‹ Le pontificat de Pie VI et l'athéisme révolutionnaireChapitre 6 sur 19 · CHAPITRE XXX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXX

Sommaire. — L'Assemblée nationale fait place à la Législative, après avoir décerné les honneurs du Panthéon à Mirabeau, à J.-J. Rousseau et à Voltaire.

— Divers jugements portés sur l'Assemblée législative. — Décrets de cette Assemblée contre le clergé catholique. — Arrivée des Marseillais à Paris. — Nos armées sont battues. — Irritation que causent à Paris les succès des alliés. — La nuit du 10 août. — La Commune. — On empêche les hommes d'ordre de quitter Paris. — Les [irisons ne suffisent pas à contenir les suspects. — Massacres de septembre. — Proclamation du divorce. — La Convention nationale succède à la Législative. — La royauté est abolie. — Les Girondins et les Jacobins. — Dilapidations du gouvernement révolutionnaire.

— La Convention jugée par Necker et par l'abbé Grégoire. — Massacres en province.

Le 1er octobre 1791, l'Assemblée nationale fit place à l'Assemblée législative, laissant après elle de bien tristes souvenirs, malgré la valeur intellectuelle de la plupart de ses membres. On eût dit que ces hommes, dont la mission était de réformer les abus et d'infuser à la France une vie nouvelle, avaient, au contraire, reçu le mandat de multiplier les ruines matérielles et morales, au nom de la philosophie, de la tolérance et du progrès.

Voulant glorifier leur œuvre dans la personne de ceux qui avaient été leurs chefs, ils décernèrent les honneurs du Panthéon à Mirabeau, à Jean- Jacques Rousseau et à Voltaire. Ce fut le 1 1 juillet 1 791 que les restes de ce dernier firent à Paris leur entrée triomphale. Douze chevaux blancs traînaient le

char funèbre, autour duquel vinrent parader tour à tour les acteurs et les baladines des divers théâtres de la capitale.

Etaient-ce bien les cendres du philosophe que l'on transporta au Panthéon? Rien n'est moins certain. Selon toute probabilité, un moine inconnu de l'abbaye de Cellières fut l'objet de cette apothéose. L'abbé Mignot qui redoutait que l'évèque de Troyes ne fît exhumer son oncle, avait eu soin de l'ensevelir dans une couche de chaux vive. Mais, après avoir été indûment à l'honneur, la dépouille du pauvre moine fut plus tard à l'ignominie; car il paraîtrait qu'en 1814 les restes apocryphes du philosophe furent transportés à Bercy où les attendait une troisième sépulture, moins glorieuse que la seconde.

L'Assemblée législative commença parjurer fidélité à la constitution. « Jamais recueil de lois », dit M. de Genoude, « ne fut reçu avec plus de pompe; jamais inauguration ne fut plus solennelle. On eût dit qu'aucun honneur assez éclatant ne pouvait être rendu à la Constitution et à ses auteurs. Soixante vieillards, accompagnés de l'archiviste, avaient été chercher le livre de la Constitution ; et toute l'Assemblée, dans un parfait silence et dans un profond recueillement, attend respectueusement leur retour. Us reviennent, ils s'avancent à pas lents . . . Mais ici le procès-verbal de l'Assemblée, tel qu'il se trouve dans le Journal des Débats et des Décrets, mérite d'être copié littéralement :

« Un huissier a crié : — Messieurs, j'annonce à

« l'Assemblée nationale l'acte constitutionnel. — « Tous les membres se sont levés, et un profond « silence a régné dans toute la salle. Messieurs les « commissaires sont entrés précédés des huissiers « et accompagnés d'un détachement de gendarmes « nationaux, portant les armes hautes. Ils se sont « avancés vers le bureau, et l'archiviste, portant « respectueusement l'acte constitutionnel, est allé « vers la tribune. La salle a retenti d'applaudisse- « ments partis de tous les côtés de la salle et des « tribunes. Alors un vieillard, s'adressantà l'Assem- « blée et à tous les citoyens, a dit :

« Peuple français, citoyens et citoyennes de Paris, « vous tous qui avez tant fait pour la Révolution, voilà « le dépôt sacré de notre Constitution, le gage de la « paix qui va réunir tous les Français ».

« Le président est monté à la tribune, il a prêté « le serment. On a procédé à l'appel nominal ; tous « les membres présents se sont avancés, et chacun, « tenant la main droite sur l'acte constitutionnel, « a prononcé individuellement le serment.

« Après que cette cérémonie a été faite, le prési- « dent demandant que les commissaires reconduisent « l'acte constitutionnel, l'Assemblée s'est levée aus- « sitôt. L'archiviste est descendu de la tribune ; il « s'est placé au milieu des commissaires, qui le re- « conduisent. Leur marche est accompagnée d'ap- « plaudissements généraux ».

