‹ Le pontificat de Pie VI et l'athéisme révolutionnaireChapitre 2 sur 19 · CHAPITRE XXVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXVII

Sommaire. — Le roi et le clergé consultent le Saint-Siège. — Réponse de Pie VI à Louis XVI. — Lettre apostolique adressée par le Pape aux évèques signataires de l'Exposition des principes sur la Constitution civile. — Le Souverain Pontife réfute victorieusement les doctrines jansénistes de la Constitution. — Protestations de Pie VI au sujet des attaques dirigées par l'Assemblée nationale contre l'Eglise de France.

Le roi, nous l'avons dit, apposa sa signature au bas de la Constitution civile du clergé.

Il écrivit néanmoins au Souverain Pontife, pour lui faire un exposé des malheurs qui menaçaient l'Eglise de France, s'il refusait de sanctionner le décret de l'Assemblée nationale.

La réponse de Pie VI ne se fit pas attendre. La voici textuellement :

« A notre très-cher Fils en Jésus-Christ, salut et « bénédiction apostolique. Quoique Nous soyons « loin de douter de la ferme et profonde résolution « où vous êtes de rester attaché à la religion catho- « lique, apostolique et romaine, au Saint-Siège, « centre de l'unité, à Notre personne, à la foi de « vos glorieux ancêtres, Nous n'en devons pas « moins appréhender que, les artifices adroits et un « captieux langage surprenant votre amour pour « vos peuples, on ne vienne à abuser du désir « ardent que vous avez de mettre l'ordre dans votre « royaume et d'y ramener la paix et la tranquil-

« lité. Nous qui représentons Jésus-Christ sur la « terre, Nous à qui il a confié le dépôt de la foi, « Nous sommes spécialement chargé du devoir, « non plus de vous rappeler vos obligations envers « Dieu et envers vos peuples, car Nous ne croyons « pas que vous soyez jamais infidèle à votre con- « science, ni que vous adoptiez les fausses vues « d'une vaine politique; mais, cédant à Notre amour « paternel, de vous déclarer et de vous dénoncer « de la manière la plus expresse que, si vous ap- « prouvez les décrets relatifs au clergé, vous « entraînez par cela même votre nation entière « dans l'erreur, le royaume dans le schisme, et que « peut-être vous allumez la flamme dévorante d'une « guerre de religion. Nous avons bien employé « jusqu'ici toutes les précautions pour éviter qu'on « ne Nous accusât d'avoir excité aucun mouvement « de cette nature, n'opposant que les armes inno- « centes de nos prières auprès de Dieu. Mais, si les « dangers de la religion continuent, le Chef de « l'Eglise fera entendre sa voix, elle éclatera, sans « compromettre néanmoins les devoirs de la cha- « rité.

« Votre Majesté a dans son conseil deux arche- « vêques, dont l'un, pendant le cours de son épi- « scopat, a défendu la religion contre les attaques « de l'incrédulité ; l'autre possède une connaissance « approfondie des matières de dogme et de disci- « pline. Consultez-les ; prenez avis de ceux de vos « prélats en grand nombre, et des docteurs de « votre royaume, distingués tant par leur piété que

« par leur savoir. Vous avez tait de grands sacri- « fices au bien de votre peuple; mais, s'il était en « votre pouvoir de renoncer même à des droits « inhérents à la prérogative royale, vous n'avez « pas le droit d'aliéner en rien ni d'abandonner ce « qui est dû à Dieu et à l'Eglise, dont vous êtes le « fils aîné.

« Prenons confiance dans la Providence divine, « et, par un attachement inviolable à la foi de nos « pères, méritons d'en obtenir le secours dont nous « avons besoin. Quant à Nos dispositions particu- « lières, Nous ne pouvons désormais être sans « inquiétude et sans douleur, à moins de savoir « la tranquillité et le bonheur de votre Majesté « assurés.

« C'est dans ce sentiment d'une affection toute « paternelle que Nous donnons, du fond de Notre « cœur, à votre Majesté, ainsi qu'à votre auguste « famille, Notre bénédiction apostolique.

« Donné à Rome, à Sainte-Marie-Majeure, le « 10 juillet 1790, la seizième année de Notre ponti- « ficat ».

Les deux conseillers dont parlait Pie VI et à la sagesse desquels il priait le roi de s'en rapporter n'étaient autres que Mgr Lefranc de Pompignan, archevêque de Vienne, et Mgr de Cicé, archevêque de Bordeaux.

Ces prélats ne répondirent pas à l'idée que s'en était faite le Souverain Pontife. Leur conduite, en cette circonstance , révèle chez eux ou une faiblesse inexcusable, ou une parfaite ignorance

des droits de l'Eglise en matière de juridiction.

Le Jansénisme et le Gallicanisme avaient produit dans les esprits, en France, une obscurité bien profonde, puisque deux évêques, qui passaient pour des hommes éminents et d'une piété exemplaire, ont pu errer à ce point.

Nous devons ajouter que Mgr de Porapignan, revenu à des idées plus saines, mourut de chagrin, et que Mgr de Cicé publia une rétractation admirable de foi et de modestie chrétienne.

Cependant Louis XVI crut devoir insister auprès de Pie VI. Il le priait de confirmer, au moins en partie, la Constitution civile du clergé.

Le Souverain Pontife ayant consulté les cardinaux, il fut résolu que l'on demanderait l'avis des évêques de France au sujet de cette question.

Trente prélats, à la tête desquels se faisait remarquer Mgr de Boisgelin, archevêque d'Aix, rédigèrent ^Exposition des principes sur la Constitution civile du clergé. Ce document se distingue par la solidité du raisonnement et l'orthodoxie de la doctrine.

Les signataires s'attachaient à démontrer que les gouvernements ne peuvent modifier la discipline de l'Eglise qu'avec le concours du Pape et des évêques. Ils demandaient, en finissant, que l'on autorisât la convocation d'un concile national, ou tout au moins de conciles provinciaux qui examineraient s'il était possible d'admettre, en tout ou en partie, les changements que l'Assemblée nationale avait décrétés de son autorité privée. Les évêques

qui n'avaient pu prendre part aux délibérations de leurs vénérables collègues , écrivirent des lettres pastorales pour adhérer à Y Exposition des principes.

