‹ Le pontificat de Pie VI et l'athéisme révolutionnaireChapitre 5 sur 19 · ARRÊTÉE SOUS SON MINISTÈRE ET PRÉPARÉE PAR · texte numérisé non relu

ARRÊTÉE SOUS SON MINISTÈRE ET PRÉPARÉE PAR

lui-même. Aussi, dès qu'il se fut aperçu qu'elle prenait de la consistance et qu'elle étendait au loin ses progrès, il se rendit sans différer à son église de Sens. Là, au mois de mars 1790, se montrant à découvert, il prononça un discours composé à dessein, dans lequel, comblant d'éloges le système de la Révolution, il alla jusqu'à se glorifier d'en avoir été un des zélés promoteurs, par ses exhortations et ses conseils, violant ainsi, tout à la fois, et les serments multipliés qui le liaient à l'Eglise et au Siège Apostolique, et la fidélité qu'il devait à son souverain dont il avait reçu toute sorte de bienfaits ».

Nous avons tenu à citer ce long passage de l'allocution pontificale, parce que nos lecteurs y trouveront la justification pleine et entière du jugement que nous avons porté , à diverses reprises , sur Loménie de Brienne.

Le 19 mars 1792, Pie VI adressa aux cardinaux, aux archevêques et évêques, aux chapitres, au clergé et aux fidèles de France un bref d'une grande

étendue. Le Chef de l'Eglise y exprime tout d'abord la joie qu'il a éprouvée à la vue du courage invincible que pasteurs et fidèles ont déployé en face de la persécution. Le langage du Pontife est affectueux et élevé tout à la fois. Après avoir félicité ceux que la Révolution n'avait pu vaincre, Pie VI ajoute, avec cet accent de charité et de paternelle mansuétude qui lui était habituel :

« Mais vous Nous avez fait éprouver une consolation bien plus touchante encore, vous, Nos chers fils, ecclésiastiques du second ordre, qui, à peine avertis de Notre jugement et de Nos monitions , vous êtes empressés d'imiter l'exemple si mémorable de plusieurs anciens évêques des Gaules. Ces évêques avaient souscrit, avec ceux de l'Eglise d'Orient, la formule erronée du concile de Rimini. Ils reconnurent bientôt « qu'on avait insidieuse- « ment abusé de leur bonne foi. Ils se rétractèrent « et s'humilièrent de toutes les fautes qu'on leur « avait fait commettre par ignorance. Ils rejetèrent « surtout les prêtres apostats qui avaient été sub- « stitués, par impiété ou par erreur, à leurs frères « indignement proscrits v>. Vous avez manifesté la même ardeur, pour rétracter le serment impie qu'on vous avait extorqué par crainte, par méprise ou par séduction. Vous avez dit anathème aux principes erronés que renfermait ce serment. Vous vous êtes éloignés des intrus, et vous vous êtes ralliés à la communion de vos légitimes évêques, dont vous aviez eu le malheur de vous séparer ».

Pie VI dit encore que personne ne sera surpris de

la joie que lui fait éprouver ce retour et que l'Eglise d'ailleurs partage avec lui. Aussi veut-il user à l'égard de ces nouveaux prodigues de la même clémence que saint Léon à l'égard des évêques orientaux qui avaient contribué à l'expulsion de saint Flavien du siège de Constantinople. Cet illustre pontife écrivait à Anatole : « Quant à ceux des frères « que nous savons être jaloux de vivre dans notre « communion, et très-repentants de n'avoir pas « opposé assez de résistance à la force ou à l'er- « reur, .... attendu qu'ils expient leur prévarica- « tion par des réparations convenables et qu'ils « aiment mieux s'accuser eux-mêmes que s'excu- « ser, nous voulons qu'ils puissent se réjouir du « rétablissement de la concorde et rentrer dans « notre communion. Pourra-t-on blâmer notre in- « dulgence, lorsque nous recevons, après de justes « satisfactions , des hommes dont la chute nous « avait pénétré de douleur (1) ».

Pie VI s'élève ensuite avec beaucoup de force contre les intrus qui se sont emparés du gouvernement des nouveaux diocèses, au mépris des saints canons. Il flétrit énergiquement les mensonges au moyen desquels ils cherchent à détourner les peuples de l'obéissance due au Saint-Siège. « Ils pré- « tendent d'abord », fait-il observer, « que Nous « n'avons pas écrit Nos précédentes lettres aposto- « liques. Comment peut-on appeler apocryphe un « écrit public qui est véritablement Notre ouvrage, « qui est émané uniquement de Nous, qui a été

(1) Epître 80 de saint Léon.