Cette scène grotesque peut se résumer en un seul mot emprunté à la langue italienne : Comedianti ! Tel était le sentiment de Necker. L'ancien ministre

de Louis XVI a porté sur les membres de l'Assemblée le jugement que voici : « Ces législateurs, sans « se le dire, regardèrent de quel côté leur viendrait « le plus tôt des louanges et des applaudissements ; « et ils examinèrent en même temps dans quel « sens ils devaient agir et parler pour recueillir une « moisson si précieuse ».

Voici comment M. de Lamartine apprécie les membres de la Législative :

« Une foule immense s'était portée aux pre- « mières séances de l'Assemblée. Son aspect exté- « rieur était changé. Presque tous les cheveux « blancs avaient disparu. On eût dit que la France « avait rajeuni dans une nuit. L'expression des « physionomies, les traits, les gestes, les costumes, « l'attitude des membres de l'Assemblée n'étaient « plus les mêmes. Cette fierté de la noblesse fran- « çaise, empreinte dans le regard et sensible dans « les manières, cette dignité du clergé et de la ma- « gistrature, cette gravité austère des premiers « députés du Tiers-Etat avaient tout à coup fait « place aux représentants d'un peuple nouveau « dont la confusion et la turbulence annonçaient « l'invasion au pouvoir, plutôt que l'habitude et la « possession du gouvernement. L'extrême jeunesse « s'y faisait remarquer en foule. Quand le président « d'âge, pour former le bureau provisoire, somma « les députés qui n'avaient pas encore accompli « leur vingt-sixième année de se présenter, soixante « jeunes gens se pressèrent autour de la tribune « et se disputèrent le rôle de secrétaires de l'Assem-

« blée. Cette jeunesse des représentants de la nation « inquiéta les uns, réjouit les autres. Si, d'un côté, « une telle représentation n'offrait rien de cette « maturité calme et de cette autorité du temps que « les législateurs antiques recherchaient dans les « conseils des peuples; d'un autre côté, ce rajeu- « nissement soudain de la représentation nationale « était comme un symptôme du rajeunissement com- « plet des institutions. On sentait que cette nou- « velle génération avait rompu avec toutes les « traditions et tous les préjugés de l'ancien ordre « de choses ».

Voilà quels étaient les hommes qui allaient présider aux destinées de la France.

Pendant que cette Assemblée, aussi inexpérimentée que turbulente, travaillait à la ruine de nos vieilles institutions, un pouvoir redoutable s'élevait à côté d'elle, sous le nom de Jacobins. Ce club, devenu célèbre, ne tardera pas à faire peser sur la France un joug insupportable.

Dans les premiers jours de juin 1792, les nouveaux législateurs portèrent un décret condamnant à la déportation les prêtres non assermentés. Le roi refusa de sanctionner cette loi persécutrice. Les faubourgs, les clubs et l'Assemblée en témoignèrent une grande irritation, et menacèrent de recourir à la violence. C'est ce qui eut lieu le 20 du même mois. Des brigands, armés de piques, de sabres et de fusils, pénétrèrent dans le palais et menacèrent longtemps Louis XVI, qui ne céda point. Les envahisseurs se retirèrent, et l'Assemblée législative ne

songea même pas à poursuivre les chefs de cette odieuse manifestation.

Comme la lie des faubourgs ne pouvait suffire à l'œuvre de régénération sociale que rêvaient les novateurs, il fut convenu entre Péthion, maire de Paris, et Barbaroux, député de Marseille, qu'on ferait venir de cette dernière ville des bandes de gens sans aveu, auxquels on donna le nom de Fédérés. La plupart d'entre eux étaient étrangers ou repris de justice. Ils avaient fait leurs premières armes dans le Comtat, sous la conduite de Jourdan Coupe-Têtes.

Quelques jours après, on recevait à Paris le manifeste du duc de Brunswick contre la Révolution française. Les Jacobins répondirent à ce document par des clameurs d'autant plus furieuses, que leporte-parole de la Prusse et de l'Autriche trahissait la cause de la Maçonnerie, dans les rangs de laquelle il figurait depuis longtemps déjà. On prétendit que le roi avait combiné avec les deux souverains allemands la guerre intentée à la France. Les quarante-huit sections de Paris, considérant que la patrie était en danger, se déclarèrent en permanence, et une municipalité insurrectionnelle fut organisée.

Dans la nuit du 9 au 1 0 août, le tocsin sonna sans discontinuer. Le jour venu, les insurgés, commandés par le brasseur Santerre, marchèrent contre les Tuileries. Le roi, s'apercevant que quelques-uns des siens passaient à l'ennemi, se réfugia avec sa famille auprès de l'Assemblée. On lui assigna

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comme lieu de refuge provisoire la loge du chef des sténographes. Pendant ce temps-là, on massacrait aux Tuileries les gardes du corps et les hommes de service. Les femmes seules étaient épargnées.

Presque à la même heure, un insurgé se présente à l'Assemblée, les bras nus et rouges de sang, et s'écrie d'une voix tonnante : « Apprenez que le feu « est aux Tuileries et que nous ne l'arrêterons que « lorsque la vengeance du peuple sera satisfaite ; je « suis chargé, en outre, de vous demander la « déchéance du roi ». L'Assemblée, faisant droit à la demande qui lui était adressée par le peuple souverain, rendit un décret qui suspendait les pouvoirs de Louis XVI et convoquait une Convention nationale.

