‹ Le PontRouge melodrame en cinq actes et huit tableauxChapitre 5 sur 62 · I'. ER V\ RD. VOUS · texte numérisé non relu

I'. ER V\ RD. VOUS

thillard. Je n’ai pas quitté mon cabinet depuis minuit.

ber y\hd. Ah' et où étiez- vous donc, tantôt, quand je suis entré?

thillard. Là, dans ma caisse.

jRomn'd t'üjiiieil de l’autre côté du bureau.) Bernard. Ali!... mai», an fait, cela m’importe peu, et ce n'est pas de cela qu’il s'agit thillard l>c quoi s agit ü?

bern ard. J'ai besoin des fonds que je vous ai confiés, et je désire vivement ..

thillard Parbleu ! la rencontre est bizarre... on vous a justement écrit hier pour vous ptier de les reprendre...

Bernard. On m’a., mais je n’ai rien reçu...

thillard. Ali! c'est étonnant !... Du reste, pnisque vous voilà, cette lettre devient inutile. Nous disions que vous veuez retirer vos fonds; ils sont prêts, monsieur, cl l'on va vous le» remettre sur-lc-champ... (Ouïra»* le guichet.) Monsieur Simon, veuillez recompter l’argent de M. Bernard; il l'attend avec impaj tieuce.

Bernard. Oh! avec impatience...

thillard Pas de phrases, monsieur; j’ai bâte d’en finir avec vous.

Bernard. El [Miurquoi donc, mon cher Thillard?

thillard. Pour deux raisons, monsieur. — B'aliord, j'ni su que vous aviez exprimé des inquiétudes sur l étal de me* affaires.

bernard. Moi...

Tniu.AnD. Vous l’avez dit, monsieur; vous vous êtes même permis, sur nia conduite, des

propos que je ne puis souffrir d’un client, d'on client qucj T ai toujours traité en enfant gâté .. car. vous en ai-je fait gagner de cet argent... [Consultant son registre ADanslesdétnumiuo* du château de Favreusc, dix mille francs...

bernard. C’est vrai; mais...

thillard. Dans les terrains de Saôoc-et- Loirc, vingt-cinq mine francs...

bernard En effet : mais. .

thii i ard. Et enfin, dans les terrains de Fontenelle, trente-deux mille francs.

BERNARD. SatlS dolllr • HiaiS...

THii-i ard. Mais, quoi?

Bernard. Cet bénéfices, je ne les ai jamais touchés.

thillard. Parce que j’ai eu de l’ainbitn-n pour vous; il inc semblait que votre fortune était la mienne ..

Bernard, timidement. C’est ce qu’il rai semble aussi un instant...

thillard. Monsieur! .

Bernard. Mais croyez bien...

thillard. Pardon, le n'ai |>as fini.

BERNARD. C’*!»l JUslC.’ VOUS avilZ UDC

deuxieme raison ; car, entre nous, la pieiniere...

thillard. la première, était une question île dignité, monsieur, et c’est pour cela qur je laïc-mise tout d'alMird. — La deuxième, n'e.-t qu’une question d'urgent. — J’ai en tram une opération de toute beauté, sur dcscluirlMW — oui. des bateaux de charbon. échoués sur la côte île Fécamp; cl, comme il ne faut qu’un million, j'ai mieux aime |»rrndre l'allaite p >nr moi seid. Car vous avouerez qu’il eût été par trop naïf, de ma part, d’associer un iugrat « des bénéfices magnifiques et certains.

uernard Ah ! vous êtes sévère pour quelque»

paroles dites en l'air et que ie regrette!..

thillard. Il est trop tard, monsieur. f lu guichet.) Dépècltons, monsieur Simon, défié*

ehons !

rernard. Oh! je ne suis pas pressé...

thillard. Suit; mais, moi, je le suis, monsieur.

(Il se lève et passe ; Bernard !« suhl .

rernard. Pardon... vous parliez d’ra>c affaire...

thillard. De charbons... des charbons superbes; on en mangerait...

bliinard. l'ofir I «quille il faudrait?

thillard. Un million, en tout.

