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Le déclin après le traité de Paris : Révolution, Empire et première moitié du XIX° Siécle
Le traité de Paris de 1763 consacra la perte de la plupart de nos colonies d'Amérique et amena la ruine du commerce rochelais avec nos anciennes possessions du Nouveau Monde. Les protestations de la Chambre de Commerce contre la cession à l’Angleterre des « quelques arpents de neige » que nous possédions au Canada étant restées vaines, les Rochelais tout en regrettant encore les abandons de notre politique coloniale recherchèrent de nouveaux débouchés pour le commerce, et pour redonner au port son ancienne prospérité, ils réclamèrent de nouveau l’amélioration de ses ouvrages. À cet égard, le mémoire remis en 1774 par la Chambre de Commerce à l’intendant de la généralité au sujet des intérêts de la Ville est symptomatique de cet état d’esprit (1).
RSR Te Son port fait dans le XII° siècle pour contenir des vais- « seaux de 150 à 200 tonneaux a été longtemps celui où la France « a trouvé ses plus grandes ressources pour l'établissement et l’ac- « croissement de ses colonies. C’est à La Rochelle qu’on a vu s’éle- « ver les deux premières compagnies qui entreprirent le commerce
-« des noirs en Guinée. C’est La Rochelle qui avait établi la Loui- « siane et le Canada; c’est à La Rochelle et par un vaisseau roche- « fais qu'a été transporté la première barrique de sucre fabriquée « dans les colonies ; c’est La Rochelle qui, après la perte du Canada
(1) Cité par GARNAULT : le commerce rochelais au XVIII siècle.
« avait déjà attiré à la Louisiane la traite de ses pelleteries, et l’eût « peut-être fait oublier lorsque la cession de cette colonie à l’ Espagne « est venue traverser ses espérances; c’est La Rochelle, enfin, qui « seule, malgré ces obstacles, conserva des habitudes avec la Loui- « Siane, y envoie ou en reçoit encore de temps à autre quelques « vaisseaux, tristes vestiges du commerce qu’elle eut pu pratiquer, « mais qui semblent ne se conserver que pour marquer le degré « d’utilité et de rapport où elle aurait pu porter cette colonie, si elle « eut été conservée à la France... Tout récemment encore, ces îles
. « Malouines (2) qui ont failli rallumer la guerre fixaient l’attention « des Rochelais et eux seuls ont pris la faible part du commerce « qu’elles pouvaient ouvrir. La liberté rendue à la navigation des « Indes Occidentales occupe actuellement sept de leurs vaisseaux, « mais cet avantage est altéré et leurs projets arrêtés par l'obligation « de désarmer et de verser les chargements dans le port de « Lorient... ».
Les efforts des Rochelais ne purent redonner au commerce sa prospérité d'antan. À la suite du traité de Paris en 1763, 31 maisons de commerce avaient fait faillite et la flotte rochelaise décimée par les croisières anglaises restait fort diminuée : en 1765, elle comptait 59 navires jaugeant ensemble 12.740 tonneaux.
En cette même année le commerce se chiffrait :
Avec les pays d'Europe :
LTPOTNO SNS Sin ne 999.446 livres ÉXDOTIAHONSE MR. ri a. 5.560.686 livres / Avec les îles et les pays d’outre-mer : | TIADONIHONS = Ne act ner 3.228.529 livres EXDORQHONS NS 2 er etes 1.830.774 livres
Une nouvelle denrée coloniale fort prisée en France apparaît à partir de 1770 : le café, récemment implanté aux Antilles. Les navires rochelais en raportent des cargaisons valant de 30.000 à 100.00€
(2) Aujourd’hui îles Falkland.
livres. En 1770, la traite des noirs occupe dix navires et le ravitaillement des îles dix autres.
Le commerce, grâce à la paix reprend, en 1775 il monte à : Avec les pays d'Europe :
IMDOTIQONS 207 one mess tente 7.220.731 livres
EXPOTQUDNRS rue 2.571.570 livres Avec les îles et les pays d’outremer :
IMDOTITHONS . = Me -sr 1 çeee 4.697.423 livres
Exportations CRE EE 4 Le 4.972.061 livres
pour 52 navires jaugeant 12.890 tonneaux.
La guerre pour l’indépendance des Etats-Unis fait naître de nouveaux éléments de trafic, mais les Américains supplantent rapidement les Français dans le ravitaillement des îles. En 1786, il n’y a plus que 6 navires rochelais qui s’en occupent contre 24 employés à la traite des noirs.
Pour faciliter l'établissement de relations commerciales suivies avec les Etats-Unis, La Rochelle sollicita, mais en vain, de devenir port franc.