En attendant, elle suprima le veto royal et promulgua les lois de proscription rendues contre les prêtres. Ceux d'entre eux qui, après avoir refusé de prêter serment, ne sortiraient pas du royaume, seraient déportés à la Guyane française.

La Commune, venant en aide à l'Assemblée, proscrivit tout d'abord le costume ecclésiastique. Puis elle s'empara des bronzes et de l'argenterie des églises. Les cloches devaient être fondues et transformées en canons. Ces actes de vandalisme finirent par exaspérer le vrai peuple de Paris. Des attroupements se formèrent, et la Révolution fut' obligée de recourir à la force pour triompher de l'indignation publique.

Le 23 août, la place de Longwy tombait au pouvoir des Prussiens. On apprit en même temps à

Paris que les alliés assiégeaient Thionville et menaçaient Verdun. La nouvelle de ces désastres n'était pas de nature à calmer les Jacobins. La Commune de Paris décida, sur la proposition de Danton, que l'on formerait un corps de troupes, chargé de désarmer et d'arrêter les personnes suspectes. Pendant quarante-huit heures, les barrières de la ville furent fermées. On établit en outre des bateaux armés sur la Seine pour empêcher qu'on ne sortît par cette voie. Enfin, les municipalités de la banlieue avaient reçu l'ordre d'arrêter tous les voyageurs qui ne leur inspireraient pas une entière confiance.

Le résultat de ces perquisitions arbitraires fut de jeter dans les prisons près de quinze mille personnes.

On se demande, en étudiant l'histoire de cette époque, si les hommes qui présidaient aux destinées de la nation n'étaient pas frappés d'aliénation mentale. Que penser, en effet, de ce député qui proposa à l'Assemblée législative d'organiser un corps de douze cents patriotes de bonne volonté, chargés tout spécialement d'assassiner les rois de l'Europe et les généraux ennemis? La motion fut accueillie avec enthousiasme. Merlin de Douai et l' ex-capucin Chabot déclarèrent même que, leur mission de députés une fois remplie, ils n'hésiteraient pas à s'enrôler dans ce bataillon d'élite, qu'on pourrait nommer à bon droit le vengeur de l'humanité.

Mais Vergniaud fit observer à l'Assemblée que les rois pourraient bien imiter cet exemple, ce qui

deviendrait fort dangereux pour les représentants du peuple. Cette réflexion calma les plus ardents, et la proposition de Jean Debry fut renvoyée à la commission et indéfiniment ajournée.

Le décret de l'Assemblée législative condamnant à la déportation les prêtres orthodoxes n'était pas du goût de la Commune. Les Jacobins en voulaient à la vie des prisonniers. Toute mesure pouvant les soustraire à la fureur du peuple devait provoquer leur mécontentement. On sait que ces aimables réformateurs avaient coutume de répéter cet aphorisme devenu tristement fameux : // n'y a que les morts qui ne reviennent pas !

Le 31 août, Danton, s'adressant au Comité de surveillance que l'Assemblée avait établi, s'exprima en ces termes : « Nous ne pouvons rester exposés au « feu de l'ennemi et à celui des royalistes, qui sont « plus nombreux que les républicains. Pour décon- « certer et empêcher la funeste correspondance de « ce parti avec l'étranger, il faut faire peur aux « royalistes... Oui, leur faire peur! » Ce dernier membre de phrase fut énergiquement souligné au moyen d'un geste dont la signification ne pouvait échapper à personne. L'Assemblée s'en montra effrayée. Les Girondins, qui redoutaient, non sans motif, la faction jacobine, parvinrent à faire décréter la formation d'un nouveau conseil communal. Mais la Chambre ne disposait d'aucune force armée, et se voyait condamnée à l'impuissance en face des brigands qui dominaient Paris.

La Commune considéra comme non avenu le

décret de dissolution qui la frappait, et son conseil général arrêta, le 30 août, que les sections seraient chargées de juger et d'examiner sous leur responsabilité les citoyens arrêtés. Le 31, Tallien, soù délégué, se présentait à la barre de l'Assemblée et s'écriait : « Nous avons fait arrêter les prêtres per- « turbateurs ; ils sont enfermés dans une maison « particulière, et sous peu de jours le sol de la « liberté sera purgé de leur présence ». Des applaudissements frénétiques accueillirent ces paroles.

Les prisonniers occupaient quatre locaux : les Carmes, l'Abbaye, Saint-Firmin et la Force.