L'Assemblée passa outre. Elle avait la sanction du roi, et cela lui suffisait. Il lui importait peu que les évêques fussent ou non de son avis.

Le 10 mars 1791, le Pape écrivit une lettre apostolique au cardinal de Larochefoucauld, à l'archevêque d'Aix et aux évêques signataires de la consultation canonique dont nous venons de parler.

« L'importance du sujet », disait le Souverain Pontife, « et les affaires pressantes dont Nous « étions accablés, Nous ont contraint, chers fils et « vénérés Frères, de différer quelque temps Notre « réponse à votre lettre du 1 0 octobre, signée d'un « grand nombre de vos illustres collègues. Cette « lettre a renouvelé dans Notre coeur l'immense et « inconsolable douleur dont Nous étions déjà péné- « tré depuis le moment où Nous avions appris que « votre Assemblée nationale, appelée pour régler « les affaires d'économie publique, en était venue à « attaquer par ses décrets la religion catholique ; « car la majorité de ses membres conspirait déjà et « se jetait contre le sanctuaire même.

« Nous pensions d'abord garder le silence, dans « la crainte d'irriter encore, par la voix de la « vérité, ces hommes inconsidérés, et de les préci- « piter dans des excès plus déplorables. Notre des- « sein était appuyé sur l'autorité de saint Grégoire

Pie VJ.- T.II. 3

« le Grand : — Il faut peser avec prudence, dit-il, « les circonstances critiques, des révolutions, pour « ne pas laisser la langue se répandre en discours « superflus, dans les occasions où il faut la répri - « mer (1).

« Nous Nous sommes néanmoins tourné vers « Dieu, c'est à lui que Nos paroles se sont adres- « sées, et Nous avons aussitôt ordonné des prières « publiques, pour obtenir à ces nouveaux législa- « teurs la volonté de s'éloigner des maximes de la « philosophie du siècle, de revenir aux conseils de « notre religion et de s'y attacher invariablement. « En cela Nous avons suivi l'exemple de Suzanne : « — Elle fit plus par son silence, observe saint « Ambroise, qu'elle n'eût pu faire par ses paroles ; « car, si elle se taisait devant les hommes, elle s'en- « tretenait avec Dieu ; sa conscience criait, quand « on n'entendait pas sa voix ; et, appuyée sur le « témoignage de Dieu, que lui importait l'opinion « des hommes (2) ?

« Nous n'avons cependant pas négligé d'assem- « bler en consistoire, le 29 mars de l'année der- « nière, Nos vénérables frères les cardinaux de la « sainte Eglise Romaine : Nous leur avons fait part « des atteintes que la religion catholique avait déjà « reçues en France ; et, en épanchant devant eux « Notre amère douleur, Nous les avons exhortés à « unir leurs larmes et leurs prières aux Nôtres.

« Tandis que Nous Nous livrions à ces soins, une

(1) Reyal. Pnstor., tome IL Ed. Maurin, p. 54.

(2) Lib. I De Offic, cap. m, num. 9

« nouvelle encore plus désolante est venue Nous « frapper : Nous apprenions que l'Assemblée na- « tionale, c'est-à-dire la majorité, c'est toujours « dans ce sens que Nous Nous servirons de cette « expression, Nous apprenions donc que l'Assem- « blée nationale, vers le milieu du mois de juillet, « avait publié un décret qui portait en titre : Consti- « lution civile du clergé ; mais en réalité ce décret « avait pour résultat de bouleverser, de renverser « les dogmes les plus sacrés, et la discipline la plus « authentique de l'Eglise ; il anéantissait les droits « du premier siège, ceux des évêques, des prêtres, « des Ordres religieux des deux sexes et de toute la « communion catholique ; il abolissait les rites « sacrés, s'emparait des domaines et des revenus « ecclésiastiques ; enfin il entraînait de telles calami- « tés, qu'on aurait peine à les croire, si on ne les « éprouvait. Informé de tout cela, Nous n'avons pu « Nous empêcher de frémir à la lecture de ce décret ; « il a produit sur Nous la même impression que fit « autrefois sur un de Nos prédécesseurs, Grégoire « le Grand, l'écrit que lui avait envoyé, pour le sou- « mettre à son examen, un évêque de Constanti- « nople ; car, sitôt qu'il en eut parcouru les premières « pages, il assura y avoir vu clairement un poison « mortel.

« Pendant que Notre âme était ainsi livrée aux « plus vives inquiétudes, voici qu'on Nous fait con- « naître, vers la fin du mois d'août, une demande « de Notre très-cher fils en Jésus-Christ Louis XVI, « roi très-chrétien. Il Nous presse avec beaucoup

« d'instances de confirmer par Notre autorité, du « moins provisoirement, cinq articles décrétés par « l'Assemblée, et déjà revêtus de la sanction royale. « Ces articles étaient à Nos yeux contraires aux ca- « nons ; cependant Nous crûmes devoir user de mé- « nagement envers le roi ; Nous lui finies répondre « que Nous soumettrions ces articles à une congré- « gation de vingt cardinaux , dont Nous Nous « ferions remettre les opinions par écrit, afin de les « examiner à loisir et de les peser avec toute la ma- « turité qu'exige une affaire aussi grave. Mais dans « une autre lettre particulière, Nous le priâmes « d'engager tous les évêques de son royaume à lui « faire connaître leurs sentiments avec confiance, à « Nous exposer à Nous-même les motifs réfléchis « du parti dont ils seraient convenus, et à Nous ins- « truire de ce que la distance des lieux pouvait dé- « rober à Notre connaissance, pour que Nous n'eus- « sions aucune fausse démarche à Nous reprocher. « Il est vrai, Nous n'avons reçu jusqu'ici de votre « part aucun renseignement sur la conduite à tenir ; « cependant il Nous est arrivé des lettres pastorales , « des discours, des mandements imprimés de quel- « ques évêques. Us sont pénétrés de l'esprit évan- « gélique ; mais, composés séparément par chacun « de leurs auteurs, ils ne Nous indiquaient point les « mesures que vous jugiez les plus convenables « pour vous dans une circonstance aussi fâcheuse, « et dans l'extrémité où vous vous trouvez.