« publié avec une telle solennité, qu'il ne peut plus « laisser à personne le moindre prétexte de doute, « et qui porte enfin de tels caractères de notoriété , « que tout le monde peut le distinguer aisément des « ouvrages fictifs et empoisonnés que les rebelles « eux-mêmes ont eu l'incroyable audace de distri- « buer en Notre nom ».

« La seconde fourberie des intrus », continue le Pontife, « consiste à dire que Nos brefs n'ont pas été « publiés avec les formes requises, comme si dans « l'état où se trouve la France, il était possible d'em- « ployer les formes usitées. En agissant ainsi, les « intrus se proposent avant tout d'échapper aux « conséquences des mesures qui les atteignent » .

Le Souverain Pontife assigne aux apostats un laps de temps de cent vingt jours pendant lequel ils pourront faire leur soumission à l'Eglise.

Sont l'objet de cette monition les évêques consécrateurs dont nous avons parlé précédemment ; les évêques intrus qui ont envahi, sans mission légitime, les chaires épiscopales ; l'archevêque de Sens, les évêques d'Orléans et de Viviers, et Pierre-François-Marcel, coadjuteur de Loménie de Brienne ; les curés et autres prêtres à charge d'âmes qui ont usurpé les fonctions ecclésiastiques, ou s'en sont rendus indignes en prêtant un serment schismatique.

Après les avoir tous avertis, si, dans le temps fixé , chacun d'eux ne fait pas à l'Eglise une satisfaction convenable, le Souverain Pontife les frappera d'excommunication.

Le 19 mars 1792, et le 13 juin de la même année, Pie VI, sur la demande qui lui en fut faite, accorda aux évêques de France et à leurs délégués les pouvoirs les plus étendus, soit pour l'administration des sacrements, soit pour la réconciliation avec l'Eglise des prêtres assermentés et des intrus. Le Pontife déploya, en cette circonstance, une activité incroyable.

Pendant qu'il réglait les diverses questions de détail relatives au gouvernement de l'Eglise de France, les faits accomplis à Avignon et dans le reste du Comtat-Venaissin appelaient de nouveau son attention. Le 19 mars, il écrivit une longue lettre au clergé et aux fidèles de cette province. Il félicite tout d'abord l'archevêque d'Avignon et les évêques de Vaison, de Cavaillon et de Carpentras, de la fermeté dont ils ont donné l'exemple. Il les exhorte à persévérer dans ces bonnes dispositions ; « car Nous savons », dit le Pontife, « quelle fureur « agite Nos ennemis, et c'est avec une indicible tris- « tesse que Nous vous voyons exposés à tous les « genres de persécution. Nous voyons le moment, le « moment prochain, où l'on mettra votre religion et « votre fidélité à des épreuves plus cruelles que les « précédentes ». Il ne suffit pas de souffrir pendant quelque temps, avec fermeté, les injures et les outrages. Il faut se montrer invincible et chacun doit être prêt à présenter sa tète et à s'immoler pour la foi; car celui-là seul sera sauvé qui aura persévéré jusqu'à la fin. « Le courage que le clergé « et les fidèles ont déployé jusqu'ici », ajoute

« Pie VI, ne Nous permet pas de douter de leur « fidélité à venir, quels que soient les dangers qui « les menacent ».

Le Pontife, considérant l'état déplorable du Comtat- Venaissin, accorde aux évèques de cette province les mêmes pouvoirs qu'aux évêques de France et aux mêmes conditions. Il rappelle ensuite au clergé et aux fidèles que l'acte de spoliation dont l'Assemblée nationale s'est rendue coupable ne les dispense pas de reconnaître le Vicaire de Jésus-Christ comme souverain légitime. Et, certes, aucun monarque n'a jamais traité ses sujets comme les Papes ont traité les habitants du Comtat. Les populations de cette province ne payaient ni impôts ni redevances d'aucune sorte- « Non content de cela », poursuit Pie VI, « Nous n'avons rien omis pour « prévenir les abus qui sont inhérents à l'exercice « du pouvoir, lorsque le Souverain est obligé de « l'exercer par des mandataires. Aussi, confiant dans « votre affectueuse reconnaissance, Nous n'avons « voulu ni céder aucun de Nos droits, ni recevoir « aucune compensation pour une souveraineté que « Nous garantissent les premiers décrets de l'As- « semblée nationale elle-même, que Nous confirment « des titres légitimes et une possession de plus de « cinq cents ans ».

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