Ne voulant laisser derrière eux aucun prêtre perturbateur, les séides de la Commune se rendirent à Issy, et arrachèrent de leur maison de retraite les ecclésiastiques âgés et infirmes qui s'y trouvaient en ce moment. « Il serait impossible », lisons-nous dans le récit d'un témoin oculaire, « d'exprimer le « sentiment que nous éprouvions à l'aspect de ces « respectables vieillards. Plusieurs pouvaient à « peine se soutenir. Les traitements qu'ils avaient « essuyés dans leur route me font frémir d'horreur. « Il en est un surtout que ses infirmités empêchaient « de suivre à pas égal ses cruels conducteurs ; ils « l'avaient tout meurtri, en le poussant avec la « crosse de leurs fusils pour le faire marcher. Après « eux arrivèrent quatre Messieurs de Saint-Sulpice, « le supérieur de la maison des Trente-Trois qui en « dépendait, plusieurs prêtres amenés des divers « quartiers de Paris, et les membres de la commu- « nauté des Eudistes que l'on avait pu arrêter, et

« parmi lesquels se trouvait leur supérieur, M. Hé- « bert (1) ».

Nous ne raconterons pas le dénûment des prisonniers, les souffrances qu'ils endurèrent, et les outrages dont ils furent l'objet de la part de leurs persécuteurs. Nos lecteurs s'en feront eux-mêmes une idée; car ils savent ce que l'on peut attendre de la mansuétude philosophique/toutes les fois que le pouvoir obéit à ses inspirations.

Le 1er septembre, les bourreaux, qui voulaient agir à l'improviste, envoyèrent aux détenus des commissaires escortés de gendarmes, avec la mission de faire naître en eux un vague espoir de délivrance. Ces bruits étaient si peu fondés, que, la veille même, la Commune avait nommé un comité d'exécution chargé de présider aux massacres des prisonniers.

Maillard, un escroc qui avait été chassé d'un régiment, après y avoir passé par les verges, fut placé à la tête des assassins. Ce misérable, devenu tristement célèbre, était, dit Sénart, le commandant en chef des filous, des mouchards et des brigands. 11 se faisait appeler Tape-Dur, et sa horde était composée de tout ce qu'il y avait de coupe-jarrets sur le pavé de Paris.

Son programme , en cette circonstance , lui avait été tracé par la Commune dans une lettre que l'histoire a conservée. Il devait disposer sa bande d'une manière utile et sûre, et l'armer surtout d'assommoirs. Parmi les précautions de détail

(1) L'abbé de la Pannonie, cité par Barruel.

qui lui étaient recommandées, on trouve celles-ci : prendre des mesures pour empêcher les cris des mourants ; faire porter les coups sur la tête ; expédier promptement ; faire emplette de vinaigre pour laver les endroits où l'on tuerait, de crainte d'infection ; se pourvoir de balais de houe pour bien enlever le sang, et de voitures pour transporter les cadavres, de chaux même pour les consumer ; bien payer, et surtout avertir le comité, d'un instant à l'autre, de tout ce qui se passerait.

Quelque soin qu'eussent pris les Jacobins de cacher leurs décisions et de tromper le public, les prisonniers avaient le pressentiment de ce qui allait arriver. Aussi se préparèrent-ils à la mort par une bonne confession, comme l'avaient fait les victimes de la Glacière.

C'est là qu'en étaient les choses, lorsque les nouvelles arrivées du théâtre de la guerre vinrent jeter la consternation dans les esprits et exciter la fureur du peuple. Pour augmenter le trouble et préparer les masses à la tuerie que l'on méditait, la Commune fit afficher une proclamation où l'on appelait fous les citoyens aux armes. En même temps, on sonnait le tocsin et on tirait le canon d'alarme. Les barrières étaient fermées au bruit de la générale, tandis que l'Assemblée législative décrétait que les biens de tous les Français seraient à la disposition du pouvoir exécutif.

C'est à l'occasion de ces événements que Danton prononça ces paroles si connues : « Le canon qu'on « va sonner n'est point un signal d'alarme; c'est la

« charge sur les ennemis de la patrie. Pour les « vaincre, il faut de l'audace, encore de l'audace, « toujours-dé l'audace (1) ».

Au signal convenu, on forma trois colonnes des prisonniers que l'on avait arrêtés dans les visites domiciliaires les plus récentes. Deux de ces colonnes furent dirigées sur la Force et la Conciergerie, et l'autre sur l'abbaye Saint-Germain. Les deux premières purent-elles arriver à leur destination? Jusqu'à présent, il n'a pas été possible de résoudre ce problème, grâce au nombre et à la diversité des récits que nous possédons. Ce que l'on ne peut contester, c'est que la presque totalité de ceux qui en faisaient partie sont tombés sous les coups des assassins. La troisième colonne eut le même sort dès son entrée à l'abbaye. L'abbé Sicard, échappé par miracle à la mort qui l'attendait, a laissé un récit émouvant de ce drame épouvantable, et c'est par lui que nous en connaissons les détails.

Un comité siégeait au premier étage, et l'on massacrait sous ses fenêtres, non-seulement les prisonniers qui arrivaient, mais encore ceux que l'on allait chercher dans le réfectoire.