« Il Nous est parvenu dernièrement une Exposi- « lion manuscrite de vos sentiments sur la Consti-

« tution du clergé, que Nous avons ensuite reçue « imprimée ; le préambule présente un extrait de « plusieurs décrets de l'Assemblée, et l'accompagne « de réflexions qui en font connaître l'invalidité et le « venin. Presque dans le même temps, on Nous a « remis une nouvelle lettre du roi ; il Nous demande « Notre approbation provisoire pour sept autres dé- « crets de l'Assemblée nationale, à peu près con- « formes aux cinq qu'il Nous avait envoyés au mois « d'août ; il Nous fait part aussi du cruel embarras « où le jette la sanction qu'on le presse de donner au « décret qui ordonne aux évêques, à leurs vicaires, « aux curés, supérieurs de séminaires et autres « fonctionnaires ecclésiastiques, de prêter, en pré- « sence des municipalités, le serment de maintenir « la Constitution, et, s'ils n'obéissent au terme pres- « crit, leur inflige les peines les plus graves. Mais « Nous avons déclaré alors, comme Nous l'avions « déjà fait, que Nous n'exprimerions point Notre « jugement sur ces articles, avant qu'au moins la « majorité des évêques ne Nous eût clairement et « distinctement exposé ce qu'elle en pense elle- « même : aujourd'hui encore Nous répétons inva- « riablement et Nous assurons la même chose.

« Le roi Nous demande, en particulier, d'engager « les métropolitains et les évêques à souscrire à la « division et à la suppression des églises métropolite taines et des évêchés ; il Nous prie de consentir, du « moins provisoirement, à ce que les formes canoni- « ques observées jusqu'ici par l'Eglise, dans les érec- « tions des nouveaux évêchés , soient employées

« maintenant par l'autorité des métropolitains et des « évêques ; qu'ils donnent l'institution canonique à « ceux qui, d'après le nouveau mode d'élection , « leur seront présentés pour les cures vacantes, « pourvu que les mœurs et la doctrine des élus « soient sans reproche. Cette demande du roi prouve « clairement qu'il reconnaît lui-même la nécessité « de consulter les évêques dans une pareille circon- « stance, et qu'en conséquence il est juste que Nous « ne décidions rien avant de les avoir entendus. « Ainsi Nous attendons, signé de vous tous, ou du « plus grand nombre d'entre vous, l'exposé de vos « avis et des raisons sur lesquelles chacun de ces « avis est soutenu. Nous Nous appuierons sur ce « monument comme sur une base solide ; il Nous « servira à régler, à éclairer Nos délibérations, et à « prononcer un jugement convenable, également « avantageux pour vous et pour le royaume très- « chrétien. En attendant que Notre vœu s'accom- « plisse, Nous trouvons dans vos lettres des ren- « seignements qui Nous facilitent l'examen de tous « les articles compris dans la Constitution du clergé.

<< D'abord, en jetant les yeux sur les actes du « concile de Sens, assemblé en 1 527 pour combattre « l'hérésie des Luthériens, Nous trouvons que le « principe sur lequel cette Constitution est fondée « ne peut être exempt de la note d'hérésie ; car « c'est ainsi que s'exprime le concile : — A la suite « de ces hommes ignorants, s'est élevé Marsile de « Padoue, dont le livre empoisonné, intitulé le Dou- « levard de la paix, a été dernièrement imprimé par

« les soins des Luthériens, pour le malheur du « peuple fidèle. L'auteur y insulte l'Eglise avec l'a- « charnement d'un ennemi ; il flatte avec impiété les « princes de la terre, enlève aux prélats toute jari- « diction extérieure, accepte celle que le magistrat « laïque aura bien voulu leur accorder. Il prétend, « outre cela, que tous ceux qui sont revêtus du sa- « cerdoce, tant les simples prêtres que les évêques, « les archevêques et même le Pape, ont, en vertu « de l'institution de Jésus-Christ, une égale autorité, « et que, si l'un a plus de puissance que l'autre, c'est « une pure concession du prince, qui peut la révo- « quer à son gré ».

Après cette citation du concile de Sens, citation que Nous ne reproduisons pas en entier, Pie VI rappelle aux évêques de France l'autorité de Benoît XIV.

« Ce pontife », dit-il, « écrivait au primat, aux « archevêques et évêques de Pologne, et dans sa « lettre, datée du 5 mars 1752, il était question d'un « ouvrage imprimé en polonais, mais publié aupa- « ravant en français, sous ce titre : Principes sur « l'essence, la distinction et les limites des deux puis- « sances spirituelle et temporelle ; ouvrage posthume « du P. Laborde, de l'Oratoire . . . dans lequel l'au- « teur soumet le ministère ecclésiastique à l'auto- « rité temporelle, au point de soutenir que c'est « à celle-ci qu'il appartient de connaître et de ju- « ger du gouvernement extérieur et sensible de « l'Eglise. — Cet impudent écrivain , dit donc « Benoît XIV, accumule d'artificieux sophismes,

« emploie, avec une perfidie hypocrite, le langage « de la piété et de la religion, torture plusieurs pas- « sages de l'Ecriture sainte et des Pères, pour en « imposer surtout aux lecteurs simples et crédules, « et pour faire admettre un système faux, dange- « reux , depuis longtemps réprouvé par l'Eglise , « expressément condamné comme hérétique ».

Le Souverain Pontife invoque ensuite l'enseignement des Pères de l'Eglise et en particulier d'Osius, de saint Athanase, et de saint Jean Chrysostome, et il ajoute : « Les conciles tiennent tous le même « langage ; et vos rois ont reconnu et adopté cette « doctrine jusqu'à Louis XV, aïeul du monarque « actuellement régnant ».

