans la terre étrangère, il les finirait au moins au milieu de ses enfants.

Le but de ce mémoire est atteint. Nous voulions montrer Pie VI, vaincu et prisonnier, traversant les Alpes en triomphe. A d'autres, à raconter comment les populations de l'Isère et de la Drôme surent rivaliser avec les nôtres de piété filiale pour le Saint-Père.

Le retentissement des pieuses manifestations des habitants des Hautes-Alpes fut immense. Du fond de son exil en Russie, le roi Louis XVIII en tressaillit de bonheur. Il écrivit au sacré collège des cardinaux une lettre où il se félicitait des consola-

tions que le vénérable captif du Directoire avait trouvées au milieu de nos montagnes et de la bonne réception qui lui avait été faite par ses sujets des Alpes. Plus tard, quand ce prince fut monté sur le trône de saint Louis, les villes de Gap, d'Embrun et de Briançon lui envoyèrent une députation chargée de lui remettre une adresse où on lisait ce passage :

« Eh ! comment se défendre d'un mouvement de « fierté quand la louange de nos mœurs et de notre « conduite est sortie du cœur et de la plume même de « Votre Majesté ? — Oui, Sire, en écrivant au sacré « collège, vous éprouvâtes quelque bonheur d'ap- « prendre au monde entier que Pie VI, dans les fers, « trouva des consolations au milieu de nos mon- « tagnes. Notre vénération pour la personne du « saint Pontife parut adoucir les amertumes de son « âme, et l'empressement religieux de notre popu- « lation confirma que, malgré les oppresseurs du « monde, la foi de nos pères est impérissable ».

On assure que c'est là ce qui valut à l'adresse des villes des Hautes- Alpes l'honneur d'être distinguées entre toutes celles des autres contrées de la France, en fixant plus particulièrement l'attention du monarque. Elle lui fut présentée le 7 juin, et elle parut le lendemain même dans le Moniteur.

Ici finit le mémoire de M. le chanoine Sauret. M. l'abbé Clerc-Jacquier va nous retracer, à son tour , les diverses circonstances qui accompagnèrent le passage de Pie VI dans le département de l'Isère.

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