Les membres de cette réunion délibéraient néanmoins tranquillement sur les affaires publiques, dit l'abbé Sicard, sans faire attention aux cris des victimes dont le sang ruisselait dans la cour. « On leur « annonce un commissaire de la Commune, qui, par « ses ordres, parcourait les différentes sections ; il « entre et leur dit : La Commune vous fait informer

(1) Séance du 2 septembre 1792.

« que, si vous avez besoin de secours, elle vous en en- « verra ». — « Non », lui répondirent les commissaires du comité, « tout se passe bien chez nous ». — « Je viens », répliqua-t-il, « des Carmes et des autres « prisons; tout s'y passe également bien. Parmi les « diverses pétitions de révolutionnaires faites alors « au comité, il y en eut une de quelques femmes « du voisinage, qui demandaient qu'on leur procu- « rat la facilité de bien jouir de la vue du massacre « des aristocrates, pendant la nuit qui allait com- « mencer ; et le comité ordonna de placer un lam- « pion près de la tête de chaque cadavre ».

Sur ces entrefaites, Billaud-Varennes, étant venu voir ce qui se passait, se fit une tribune des morts et des mourants et, s'adressant à la foule, s'écria : « Peuple, tu immoles tes ennemis : tu fais ton « devoir ! » Et Maillard, se tournant du côté de ses aides, leur dit : « Il n'y a plus rien à faire ici, « allons aux Carmes ».

Et pendant toute la nuit on égorgea, au chant du Ça ira. Les femmes dansaient et applaudissaient en voyant tomber les victimes. Les mêmes scènes d'horreur se reproduisirent aux Carmes et à la Force. Et là, comme à l'abbaye, la plupart des prisonniers auraient pu échapper à la mort en prêtant le serment schismatique que l'on réclamait d'eux.

Parmi les hommes de bien qui firent aux Carmes le sacrifice de leur vie, se trouvaient M. Dulau , archevêque d'Arles, et' MM. de La Rochefoucauld, évêques de Saintes et de Beauvais.

Dans les départements, bon nombre de villes

suivirent l'exemple de Paris. A Versailles, à Reims, à Meaux, en particulier, le sang coula en abondance. Lyon se distingua par le nombre de ses martyrs et la férocité de ses bourreaux. Ajoutons que les autorités lyonnaises ne négligèrent rien pour se débarrasser des meurtriers. Mais cette résistance aux volontés de la Commune ne tardera pas à attirer sur la grande et malheureuse cité des calamités nouvelles.

Pendant que la France était le théâtre de ces événements, l'Assemblée législative continuait à délibérer. On eût dit que rien ne se faisait que légalement et par ses ordres. Dans la journée du 3 septembre quelques-uns de ses membres prièrent Danton de mettre un terme aux massacres. — « C'est impossible », répondit le tribun; « cette « exécution est nécessaire pour apaiser le peuple « de Paris; il est las de voir les conspirateurs « impunis ». Personne n'insista.

Le 10, ces étranges législateurs supprimèrent dans les colonies françaises les préfets apostoliques, et déclarèrent de bonne prise les ustensiles d'or et d'argent que possédaient encore les églises. On n'épargna pas même les œuvres d'art que les siècles avaient accumulées dans la plupart de nos vieilles cathédrales. Le 19, l'Assemblée confisquait les propriétés de l'Ordre de Malte. Le 20, elle déclarait que le mariage n'était qu'un simple contrat, révocable de sa nature, et proclamait le divorce. Le désordre qu'entraîna, à Paris surtout, la promulgation de cette loi, fut si grand, qu'en

moins de trois mois, le nombre des ménages qui en profitèrent s'éleva à plus d'un tiers. Ainsi finit l'Assemblée législative, laissant après elle une mémoire exécrable et le souvenir d'une incapacité radicale.

La Convention nationale était convoquée pour le 21 septembre. La veille, les nouveaux députés se réunirent en séance préparatoire au palais des Tuileries, constituèrent leur bureau et validèrent en bloc les opérations électorales. Ilestvrai que, parmi les élus, il n'y avait pas de cléricaux à éliminer, et que quinze cent mille électeurs à peine avaient pris part au vote, ce qui suffisait pour légitimer le mandat des nouveaux législateurs.

Le lendemain, après la lecture du procès-verbal, Collot-d'Herbois et l'abbé Grégoire demandèrent l'abolition de la royauté. « Toutes les dynasties », s'écria ce dernier, « n'ont jamais été que des races « dévorantes qui ne vivaientque de chair humaine. << Les rois sont dans l'ordre moral ce que les « monstres sont dans l'ordre physique. L'histoire « des rois est le martyrologe des peuples ».

Ce discours parut probablement irréfutable à l'Assemblée ; car elle décréta, séance tenante, que la royauté était abolie en France. Le 22, elle décida que les corps administratifs et judiciaires seraient renouvelés, et que l'on daterait les actes publics de l'an I de la République.