Quant au but que l'Assemblée nationale se propose, en publiant son fameux décret, il est aisé de le découvrir. Elle veut anéantir la religion catholique, et, avec elle, l'obéissance due aux rois. « C'est dans ce dessein », fait observer le Chef de l'Eglise, « qu'on établit, comme un droit de l'homme « en société, la liberté absolue, le droit de n'être « point inquiété sur ses opinions religieuses, le pou- « voir de penser, de dire, d'écrire et même de faire « imprimer arbitrairement en matière de religion « tout ce qui plaît : droit monstrueux, que l'Assem- « blée déclare être pourtant une conséquence de « l'égalité et de la liberté naturelle qu'elle attribue « à tous les hommes.

« Mais se pouvait -il rien de plus insensé que « d'établir parmi les hommes cette égalité et cette « liberté absolue, sans tenir compte de la raison,

:< le don le plus précieux que la nature ait fait à :< l'homme, le seul qui le distingue des animaux ? »

Saint Paul réprouve la liberté telle que la conçoit la secte des Jacobins : « Que toute âme » , lit-il, « soit soumise aux puissances supérieures ; :< car toute puissance vient de Dieu, et celles qui :< existent ont été établies par Dieu même ».

Le Pape cite encore, à l'appui de sa doctrine, un 3anon du second concile de Tours, tenu en 569. Il ^appelle également les anathèmes que l'Eglise a fulminés contre divers hérétiques dont les enseignements ne différaient pas de ceux que renferme la Constitution civile.

Pie VI a soin d'ajouter, pour que l'on ne se néprenne pas sur le caractère de sa pensée :

« Nous devons avertir, néanmoins, qu'en parlant c< de l'obéissance due aux puissances légitimes, :< Notre intention n'est pas d'attaquer les nouvelles :< lois civiles auxquelles le roi a pu donner son « consentement, comme n'ayant de rapport qu'au :< gouvernement temporel dont il est chargé. Nous •< n'avons point pour but, en rappelant ces maxi- :< mes, de provoquer le rétablissement du régime :< ancien de la France : le supposer serait renou- :< vêler une calomnie qu'on a affecté jusqu'ici de :< répandre pour rendre la religion odieuse ».

La Constitution civile du clergé méconnaît la suprématie du Saint-Siège, puisque l'évêque nouvellement élu ne devra pas s'adresser au Pape pour 3n obtenir aucune confirmation, mais se borner à lui écrire en témoignage de l'imité de foi. «C'est

« ainsi », fait observer le Pontife, « que les ruis- « seaux sont détournés de la source, les rameaux « détachés de l'arbre, les peuples séparés du Chef du « sacerdoce ».

Pie VI rappelle aux évêques de France les paroles que saint Grégoire le Grand adressait à l'impératrice Constantine, pour se plaindre des orgueilleuses prétentions du patriarche Jean, qui prenait le titre d'évêque universel.

« Ne souffrez pas», ajoute le Chef de l'Eglise, « que dans ce vaste empire on avilisse la primauté « du Saint-Siège, ni qu'on anéantisse ses droits ; « considérez les mérites de Pierre, dont Nous som- « mes l'héritier, quoique indigne, et dont la gran- « deur doit être honorée jusque dans notre bassesse. « Si une puissance étrangère à l'Eglise enchaîne « votre zèle, que la religion et la fermeté suppléent « du moins à la force qui vous manque ; rejetez « courageusement le serment qu'on exige de vous. « Le titre usurpé par Jean était un moindre attentat « aux prérogatives du Saint-Siège, que le décret « de l'Assemblée nationale. Comment, en effet, « peut-on dire que l'on conserve, que Ton entretient « la communion avec le Chef visible de l'Eglise, « lorsqu'on se borne à lui donner avis de son élec- « tion, et lorsqu'en même temps ou s'engage par « serment à ne point reconnaître l'autorité attachée « à sa primauté ? »

Pie VI réfute victorieusement l'objection que les partisans de la Constitution civile du clergé tirent d'une lettre de saint Hormisdas à Epiphane, pa-

(riarchede Constantinople, et celle qui consiste à dire que la discipline de l'Eglise n'est pas invariable. Comme on le voit, le Souverain Pontife avait à lutter une fois encore avec les sophismes de la secte janséniste.

L'Eglise catholique a sans doute le pouvoir de modifier sa discipline, si elle le juge à propos. Mais conclure de là qu'une assemblée, dont la majorité se compose de sectaires, de déistes et d'athées, et dont la mission est exclusivement politique, peut elle-même opérer ces changements au lieu et place du Saint-Siège et de l'épiscopat, c'est vraiment abuser des lois de la logique. D'ailleurs, la Constitution civile du clergé ne se bornait pas à bouleverser la discipline de l'Eglise, elle s'attaquait aux principes immuables de la foi. Ajoutons que les conciles, 3t en particulier le concile de Trente, ont prononcé mathème contre les ennemis de la discipline ecclésiastique. Saint Léon n'a-t-il pas excommunié les violateurs des règlements disciplinaires ? » Je « vous le déclare », écrivait-il aux évêques de la 3ampanie, du Picentin, de la Toscane et de quelques autres provinces, « je vous le déclare, si :< quelqu'un do nos frères entreprend de violer ces % règlements, s'il ose pratiquer ce qui est défendu, :< il sera déchu de son office, et ne participera point :< à notre communion , pour n'avoir point voulu & participer à notre discipline (1) ».

Après avoir exposé les principes théologiques qui

(1) Helal. à Laderchi : Annal. Baronii. — Bar-le-Duc , Imprimerie des destins.

se rattachent à son sujet, Pie VI passe en revue les divers articles de la Constitution.

