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LES MARCHANDISES

A r importation. — Et ces changements mêmes, en dehors de la diminution générale du trafic, laissent soupçonner des modifications sérieuses dans la na-

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ture des marchandises transportées, au moins quant à leur importance relative.

Houille. — A l'arrivée, c'est encore la houille qui constitue la masse principale des marchandises. Paris a toujours besoin de chauffage, de lumière, de force motrice et les besoins des usines de fabrication compensent, en ce sens, les restrictions imposées par la guerre à la lumière, aux transports. C'est encore près de 4 millions de tonnes que les péniches déversent sur les terre-pleins parisiens (3. 900.000 en 1918). La diminution totale par rapport à 191 3 est donc faible. Sans doute l'Oise n'amène plus guère les charbons du Nord (3oo tonnes en 1918) ; mais la Basse-Seine transporte un surcroît de houilles étrangères, anglaises surtout. Et c'est la houille qui, pour une large part, a accru le trafic de cette voie pendant la guerre (3. 800. 000 tonnes), c'est pour l'arrivage sûr et rapide de ce produit précieux surtout que l'autorité militaire s'est efforcée d'améliorer les conditions de navigation et de déchargement sur la Seine aval. Les résultats sont probants. La voie d'eau apporte ainsi sinon les deux tiers, du moins, d'ordinaire, beaucoup plus de la moitié du charbon destiné à Paris, le reste venant par voie ferrée. L'utilité de la voie d'eau s'est manifestée plus vivement que jamais pendant la guerre.

Bois. — Mais la disette de charbon (mines ruinées, épuisement des stocks, diminution de rendement) a paru bientôt menaçante sur le marché mondial, eu égard aux demandes sans cesse accrues. Pour lo chauffage particulier, notamment, il a fallu recourir à d'autres moyens. C'est ainsi qu'un des articles les plus an-

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ciens du trafic parisien, dès longtemps fort réduit dans la nomenclature des transports, a trouvé un regain de vie. Le bois de chauffage qui n'entrait en ligne de compte que pour 6/i.ooo tonnes en igiS, composait un tonnage de ii/i.ooo en 1918, dont 69.000 venues par la Haute-Seine, 3i.ooo par l'Yonne. Par contre, bois d'œuvre, bois de construction sont bien moins demandés, moitié moins (100.000 tonnes) qu'ils ne l'étaient jadis.

Matériaux de construction. — C'est l'indice de la diminution fatale et considérable d'une industrie parisienne qui comptait parmi les plus prospères et les plus riches, parmi celles qui fournissaient aux fleuves l'occasion d'un trafic occupait la première place dans les arrivages. Les 5 millions de tonnes qui, en 191 3, formaient l'énorme bloc de plâtres, pierres, sables, de tous les matériaux de construction arrivés par eau, les voici réduits à i million I Certes, cette diminution est une cause majeure de la baisse du trafic total. Si l'on construit des usines, des bâtisses légères, on a arrêté, réduit au minimum les grands travaux et l'industrie du bâtiment s'est fort restreinte. Nombreuses encore, en 191 9, sont à Paris les maisons inachevées ; nombreux les chantiers abandonnés et la hausse des prix entrave une rapide résurrection. Quoi qu'il en soit, les matériaux sont toujours produits surtout par les régions de l'amont et c'est la Haute-Seine (7 à 800.000 tonnes) qui détient la première place.

Denrées alimentaires. — Par contre, étant donné l'encombrement, l'usure, la pénurie du matériel roulant, il a fallu demander à la voie d'eau de secourir

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davantage le chemin de fer pour le ravitaillement en vivres de la population parisienne. De ce fait encore l'un des commerces essentiels des cours d'eau parisiens sous l'Ancien Régime a subi une recrudescence d'ailleurs prévue — notamment par M. Maury — pour les périodes de crise. Tandis qu'en igiS, les denrées alimentaires occupaient seulement 6 % du mouvement total des arrivages, la proportion montait à lo % en 1917 et se maintenait encore à 9 % en 1918. L'augmentation absolue n'existe que pour 1917 (770.000 tonnes), car en 1918, on a moins de 700.000 tonnes. Car si le tonnage des céréales a augmenté, celui des boissons a beaucoup diminué et celui des sucres, poissons, etc., a subi des oscillations notables. Il n'en reste pas moins que ce n'est pas de ce côté qu'il faut chercher une cause de l'affaiblissement du trafic total de Paris. Bien plutôt la part de ces articles se présente en augmentation. Pour les céréales, c'est encore par la Basse-Seine (apports étrangers) que se livrent les stocks les plus importants ; toutefois la Haute-Seine a bien accru sa part et l'ancienne demande à l'amont, jadis unique, présente plus d'intensité. Paris concentre ses forces et redevient davantage tributaire des pays immédiatement voisins. Dans le même ordre d'idées, pour les vins, spiritueux, boissons diverses, tout en conservant le i" rang, la Basse-Seine n'a plus la supériorité écrasante de jadis ; Yonne et Haute-Seine fournissent plus et la diminution totale semble bien provenir ici, précisément, d'un moindre apport de la Basse-Seine. Pour les sucres, au contraire, elle garde tous ses avantages tandis que la ruine de nos sucreries du Nord et du Nord-Est réduit à rien l'apport de l'Oise.