La Convention comptait sept cent quaranteneuf membres. A droite siégeaient les Girondins, au centre les indécis, et à l'extrême gauche les Jacobins. Les Girondins avaient pour eux le nombre

et le talent. Riches, pour la plupart, ils s'appuyaient sur la bourgeoisie, au moyen de laquelle ils espéraient dominer les masses populaires. L'avenir ne tardera pas à dissiper leurs illusions. Les Jacobins se distinguaient par l'audace, le fanatisme de l'ignorance et un amour effréné du pouvoir. Leur éloquence ne ressemblait en rien à la rhétorique ampoulée des rêveurs de la droite. Elle avait quelque chose de sauvage et de heurté qui reflétait on ne peut mieux les passions de la foule. Aussi étaientils assurés de recueillir, chaque fois qu'ils parlaient, les applaudissements des tribunes.

Partisans de l'égalité, les conventionnels supprimèrent les décorations et ne reconnurent plus d'autre titre que celui de citoyen. Comme les généraux leur étaient suspects, ils les firent surveiller par des commissaires investis de pouvoirs illimités.

La retraite du duc de Brunswick ranima le courage de nos troupes qui prirent l'offensive sur tous les points et remportèrent de nombreux succès. Malheureusement, un désordre scandaleux s'était introduit dans l'administration en ce qui touchait aux subsistances et aux munitions de guerre. Le gaspillage était tel, que l'Assemblée voulut y porter remède ; mais ses efforts restèrent impuissants. « On « avait dépensé déjà des sommes immenses, et tout « manquait aux soldats, la chaussure, les habits et « la paie ; ceux qui en furent principalement les vic- « times furent les bataillons de volontaires pari- « siens ; ils furent décimés encore plus par la mi-

« sère que par l'ennemi ; il y avait des bataillons où « il ne restait pas , trente-cinq hommes (I) ». Si M. de Genoude, que nous citons ici, avait écrit après 1870, on pourrait croire, en le lisant, qu'il a confondu les hommes de 92 avec leurs successeurs de la Défense nationale, et que les souliers à semelles de carton de nos mobiles l'impressionnaient au point de voir les soldats de Dumouriez et de Custine allant nu-pieds à l'ennemi.

Citons une autre autorité à propos de la question qui nous occupe. Il s'agit cette fois d'un auteur contemporain :

« Qui peut évaluer », dit-il , « les profusions « auxquelles une autorité usurpatrice est obligée « de recourir pour s'affermir elle-même et pour se « passer d'estime et de confiance ? Comment assi- « gner des limites aux sacrifices qu'exigent impé- « rieusement le besoin d'affaiblir les résistances par « la corruption, et la nécessité de contenir, par une « surveillance toujours active , une multitude in- « certaine dans ses opinions et mobile dans ses « sentiments ? »

Est-ce que les morts sortiraient de leurs tombeaux, pour écrire des épigrammes ? On serait tenté de le croire en lisant les quelques lignes qui précèdent.

« Peut-on calculer », ajoute le même auteur, « l'étendue des dilapidations qu'il faut tolérer, sous « un régime politique où le maintien d'une injuste « domination devient la pensée unique des gouver-

(1) De Genoude, Histoire de France.

« neurs de l'Etat? Les finances disparaissent devant « l'objet de leur ardente passion, et, considérant la « sagesse comme une qualité de détail, ils l'ajour- « nent au temps où ils seront devenus maîtres et « souverains paisibles. En attendant, rien ne doit « être refusé aux hommes qui peuvent servir leur am- « bilion, et l'on n'aura jamais le compte des dissipa- « tions qu'ont entraînées les diverses prétentions « des suppôts de la tyrannie. Les directions ou les in- « térêts dans les vivres, dans les charrois, dans les « étapes, dans les fourrages, dans les fournitures et « les marchés de tout genre, formaient des suppléments « de récompenses, et l'on perdait ainsi le moyen de « connaître et de réprimer les abus.

« Tout est mis en combustion sous l'empire de « l'immoralité ; mais l'intérêt personnel y reste de- « bout, et ses développements sont si divers, que tôt « ou tard on parvient à composer avec le Protée, et « la chose publique seule demeure sans aucun ami.

« Je ne crois pas que l'histoire s'abaisse à pré- « s enter un à un les décrets de la Convention natio- « nale; car, si vous en exceptez les lois rendues « contre les émigrés, contre leurs pères, contre leurs « enfants, contre la religion et contre les prêtres, « vous aurez l'équivalent de huit à dix milliards.

« Maintenant qui ne reculerait d'épouvante, en « voyant ce prodigieux capital entièrement con- « sommé, et en voyant de plus le trésor public dans « un état de banqueroute, pour avoir délivré une « somme numérique d'assignats infiniment supé- « rieure à la valeur réelle de leur hypothèque ? »

Un peu plus loin l'écrivain continue en ces termes :

« En voyant tant de confiscations, tant de mil- « liards accumulés sur des milliards, je m'effraie « d'un anéantissement, d'une disparition de res- « sources dont l'histoire ne fournit pas d'exemple ; « mais, à l'honneur et au triomphe des vérités éter- « nelles, des vérités essentielles à l'ordre social, ce « grand spectacle apprend à l'univers que l'injus- « tice et l'immoralité dispersent les trésors, abîment « les richesses, et rendent vaines en peu de temps « les spéculations contre les gens suspects, contre « les ennemis du peuple, contre les marchands, contre « les fermiers, contre les rentiers, contre les pro- « priétaires, enfin, toujours contre et jamais pour; « on ne pourra sauver de l'oubli aucune des dispo- « sitions législatives de cette célèbre assemblée, on « ne le pourra, malgré le petit intérêt qu'elle y a « jeté par une versatilité ridicule.