« Un des plus répréhensibles », dit-il, « est sans « doute celui qui anéantit les anciennes métropoles, « supprime quelques évèchés, en érige de nouveaux « et change la distribution des diocèses. Notre « intention n'est pas de faire ici une dissertation cri- « tique à propos de la division civile des anciennes « Gaules, sur laquelle les historiens ont laissé une « grande obscurité, ni de vous montrer avec eux « que les métropoles ecclésiastiques n'ont pas suivi « l'ordre des provinces, pour le temps ni pour le « lieu; il suffit, au sujet que Nous traitons, de bien « établir que la distribution du territoire fixée par « le gouvernement civil n'est point la règle de « l'étendue et des limites de la juridiction ecclésias- « tique ».

Le Pontife cite à l'appui de son enseignement l'autorité du pape saint Innocent Ier qui condamna ce genre d'usurpation.

Puis il continue en ces termes :

« Ce qu'on nous demande, Nous dit-on, c'est « d'approuver la division des diocèses décrétée « par l'Assemblée. Mais ne faut-il pas examiner « mûrement si Nous devons le faire? Et le principe « vicieux d'où viennent ces divisions et ces suppres- « sions n'est-il pas un obstacle? Il faut d'ailleurs « remarquer qu'il ne s'agit pas ici de quelques chan- « gements dans un ou deux diocèses, mais du bou- « le versement universel de tous les diocèses d'un « grand empire; il s'agit de déplacer une foule

« d'églises illustres, de réduire des archevêchés, « nouveauté expressément condamnée par Inno- :< cent III, qui fit à ce sujet les reproches les plus :< vifs au patriarche d'Antioche. Par cette étrange :< innovation , lui dit-il, vous avez, pour ainsi

< dire, rapetissé la grandeur, abaissé l'élévation;

< faire d'un archevêque un simple évêque, c'est en

< quelque sorte le dégrader (1) ».

Yves de Chartres condamne cette nouveauté avec a même énergie. Dans une lettre qu'il écrivit au )ape Pascal II, il s'exprime en des termes qu'il est >on de rappeler : « Cette situation des Eglises », lit-il, « dure depuis environ quatre cents ans ; per- ( mettez qu'on n'y touche pas ; prenez garde que ( par là vous n'excitiez en France, contre le Siège ( apostolique, le même schisme qui désole l'Alle-

< magne ».

Le chef de l'Eglise aborde ensuite le mode d'élecion adopté pour la nomination des évêques. Cette nnovation est une violation flagrante du concordat :tabli entre Léon X et François Ier, concordat que e cinquième concile de Latran a solennellement ap- >rouvé. Les clauses de cette convention, fait obserrer Pie VI, ont été respectées de part et d'autre penlant deux cent cinquante ans. En répudiant la disciiline de l'Eglise sur ce point, on embrasse la doctrine !e Luther et de Calvin, qui soutenaient que l'élection les évêques par le peuple était de droit divin.

L'Ecriture et la tradition condamnent également ette doctrine.

(1) Epist. 50, pag. 29, num. 1 epistolar.; edit. Paris, Baluze, 1682.

Le Chef de l'Eglise réfute, avec une puissance de raisonnement contre laquelle ne peuvent rien les sophisraes de la révolution , les arguments plus ou moins spécieux dont se servent les partisans de la réforme. Jamais les Pontifes romains n'ont abandonné l'exercice de leur autorité, lorsqu'il s'est agi de l'élection des évèques. A l'époque où les Ariens, abusant de la faveur du pouvoir séculier, chassaient les pontifes de leurs sièges, l'Eglise fit participer le peuple fidèle à la nomination de ses chefs spirituels, pour l'exciter à les soutenir. Mais le clergé ne perdit pas pour cela le droit qui lui a toujours appartenu de désigner ceux qui doivent être revêtus de la juridiction épiscopale. Cela est si vrai, que saint Grégoire le Grand, dans une lettre qu'il écrivit aux évêques de Dalmatie, leur défend, en vertu de l'autorité de saint Pierre, d'imposer les mains à qui que ce soit dans la ville de Salone sans son consentement. Il va jusqu'à les menacer d'excommunication en cas de désobéissance.

Saint Nicolas ne cessa de reprocher au roi Lothaire de pousser à Fépiscopat ceux de ses sujets qui lui étaient agréables, sans se préoccuper de leurs vertus, et lui enjoint de ne laisser établir aucun évêque à Trêves et à Cologne, avant d'avoir consulté le Saint-Siège. Innocent III annula l'élection d'un évêque qui avait eu la criminelle témérité de prendre possession de son siège avant d'y être appelé par le Pontife romain.

Les causes qui avaient amené la participation des fidèles à la nomination des évêques ayant disparu

avec l'hérésie d'Arius, l'Eglise éloigna le peuple de ces sortes d'élections.

Mais si cette exclusion a eu lieu, alors que les catholiques seuls étaient appelés à remplir les fonctions d'électeurs, que dire du décret de l'Assemblée nationale qui permet aux protestants, aux juifs et aux incrédules de choisir les pasteurs appelés au gouvernement de l'Eglise? « Pour aucun mo- « tif », écrivait Grégoire le Grand aux Milanais, « nous ne consentirons à l'élection d'un sujet choisi « par des hommes qui ne sont pas catholiques, « surtout par des Lombards : consacrer leur élu, « ce serait évidemment donner à saint Ambroise « un successeur indigne ».

Si on tolérait ce mode d'élection, l'Eglise ne tarderait pas à être gouvernée par des prélats prévaricateurs. « Les jugements du peuple », dit saint Jérôme, « sont parfois bien faux; quand il s'agit du « chqix des prêtres, chacun les veut conformes à « ses mœurs; ce n'est pas le meilleur qu'il cherche, « mais celui qui lui ressemble »,

Qu'attendre de pareils évêques ? « Enveloppés « eux-mêmes par les filets de l'erreur », fait observer le Chef de l'Eglise, « seraient-ils capables d'en « délivrer le peuple? » Ces pasteurs n'auraient ni le pouvoir de lier ni celui de délier; car ils seraient sans mission légitime. Le Saint-Siège, d'ailleurs, les frapperait d'excommunication, comme il l'a fait pour les évêques schismatiques d'Utrecht.