Bernard. Et vous avez pu le faire, à vous

seul ?

thillard. Je vous avouerai, sous le sceau du secret, que je serai obligé, pour nie compléter, d'emprunter une centaine de mille francs.

bernard. Quoi! vous allez faire cela, quand vous en avez à moi plus de deux mit mille?

thillard. Que VOUS piMivcz me rerienunidcf du jour au lendemain, monsieur — D’ailleurs, je vous le répète, — cotte alf.ure est une rame d'or, et j'ai voulu l’exploiter seul.

(Il va k la cheminée, Uernard le «ait tniijour* .

bernard. Ah! c’est., une mine d’or!..

thillard. Si Ton peut donner ce nom à une opératiuu qui donnera quatre-vingt-dix pour

PCIlt.

Bernard. Quatre-vingt-dix pour cent de bénéfices?

thillard. Sansdoute...

bernard. Pardon... El il n’y a pas moyen de me fourrer dedans ...pour si peu que ce soit? TüiLLARD. C’eut impossible !

ut.HNAhD. Ne fùt-ce que pour les cent mille francs que vous serez oblige...

iiiili.ard. Ah! ce ne serait pas la peine, pour si peu.

bernard. Oh! je mettrai plus, si vous le voulez.

thillard. Parbleu ! plus vous mettriez, plus vous aligneriez .. finot!

Bernard. Voyons, Thillard — il ne fera pjs dit que deux vieux am i» comme nous »e hî-

ronl fâchés pour de* commérage*. — A votre litres, je voudrais m'accatiler *ous le poids de vu» bienfaits : — proncz-inui cent mille francs.

tkiu-ard. Non, mousieur, non. — Vous m'avez trop froiss* ; .

bemard. Eh bien, voyons cinquante inille?

Ttiaunp. En hotniiiuic qui tu me traiter partout de prodigue et du viveur!

beryxrd. J’étais dans lYrieur. — Vous êtes t;n nègre pour le travail, et un saint Autoiuc pour les munir*.

uiiii . ap . d , w levant; Bernard rr$te assit sur le canapé où il avait suivi Thillard. Vous vous trempez, monsieur : j'atme le plaisir; je l’aime même beaucoup, le plaisir; unis comme diversion au» rudes lal^ur*, aux longues nuits d’un travail devoraot. Et pui.-, je gagne beaucoup d'argent, monsieur; et, cet argent, voulez-vous que je l'enterre, une je l'enfouisse, comme un avare stupide ?.. Lu l»»n citoyen n’a pas le droit d'agir ainsi, lict argent, qui est entré l iiez lui par cent p/rtes, doit en sortir par cent fenêtres. H retond ht en cascades féç-.ndante» sur le comme rr* et l'industrie! Bjvi, je suis un viveur, monsieur, tuais un viveur philanthrope rt liumanilaire!

ruoard. Mais je n’ai jamais dit autre diose, nu i !

tuillarü. Pardon, monsieur; vous ave* oublié d'ajouter philanthrope et hunianitairu î $fjr %rp Celait dans ma pensée, et je vous promets de l'ajouter à l'avenir.

TCiiLMib Bien vrai?

hcrnard Je vous le jure; nuis vous me prenez dans l'affaire?

th.ixakd. C e 4 qu'en vérité...

Bfemard. TbiUard, si vous me refusez, j'irai dire partout que vous garde* vus bonne» opérations pour vous seul.

imm.akh. Pour faire croire que je n'aisocie nies clients qu'aux affaire* douteuses?

Bernaud Ce sera voire faute.

iuii lahd. Vous ne direz pas cela, monsieur.

utJLVARü. Vous me prenez mil mille francs?

thu lard. Je vous pu mis tout!

eernard. Et moi, je vous prends au mol !...

et même...

(Fouillant à »a pocl'»*)

TWiuro. Et même... que vmifcz- vous dire?

rerxard. Voici trente md^ ecus, que j’alhu»

placer en biens fond* tiui.i.ard , arec •aéprit. A deux et demi ?

bkunvrd. J‘<u> fou! cl je vous somme de les earbo-eîcr!... et cela, au nom de...