« Qu'on juge du désordre de ses pensées, du « chaos de ses principes et des nombreuses dilapi- « dations de ses agents, en voyant les résultats de « son gouvernement. Ses prédécesseurs avaient « saisi pour la nation la fortune du clergé. Elle dé- « gage cette conquête de toute espèce de charges, « en ne payant ni les frais du culte, ni les pensions « promises aux ecclésiastiques. Elle réunit, par un « seul coup de main, à cette première fortune, les « terres et les propriétés mobilières des émigrés ; et, « en interprétant encore ce mot d'émigré, elle étend « ses confiscations d'une manière indéfinie. Enfin,

« elle se vante elle-même d'avoir à sa disposition « huit ou dix milliards de bien s d'autrui, et, conti- « nuant ses invasions, elle diminue les dépenses « publiques en retranchant, de force, un cinquième « des intérêts dus à tous les créanciers de l'Etat.

« Observez que les huit à dix milliards dont je « viens de parler ne sont pas en monnaie nouvelle, « mais de l'ancienne évaluation du vieux et bon « temps des louis et des écus. Jamais, depuis la « création du monde, jamais cette fortune, réunie « aux contributions annuelles, ne fut entre les « mains d'aucune autorité. Les richesses de Salo- « mon, les trésors du Mogol, les pillages de Tamer- « lan et de Gengiskan, n'étaient rien auprès d'une « pareille conquête, auprès d'une aussi large ra- « pine. Amoncelez en imagination tout l'argent « monnayé de la France en ses plus beaux jours, et « tout l'argent monnayé de l'Europe; doublez en- « suite le tout, et vous aurez l'idée de ce qui a été « consommé par la Convention ».

Tel est le jugement que Necker a porté sur les opérations financières et la moralité des hommes de la Convention.

Citons encore, avant de reprendre le cours de notre récit, un passage emprunté à l'abbé Grégoire, sur la trop fameuse Assemblée dont on essaie maintenant la réhabilitation.

« L'Assemblée conventionnelle » , écrit l'ancien curé d'Embermesnil, « présentait, à plusieurs « égards, l'inverse de la Constituante; elle existait « encore lorsque moi-même j'imprimai qu'elle

— Hil —

« contenait deux ou trois cents individus qu'il « fallait bien appeler des scélérats, puisque la « langue n'offrait pas d'épithète plus énergique. . . « De quoi se composait donc cette majorité de la « Convention nationale qui décrétait ? D'hommes « féroces et surtout d'hommes lâches. Et que faisait «donc la minorité pour s'y opposer?... Cette « question ne peut s'adresser à l'auteur de ces « Mémoires ; ses preuves sont faites , il avait « exposé sa tête ».

Grégoire termine par cette apostrophe qui n'a rien perdu de son opportunité : « Et vous, censeurs « si courageux quand il n'y a pas de danger, où « étiez-vous et que faisiez-vous ? Combien d'entre « vous qui alors, dans les clubs, hurlaient contre la « religion et ses ministres? Que faisiez-vous surtout, « habitants de Paris, qui, à des époques différentes, « fûtes complices de conspirations dont le but était « d'égorger et de piller? »

Telle était l'assemblée aux mains de laquelle venait de tomber la France. Les scélérats dont elle se composait, suivant l'énergique expression de Grégoire, un juge peu suspect, gouvernèrent le pays en maîtres absolus, et dans la plupart des provinces, à l'exception delà Bretagne et de la Vendée, les honnêtes gens, auxquels nous donnons maintenant le nom mal défini de conservateurs, se laissèrent égorger sans mot dire. Les trois quarts d'entre eux, affolés de terreur, ne trouvèrent rien de mieux, pour échapper à la mort, que de chanter le Ça ira et de hurler contre les prêtres que l'on Pie vi. — T. II. 11

traînait à l'échafaud. Ce genre d'héroïsme n'est point rare par les temps que nous traversons, et l'on peut supposer, sans trop d'invraisemblance, que si les radicaux triomphaient de l'opportunisme, certains modérés n'hésiteraient pas à se faire leurs complices, en attendant que la réaction victorieuse consentît à les admettre dans les rangs de sa valetaille.

« Quand la presse», dit un écrivain de nos jours, « lève un front de Titan dans les cieux, on est « toujours tenté de regarder à son pied; à l'éclat « de son arrogance se mêle je ne sais quel bruit « de ferraille rompue. Même pour qui n'est pas « dans le secret de son courage, on sent que son « audace lui vient de ce qu'elle compte lâchement « sur son impunité.