En 1788, une crise économique violente éclate. Les quatre dernières raffineries rochelaises qui avaient subsisté font faillite. Les ports francs du royaume se livrent, sur une grande échelle, à une contrebande du sucre ruineuse pour le port de La Rochelle.
Un nouveau programme de travaux pour l’amélioration du port avait été dressé dès 1769 sur l'initiative de la Chambre de Commerce ; il prévoyait : le curage du chenal et son approfondissement ; la création d’un chantier de construction au nord du port, d’une jetée au sud le long du chenal; le creusement d’un bassin à flot; l’établissement d’une écluse de chasse et l’agrandissement du havre d’échouage. L’exécution en fut immédiatement entreprise, mais elle devait durer près d’un siècle. |
La Révolution porta un nouveau coup au commerce rochelais. Dans leurs cahiers de doléance aux Etats généraux, les Roche-
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lais avaient demandé la liberté du commerce d’outrefner par la suppression des compagnies commerciales privilégiées et en particulier de la Compagnie des Indes Orientales ; la règlementation et la diminution des droits sur les principaux produits importés par le port, savoir le sucre, le café, les charbons anglais et la morue. Cette dernière mesure devait diminuer indirectement les avantages des ports francs concurrents et permettre d'obtenir un prix de revient plus bas de ces marchandises pour en accroître la diffusion.
Un des premiers actes de la Révolution fut de supprimer les Chambres de Commerce comprises dans la vague d’hostilité qui se manifesta contre tous les corps ou compagnies privilégiées. Cette suppression fut réalisée par un décret royal du 27 septembre 1791 promulgué le 16 octobre 1701.
La guerre qui reprit dès 1792 anéantit définitivement les derniers vestiges du commerce avec les îles. La révolte des noirs de Saint-Domingue ruine les établissements que les Rochelais y avaient installés. L’insurrection de Vendée interrompt, en grande partie, les communications avec l’intérieur du pays.
Le Consulat rétablit les Chambres de Commerce par une loi du 28 ventôse de l’an II (19 mars 18o1) et le Conseil de Commerce de La Rochelle est installé solennellement le 2 janvier 1803.
L'Empire ne peut ramener la prospérité passée : les colonies sont perdues ou inaccessibles. L'expédition de Saint-Domingue du général Leclerc échoue complètement et l’île reste définitivement perdue. Le commerce marchand est sur mer anéanti par les croisières anglaises. Quelques tentatives pour renouer des relations commerciales avec les Etats-Unis ont bien lieu de 1800 à 1811, mais le blocus continental vint bientôt les réduire à néant.
Mais si le trafic commercial fut insignifiant pendant un quart de
siècle, le programme de travaux de 1769 fut néanmoins continué pour
permettre au port de soutenir plus avantageusement la concurrence et de conquérir de nouveaux débouchés au retour de la paix. Le
bassin à flot intérieur prévu par un arrêt du Conseil d'Etat du 31 Mai 1773 et dont les travaux étaient adjugés depuis le 1° Octobre 1:70 est achevé et inauguré le 24 Décembre 1808, offrant au commerce des quais d’un développement total de 338 mètres. Dès 1793, la largeur du chenal d’entrée avait été portée à 60 mètres. Sous l’Empire, on construit les quais verticaux actuels du havre d’échouage.
Sous la Restauration la paix établie amène une recrudescence de l’activité commerciale. Les échanges avec les Etats-Unis reprennent. L'industrie de la pêche se développe. De nouvelles raffineries de sucre s'installent. Les importations consistent alors principalement en bois scandinaves et en charbons anglais. Les exportations d’eaux- --de-vie sont importantes.
Mais le trafic de La Rochelle est à nouveau handicapé par l’insuffisance de son port. Les travaux exécutés entrepris depuis fort longtemps ne correspondent plus lors de leur achèvement, aux nécessités du commerce maritime et aux progrès de l’architecture navale. Le bassin à flot vient déboucher dans ls havre d’échouage et n’est accessible pour les navires que pendant une trop courte période de la marée. L'absence de voie fluviale vers l’intérieur du pays se fait aussi cruellement sentir. Le canal de La Rochelle à Marans entrepris sous l’Empire reste inachevé et son gabarit est insuffisant. C’esi à cette époque que les grands ports fluviaux de la côte atlantique : Nantes et Bordeaux desservant un vaste arrière-pays prennent sur La Rochelle une avance qu’il sera difficile à cette dernière de rattraper.
Le mouvement du port augmente d’une manière continuelle, mais trop lentement. C’est une période de demi-sommeil pour le port qui semble se résigner à n’être qu'un port secondaire utilisé pour les seuls besoins d’un arrière pays très restreint. |