Matières industrielles. — Les matières nécessaires à l'industrie (minerais, fontes, ferrailles) très demandées par les fabrications de guerre ont augmenté leur apport : 253. ooo tonnes en igiS, 4oo.ooo en 1917, 579.000 en 1918. La principale voie employée est encore la Basse-Seine, avec un accroissement notable, puis vient la Haute-Seine tandis que l'Oise perd beaucoup encore ici.

Augmentation encore pour les produits industriels (savons, tissus, chiffons, etc.) qui passent de 340.000 en 1913 à 400.000 en 1917 et 570.000 en 1918. Les industries parisiennes réclament davantage ces produits, matières premières ou semi-ouvrées, toujours provenant par grosses masses de la Basse-Seine. De même les machines et métaux ouvrés (100.000 tonnes, contre 3oo.ooo environ avant la guerre).

Engrais. — Quant aux engrais, gadoues, déblais, les produits classés sous cette rubrique ont diminué de moitié.

Ainsi Paris, tout en recevant une quantité presque semblable de houille, a reçu plus de denrées alimentaires et de produits industriels. Mais la baisse atteint de façon remarquable les matériaux de construction et c'est à cette cause surtout qu'est due la diminution des arrivages dans leur ensemble.

A l'exportation. — Au départ de Paris, c'est encore la diminution des matériaux de construction et des déblais qui apparaît comme la cause principale du déficit des expéditions par rapport au total d'avantguerre.

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Engrais, houille. — A cette époque encore, la rubrique engrais compte parmi les plus fournies avec 43o.ooo tonnes ; mais c'est une diminution de près de 5o % par rapport au temps de paix. Et le premier rang revient à la houille dont les 462.000 tonnes se dirigent en majeure partie vers la Basse-Seine (banlieue) ou la Haute-Seine. Paris distribue, plus qu'autrefois, le précieux combustible. Le bureau central des charbons fait expédier de Rouen par Paris, jusqu'au canal du Loing 3. 000 tonnes de houille par mois, pour le Berry, en 191 7. C'est une des rares rubriques qui présentent une augmentation par rapport à igiS.

Machines, métaux. — En augmentation aussi les machines et métaux ouvrés (34ooo tonnes au lieu de 2.000) dirigés surtout vers la Haute-Seine et qui exprimeront le travail intense de l'industrie parisienne pendant la guerre. De même les minerais, ferrailles, fontes qui répartissent 210.000 tonnes (contre 100.000) entre la Haute-Seine surtout, la Basse-Seine et autres voies d'eau.

Dans tous les autres compartiments, on constate au contraire un fléchissement plus ou moins considérable.

Denrées alimentaires. — En ce qui concerne les denrées alimentaires, guère de changements, plutôt baisse surtout pour le sucre, en forte diminution. Au total 82.000 tonnes contre 1.400.000 en iQiS.

Produits industriels. — Diminution encore s'il s'agit des produits industriels (savons, tissus, droguerie, etc.) qui ne comptent plus que pour 117.000 tonnes

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réparties à peu près également entre Haute, Basse- Seine et Yonne au lieu de î33.ooo.

Bois. — De même pour les bois d 'œuvre et de ccnstruction : i5.ooo tonnes au lieu de 35.ooo.

Matériaux de construction. — Mais c'est surtout lorsqu'il s'agit des matériaux de construction que le déficit se révèle énorme. Au lieu de 3.299.000 tonnes chiffrées en 191 3, ce ne sont plus que 417.000 tonnes ! L'Oise ne transporte plus guère les plâtres vers le Nord et la Haute-Seine ne voit plus passer ces péniches nombreuses chargées de scories, de déblais, déchets des grands travaux parisiens I Sur la Haute-Seine, on ne compte plus que 218.000 tonnes au lieu de 2.3oo.ooo I

Ainsi, à l'exportation comme à l'importation, le principal fléchissement provient de la diminution vraiment formidable du trafic des matériaux de construction et des déblais.

La guerre, en arrêtant les grands travaux de construction, a fortement diminué le trafic du port de Paris. C'est par millions de tonnes que, du même coup, se solde le déficit du mouvement, aussi bien au départ qu'à l'arrivée. Et si le ravitaillement de Paris en vivres et matériaux nécessaires à l'industrie a causé un accroissement certain dans l'apport de ces produits ; si des rubriques, depuis longtemps peu alimentées, ont repris quelque vigueur, l'ensemble du trafic cependant conserve sensiblement les mêmes caractères. La guerre n'a pas apporté de modification profonde qui semble durable. Mais elle a prouvé la complexité du rôle de ce port, la permanence des conditions naturelles qui firent jadis, au début, sa valeur,

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l'importance que peut prendre dans le commerce général, la teinte industrielle. Elle a manifesté aussi le bienfait de certains travaux et d'une organisation plus une.

Pour Paris, plus que pour tant d'autres ports, la guerre détermina une crise grave. Les facilités d'adaptation du réseau parisien et l'énergie de tous ont permis de la traverser sans trop de dommages, sans rien compromettre pour l'avenir. Même réduit à g millions de tonnes, Paris vient encore au second rang des ports français, immédiatement après Rouen (lo millions), bien avant Le Havre (5.980.000). Une fois de plus murmure, à travers la « grand'ville » la vieille formule : « Fluctuât, nec mergitur. »

IS'ota : Le fleuve a joué son rôle dans la bataille. Dès septembre 191 V des péniches amcnaprées amenaient, de Nancy à Paris, un convoi de ho blessés. En juillet-août 191 5, plus de 4.000 blessés ont été transportés ainsi de la Marne à Paris.

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