« C'est dans ces jours de facile délire qu'on « voit les repris de justice de Ménilmontant in- « sulter au catholicisme, et le chien du proverbe, « non-seulement regarder passer les évêques, mais « les mordre aux jambes. Il ne faut ni s'étonner ni « s'affliger outre mesure, parce que les hommes « sont vils et que les chiens aboient. Tout cela « est une question d'optique ou de circonstance. « Il suffira d'une hypothèse pour renvoyer le mo- « losse à la niche et ramener l'écrivain à l'ortho- « doxie : supposez, par exemple, — cela coûte si « peu une supposition, — un M. Feutrier ou un « M. d'Hermopolis au ministère des cultes, et vous « verrez tous ces athées cyniques faire leur cour au « suisse de l'Excellence et au suisse de leur paroisse.

« Car enfin que faut-il pour métamorphoser un « Jacobin en valet à tout faire ? L'histoire de soi- « xante ans et votre tailleur vous le diront mieux « que moi : il faut une carmagnole rouge allongée « d'un galon de livrée. C'est l'affaire de quelques « aiguillées de bon fil, et cela n'est pas cher : il y a « des jacobins qui fournissent le galon eux-mêmes. « Faudrait-il vous le répéter sans cesse, bourgeois « candides, et toi, peuple abusé ? La plupart de ces « gens que tu vois se coiffer avec ostentation sous « tes yeux du bonnet de 93 ont deux cocardes et « deux attitudes. Lorsque tu as le dos tourné, ils « se découvrent avec respect, ils se prosternent, « ils s'aplatissent, ils boivent la poussière aux pieds « des puissants de la terre. Leur bassesse devient « si gênante, leurs génuflexions prennent tant de « place, qu'on songe sérieusement à faire élargir « les antichambres. Cette comédie n'est pas nou- « velle. Sous la Fronde, la valetaille des princes et « du coadjuteur était à la tête des mouvements « populaires. Je ne voudrais pas médire des grands « patriotes que vous connaissez, que vous lisez, « que vous méprisez peut-être; qui font, à raison « de quinze centimes le numéro, la pluie et le « beau temps sur les boulevards ; mais je gagerais « qu'il y a là bien des mascarilles ayant laissé par « prudence leur livrée à la maison (1) ».

Le portrait qu'on vient de lire n'a rien d'exagéré. Le despotisme et la bassesse vont presque toujours ensemble ; car celui qui ne sait pas

(1) Jouvin.

respecter les autres songe bien rarement à se respecter lui-même. On peut faire à chaque pas l'application de ce principe, en étudiant l'histoire de la Révolution.

Les massacres de septembre, dont je viens de retracer le rapide tableau, surexcitèrent les mauvais instincts du Jacobinisme dans la plupart des départements. Presque partout les ecclésiastiques fidèles furent l'objet de violences inouïes. Lorsqu'ils parvenaient à échapper à la mort, on les jetait dans des prisons où les attendaient la faim, les mauvais traitements et les outrages. Leurs souffrances étaient telles qu'ils réclamaient la déportation comme une grâce.

Dans les Cévennes, deux Sulpiciens, MM. Bravard et Lejeune, furent incarcérés, en même temps que sept autres prêtres, et conduits devant la municipalité des Vans. Ces magistrats improvisés leur donnèrent à choisir entre la mort et le serment schismatique. Aucune hésitation ne se manifesta parmi les confesseurs. Arrivés au lieu de leur supplice, ils s'agenouillèrent, tandis que M. Bravard protestait au nom de ses confrères qu'ils mouraient pour l'Eglise, et en pardonnant à leurs ennemis. Ils reçurent la mort avec un calme et une fermeté admirables.

M. l'abbé Novi était le plus jeune d'entre eux. Les bourreaux, obéissant à une inspiration satanique, le séparèrent de ses compagnons, en même temps qu'ils obligeaient son père à se présenter sur le lieu du supplice, lui déclarant que son fils aurait

la vie sauve, s'il consentait à prêter serment. Le courageux martyr ne se laissa point ébranler ; il se livra à ses bourreaux , et se contenta de répondre au vieillard, qui l'engageait à céder : « Non, mon père, il sera plus doux pour vous « d'avoir un fils martyr qu'un enfant apostat (1) ».

A Bordeaux, le Directoire avait tout d'abord fait preuve de modération. Mais les clubs irrités poussèrent les hauts cris et menacèrent de massacrer les prêtres qui auraient l'imprudence de se montrer en public. M. Langoiran, vicaire général de Mgr de Cicé, dut se réfugier à Cauderan, où se trouvaient déjà le P. Pannetier et M. l'abbé Dupuis. Ils ne tardèrent pas à être découverts dans cette retraite et ramenés à Bordeaux, où MM. Langoiran et Dupuis furent massacrés.

Alençon, Marseille, Cey reste, le Mans, etc., etc., furent le théâtre de scènes analogues. La situation était des plus graves. La Terreur tout entière était contenue dans ces premiers essais de persécution.

(i) BarrDel, Histoire du Clergé.

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