Pie VI démontre ensuite que l'Assemblée nationale se propose évidemment de détruire l'épiscopat,

soit en imposant aux évêques un conseil permanent choisi en dehors des règles canoniques, soit en subordonnant leur autorité au bon vouloir des collaborateurs qu'on leur adjoint. La nouvelle discipline est en opposition avec l'enseignement des Apôtres, et elle a été formellement condamnée dans Wicîef, Marsile de Padoue, Jean de Gand et Calvin.

L'Assemblée ne se borne pas à soustraire le clergé à la juridiction des évêques, elle va jusqu'à leur enlever la direction de leurs séminaires.

« Enfin, pour mettre le comble à l'abjection où « l'on a dessein de les plonger », ajoute le Pontife, « pour attirer sur eux le mépris universel, on les « assujétit tous les trois mois à recevoir, comme de « vils mercenaires, un salaire modique, avec lequel « ils ne pourront plus soulager la misère de ces « pauvres qui forment la plus grande partie du « peuple, et bien moins encore soutenir la dignité « du caractère épiscopal. Cette nouvelle institution « de portion congrue pour les évêques contredit « toutes les anciennes lois, qui assignaient aux « évêques et aux curés des fonds de terre pour « les administrer eux-mêmes et en recueillir les « fruits comme propriétaires ».

Pie VI rappelle ici les Capitulaires de Charlemagne et du roi Lothaire, et établit, l'histoire en main, la légitimité des propriétés ecclésiastiques. Il attaque ensuite avec force le droit que s'arroge l'Assemblée de supprimer des paroisses, de modifier la délimitation de celles qui sont maintenues, et de décréter que dans les villes de six mille habitants il n'y aura

plus désormais qu'un seul curé. Le cardinal Conrad, dit le Pontife, envoyé par Grégoire IX pour présider le synode de Cologne, admonesta sévèrement un prêtre qui s'opposait à ce que l'on admît des Frères Prêcheurs dans sa paroisse. « Quel est », lui demanda le cardinal, « le nombre de vos parois- « siens? » — « Neuf mille », répondit le curé. — « Qui êtes-vous, malheureux », reprit le cardinal saisi d'étonnement et de colère, « qui êtes-vous, « pour suffire à l'instruction et à la conduite de « tant de milliers d'hommes? Ne savez-vous pas, « aveugle et insensé, qu'au jour du redoutable « jugement il vous faudra répondre, au tribunal de « Dieu, de tous ceux qui vous sont confiés? Et vous « vous plaindriez d'avoir pour vicaires de tels reli- « gieux, qui porteraient gratuitement une partie du « fardeau sous lequel vous êtes écrasé sans le sa- « voir ! Mais parce que vos plaintes me prouvent à « quel point vous êtes indigne de gouverner une « paroisse, je vous interdis tout bénéfice à charge « d'âmes ». L'inconvénient qui résulte des règlements édictés par l'Assemblée nationale est d'autant plus grave, que les curés ne pourront pas faire appel aux congrégations religieuses , puisqu'elles sont supprimées.

Le Chef de l'Eglise, passant à l'invasion des biens ecclésiastiques, rappelle la condamnation de Marsile de Padoue1 et de Jean de Gand par le pape Jean XXII, et longtemps avant par Boniface Ier. Le sixième concile de Tolède déclare que quiconque touche aux propriétés de l'Eglise se rend coupable

Pie VI. - T. II. 4

de sacrilège. D'ailleurs ce genre d'attentats ne manque jamais d'attirer sur ceux qui en sont les auteurs les vengeances du ciel.

Les anciens Francs étaient bien convaincus de cette vérité, eux qui, en 803, s'exprimaient ainsi, en s'adressant à Charlemagne : « Nous supplions « tous à genoux Votre Majesté de garantir les évê- « ques des hostilités auxquelles ils ont été exposés « jusqu'ici. Quand nous marchons sur vos pas à « l'ennemi, qu'ils restent paisibles dans leurs dio-

« cèses Nous vous déclarons cependant, à vous

« et à toute la terre, que nous n'entendons pas pour « cela les forcer à contribuer de leurs biens aux « dépenses de la guerre ; ils seront les maîtres de « donner ce qui leur plaira ; notre intention n'est « pas de dépouiller les églises, nous voudrions « même augmenter leurs richesses, si Dieu nous « en donnait le pouvoir, persuadés que ces libéra- « lités seraient votre salut et le nôtre, et surtout « nous obtiendraient la grâce et le mérite de plaire « à Dieu. Car nous savons que les biens de l'Eglise « sont consacrés au Seigneur ; nous savons que ces « biens sont les offrandes des fidèles et la rançon « de leurs péchés. Si donc quelqu'un est assez té- « méraire pour enlever à ces églises les dons que les « fidèles y ont consacrés à Dieu, il n'y a point de « doute qu'il ne commette un sacrilège, et il faut « être aveugle pour ne pas le voir. Ainsi, lorsque « quelqu'un d'entre nous donne son bien à l'Eglise, « c'est à Dieu même, c'est à ses saints qu'il l'offre « et qu'il le consacre, et non pas à un autre, comme

« le prouvent les actions et les paroles du donateur ; « car il dresse un état de ce qu'il veut donner, et se « présente à l'autel, tenant en main cet écrit, et, « s'adressant aux prêtres et aux gardiens du lieu : « f offre, dit-il, et je consacre à Dieu tous les biens « mentionnés sur ce papier, pour la rémission de mes

« péchés, de ceux de mes parents et de mes enfants

« Celui qui les enlève, après une telle consécration,

« ne commet-il pas un sacrilège? » « Je vous

« accorde votre demande », leur répondit l'empereur. « Je n'ignore pas que plusieurs empires et « plusieurs monarques ont péri pour avoir dépouillé « les églises, ravagé, vendu, pillé leurs biens, pour « les avoir arrachés aux évêques et aux prêtres, et, « ce qui est pire encore, aux églises elles-mêmes. « Et pour que ces biens soient conservés désormais « avec plus de respect, nous défendons, en notre « nom et au nom de nos successeurs, pour toute la « durée des siècles, à toute personne, quelle qu'elle « soit, d'accepter ou de vendre, sous quelque pré- « texte que ce puisse être, les biens de l'Eglise, sans « le consentement et la volonté des évêques dans « les diocèses desquels ils sont situés, et, à plus « forte raison, d'usurper ces mêmes biens ou de les « ravager ».