T oti.lard. Assez, monsieur... [Prenant le {fùrlrfeuilU.) Ils sont carbonisés.

[Il va à «ou bureau et écrit.!

ar.RH ari». Que faites- vous là ?

thillard. Vous m’avez surpris ; mais un honnête homme n’a que sa parole; voici votre reçu.

itRSAio. Et vous me pardonnerez?

thillard. V.ms ne le méritez guère...

■buvard. Mon ami! thillard. Et je vous pardonne!

•ervard. d part. Allons doue ! (Il lui serre lammn aux effusion. Haut.) Adieu, mon ami.

[A part.) Je l'ai roule!... (Uaut.) Adieu, adieu.

(Il sort.)

BCfcNE V.

TilILLAiU) , i.e DoaryriQiK , pain COUSE et MADAME DE VAL.

tuile ard. Cupide et stupide... c'est pain béni!...

(Dësq'ic Bernard c«t «orti, le Doraoitique rentre.)

le domestique. Madame vient d'arriver; faut— il la fane entrer?

LE PONT-ROUGE

trillard. Ma femme? certainement! [A pari) Attention, là! (Le domestique rentre suivi de ni'ula tue Titillant ; allant au-detanl (Tel Ig.) Ah' chère amie, je te suis bien reconnaissant.. ( Apercevant madame Durai. ) Votre mure?...

madame dut al. Oui... sa mère!... Vous ne m'uticmlicz pas . monsieur?

mu i.vnn. l.n elfet , madame, et je trouve étrange ..

madame dcvai.. Von* trouvez étrange qu'une nv-re vienne cmpiclier sa fille de se laisser dépouiller?

thillard. Madame!

lonw. Ma mère !

madame in iv al. Je le sauverai malgré toi, ma fille. I l Th t /tard.) J'ai surpris, pir hasard , la lettre que vous avez envoyée oe matin à votre femme : le langage même de celte letire, Imite gracieuse et toute caressante, ne m’a pas laissé •le doute sur vos intentions ; car vous lui écriviez à peu pics dans le même style, le jour où vous hu ave* arrache la signature qui a mis *» fortune dans vos mains.

tu u. lard. Je n’ai qu’une chose à vous répondre. madame; puisque j’ai... arraché à votre' fille une signature oui m'a livré sa fortune , je ifai plus rien à lui demander.

madame duau. Pardon, monsieur; un homme comme vous, un pareil homme ne saurait faire grée»: à sa victime, avant d'avoir pressé son c eur jusqu'à la dernière larme et sa bourse jusqu’au dernier sou.

î iiillard. Oh! des phrase*!... mai* encore une fois, madame. .

madame w val. Je vais droit au fait. Ma fille a des damants pour une somme importante...

nuu-ARD, à jwrf. Je le sais Non!

madaiik Drv al. Des diamant < que son père lui a donne-. , qui sont à elle , à elle seule ; des duttui lit* dont le prix peut la nu tire au-dessus de l»i roin, quami vous» l'aurez réduite à relie I dernière rebsnwrc... Mais vous ne voulez même |M ta hu laisser. — Von* voulez la plon> j ger don* la tniscix- la plu* complote, n’est-cc j p**f — Mai* rda ne sera pas, monsieur ; j’y ai mi* bon ordre C<* diamant*, le* voici. ..j-- vais les confier « des miins auxquelles vous tenteriez eu vain de le, s soustraire. El maintenant : une nia fille n'a plus t ien à donner, je vous la . laisse, inomieur ; déployez toutes les re-sour-

1 ce» île votre adresse «t .le votre rl-iquence

! ri vous parvenez « toucher son rieur, celle . fois, du moins, vou* n'en ferez sortir que des ! larmes. Adieu, monsieur... et , si vous di-paruis'pz un de ce» jour*, Iwn voyage. Adieu, ma fille, adieu... du courage I

Elle »i>rt par la gauche.)

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