Pie VI rappelle ensuite la vengeance que le Seigneur tira d'Héliodore et de ceux qui l'aidèrent à enlever les trésors du temple.

Ce qui paraîtra presque incroyable, fait observer le Souverain Pontife, c'est que, dans le moment où l'on s'empare des biens des églises et des prêtres

caiholiques, on respecte les domaines envahis par les protestants, et cela sous le prétexte que ces propriétés leur sont garanties par les traités. Ces traités, paraît-il, ont plus de poids, aux yeux des auteurs de la Constitution civile, que le Concordat passé entre le Chef de l'Eglise et François Ier, puisqu'il leur a plu de faire cette faveur aux protestants, au moment où ils dépouillaient l'Eglise catholique. Le dessein des usurpateurs est évidemment de profaner les temples, d'avilir les ministres des autels et de détourner les jeunes gens de l'état ecclésiastique.

Le culte divin a été aboli. On a fermé les églises, après avoir enlevé les vases sacrés. Les chapitres ont disparu, sous le coup de la proscription, malgré leur utilité et l'antiquité de leur origine. Ici le Souverain Pontife rappelle ce que fit Charlemagne pour cette pieuse institution. Il voulut, dit-il, que l'on établît une école de chant dans le monastère de Centule, semblable à celle que saint Grégoire le Grand avait établie à Rome. En supprimant les chapitres, l'Assemblée nationale a adopté les principes des Wicléfistes, des Centuriateurs de Magdebourg, et de Calvin, qui se sont élevés contre l'usage du chant ecclésiastique.

Le concile d'Arras, tenu en 1025, s'est exprimé avec la plus grande énergie contre les précurseurs de ces divers hérétiques. « Qui peut douter », disent les Pères de cette assemblée, « que vous ne soyez « possédés de l'esprit immonde, puisque vous reje- « tez, comme une superstition, ce que l'Esprit-Saint « a inspiré et établi dans la sainte Eglise, c'est-à-

« dire l'usage de la psalmodie. Ce n'est pas aux jeux « et aux spectacles profanes, mais aux Pères de « l'Ancien et du Nouveau Testament que l'ordre « ecclésiastique a emprunté cette manière de chan- « ter ».

Poussée par un sentiment de cupidité dont elle cherche, au moyen d'euphémismes, à atténuer le caractère odieux, l'Assemblée nationale a supprimé tous les Ordres religieux et s'est emparée de leurs biens, sans se préoccuper du vide que la disparition des monastères va laisser dans l'Eglise de France.

Tous les docteurs, et en particulier saint Thomas et saint Bonaventure, ont défendu les monastères contre les hérétiques de leurs temps. Les anciens rois de France, parmi lesquels saint Louis, considéraient les réguliers comme extrêmement utiles, et à une époque moins reculée, le Concile de Rouen, qui fut tenu en 1581, recommande aux évêques d'aimer et de protéger les moines, leurs collaborateurs .dans les travaux du ministère.

On objecte, il est vrai, que certains Ordres n'ont pas conservé la sévérité de l'ancienne discipline. Mais faut-il pour cela les détruire ? Quel homme, disait Jean de Polémar au Concile de .Bâle, quel homme éteint sa lampe dans l'obscurité, parce qu'il n'en trouve pas la lumière assez belle ? Ne prend-il pas soin plutôt de la nettoyer et de la mettre en état de son mieux ? N'est-il pas préférable, en effet, d'être un peu moins bien éclairé, que de rester absolument sans lumière ?

L'abolition des Ordres religieux est un outrage lancé à la face de ceux qui font profession de suivre les conseils évangéliques, et une atteinte portée à l'autorité du Saint-Siège.

Pour se soustraire aux murmures que la vue de tant de religieux dispersés allait exciter contre eux, les membres de l'Assemblée nationale ont eu soin de les dépouiller de leur habit.

A ces mesures despotiques, il faut ajouter l'inqualifiable décret porté contre les vierges consacrées à Dieu. En les chassant de leurs cloîtres les novateurs sacrilèges suivent l'exemple de Luther. Et qu'on ne dise pas que cette portion de l'Eglise est sans utilité ; car l'histoire nous apprend que, par leurs prières, les religieuses ont souvent détourné les fléaux dont certaines villes étaient menacées.

La défection de certains membres du clergé, et en particulier de l'évêque d'Autun, augmente encore la douleur de Pie VI. C'est en vain que ce malheureux prélat a tenté de justifier sa conduite. Rien, dans la doctrine catholique, ne saurait excuser le serinent qu'il a prêté à la Constitution civile.

Le Souverain Pontife rappelle à ce propos les lois qu'Henri II, roi d'Angleterre, voulut imposer à son clergé, la faiblesse dont fit preuve, en cette circonstance, Thomas de Cantorbéry, le repentir dont il donna l'exemple et la mort glorieuse qu'il subit pour la défense de l'Eglise.

Pie VI établit un parallèle entre l'Assemblée nationale et Henri II. Comme ce monarque, les représentants de la nation française ont voulu s'emparer

du pouvoir spirituel, sans égard pour les protestations de l'épiscopat, qui les suppliait de ne pas empiéter sur le domaine de la conscience, s'engageant, de leur côté, à respecter avec un soin scrupuleux les droits du pouvoir civil.

Mais l'Assemblée, non contente d'imiter Henri II, s'est piquée de marcher sur les traces d'Henri VIII. Mêmes empiétements, mêmes sophismes, même hypocrisie, suivies des mêmes spoliations.

L'évêque d'Autun suivra-t-il l'exemple de saint Thomas de Cantorbéry ? Certes, sa conduite fait avec celle de ses vénérables collègues un étrange contraste. « Nous restons immobile d'étonnement », ajoute Pie VI, « quand Nous le voyons insensible « aux exemples de tous les évêques ».

Puis, le Pape emprunte à Bossuet la comparaison que le grand orateur, dans son Histoire des Variations des Eglises protestantes, établit entre saint Thomas de Cantorbéry et Thomas Cranmer, afin de rendre plus saisissante la différence qui existe entre l'évêque d'Autun et les autres membres de l'épiscopat français. Il cite en outre la protestation du chapitre et du clergé d'Autun. Comment ce prélat prévaricateur n'a-t-il pas rougi d'avoir encouru le blâme de ceux qu'il devait instruire et diriger? Pie VI rappelle enfin à Talleyrand les peines canoniques qu'il a encourues, et félicite les évêques fidèles de leur foi courageuse au milieu des angoisses. Il les exhorte à rester unis et à faire preuve d'une constance invincible en face de la persécution. Que votre âme, leur dit-il, soit

inébranlable ; que ni les dangers ni les menaces n'affaiblissent vos résolutions. Rappelez-vous l'intrépidité de David en présence du géant et le courage des Machabées devant Antiochus ; retracez-vous Basile résistant à Valens, Hilaire à Constance, Yves de Chartres au roi Philippe.

Le Pontife termine en rappelant tout ce qu'il a fait pour détourner de la France les malheurs dont elle est menacée, et en priant les évêques de lui donner leur avis sur le moyen de ramener le calme dans les esprits.

>En même temps qu'il adressait aux auteurs de l'Exposition le bref que nous venons d'analyser, Pie VI écrivait à Louis XVI une lettre extrêmement remarquable. Si nous avons différé de vous répondre, dit le Souverain Pontife, c'est que nous apprenions que vous aviez donné votre sanction au décret de l'Assemblée nationale, en même temps que nous arrivait votre courrier extraordinaire. Le Pape crut devoir prendre quelques délais, afin de montrer, dans une étude approfondie, que la Constitution civile était en opposition flagrante avec la doctrine de l'Eglise.

Le Souverain Pontife n'a pas été fâché, d'ailleurs, que le jugement des évêques ait précédé le sien. Les membres de l'Assemblée nationale ne pourront pas l'accuser d'avoir pesé sur les décisions de l'épiscopat.

L'examen qu'il a fait de la Constitution civile lui a démontré qu'on ne peut échapper au reproche d'hérésie, en prêtant un prétendu serment civique

par lequel on s'engage à soutenir le décret de l'Assemblée.

« Votre Majesté », ajoute Pie VI, « s'est engagée, « par une promesse déposée entre Nos mains, à « vivre et à mourir dans le sein de la religion ca- « tholique, et cette promesse était pour Nous un « puissant motif de consolation. Mais pour vous, « Sire, elle va être désormais une source inépui- « sable d'amertumes et de chagrins cuisants , « lorsque vous serez instruit que, par votre sanc- « tion, vous avez détaché de l'unité catholique tous « ceux qui auront eu la faiblesse de prêter le ser- « ment exigé par l'Assemblée, ou d'embrasser les « principes erronés de la Constitution civile du « clergé ; qu'ainsi vous avez renoncé à l'honneur le « plus solide, le plus glorieux de tous, que vous « vous seriez acquis à défendre la religion dans vos « Etats, dégénérant, par cet acte de faiblesse, de la « vertu de vos ancêtres qui la soutinrent dans tous « les temps avec le zèle le plus intrépide ».

Pie VI rappelle ensuite à Louis XVI les belles paroles que saint Avit, évêque de Vienne, adressait à Gondebauld, roi de Bourgogne, au Concile d'Epaone : « Les mouvements tumultuaires », lui disait-il, « n'étaient pas un motif qui dût vous dis- « penser de rendre publiquement hommage au « Créateur de l'univers (il s'agissait d'un point de « religion) ; c'était même au milieu des fureurs po- « pulaires qu'il fallait faire de vive voix la solen- « nelle confession de la foi que vous protestez être « au fond de votre cœur ». (S. Grégoire de Tours.)

« A cette considération, vous deviez joindre le « souvenir des promesses que vous fîtes à Dieu, « le 11 juin 1775, jour de votre couronnement, « lorsque, par un serment auguste, vous vous en- « gageâtes à défendre et à maintenir dans leur « intégrité les droits de l'Eglise et les privilèges « de l'épiscopat, serment dont Votre Majesté n'a « point de peine sans doute à voir l'opposition ab- « solue avec la sanction dont elle vient de revêtir « les nouveaux décrets ; l'esprit, l'unique but de « ces derniers étant d'anéantir tous les droits de « l'Eglise , de faire sortir les évêques de leurs « sièges, de les chasser de leurs diocèses».

Le Chef de l'Eglise établit ensuite la distinction qui existe entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux , et il déclare que , tout en réclamant l'obéissance aux lois civiles, il ne permettra jamais que les lois de l'ordre spirituel soient violées par l'autorité séculière.

« Les esprits, en France, se sont portés à cet « excès d'audace et de délire, de croire qu'il est « permis à un homme de se substituer à Dieu, en « forgeant une doctrine à lui, une hiérarchie, une « discipline toutes nouvelles, où, livrés à l'emporte- « ment effréné de leurs caprices, ils détruisent par « le fait une religion regardée jusqu'ici comme reli- « gion dominante, parce qu'elle l'éiait réellement. « C'est dans ce système », ajoute le Pontife, « qu'on « prêche, qu'on exalte une liberté sans bornes, sans « restriction, tandis qu'on ne laisse pas même aux « citoyens la liberté de conscience ».

Certes, cette observation de Pie VI n'a rien perdu de son actualité, et Léon XIII pourrait appliquer à nos faiseurs de constitutions, sans y changer un iota, le reproche que son prédécesseur faisait aux ignobles despotes de l'Assemblée nationale.

Le Pape, à la fin de sa lettre, signale au roi le bref qu'il vient d'adresser à l'épiscopat français et inflige à l'évêque d'Autun, au cardinal Loménie de Brienne et à deux autres évêques parjures, un blâme catégorique.

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