LA DISPOSITION DU PORT
Les ports de Paris. La Seine. — Ainsi se trouvent dispersés sur 60 à 70 kilomètres les divers établissements qui composent le port de Paris. Longueur considérable qui exprime, au moins en partie, l'importance du port. De La Briche à Ghoisy-le-Roi, la
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Seine s'étend sur environ 42 kilomètres, voie magnifique dont les méandres même servent la vie de l'immense emporium en allongeant à travers ses maisons la voie d'eau et ses postes d'accès, dont 12 kil. 337 pour la traversée même de Paris (( intra muros ». Vraie rue glissante à travers la cité illustre. Doucement, d'ordinaire, les eaux suivent la pente faible, avec la majesté d'un fleuve qui reflète dans ses eaux tant de siècles d'histoire et qui continue à susciter une vie intense. Depuis le barrage du Port à l'Anglais (Vitry-sur-Seine) qui arrête un peu les eaux venues du port de Choisy-le-Roi, jusqu'au barrage de Suresne, c'est un bief immense de 3 m. 20 de profondeur (en amont, la Seine n'a que 2 mètres). Alfortville, Ivry, Charenton se succèdent. Puis c'est Paris où le fleuve n'enserre plus que deux îles, Saint- Louis et la Cité, celle-ci surtout, dans la brume automnale, semblable à un vaisseau svelte et puissant dont l'étrave serait au Pont-Neuf et l'étambot au chevet de Notre-Dame, réplique admirable de la nef symbolique qui figure dans les armes de la capitale. Là, dans le petit bras, au Sud de la Cité, l'écluse de la Monnaie (i85i) barre le courant, à peine divisé plus loin par la moderne et étroite allée des Cygnes. De temps à autre, des matériaux amoncelés, des bateaux arrêtés indiquent une escale, un port : ports larges de Bercy et de la Gare, ports actifs de la Râpée, d'Austerlitz et de Saint-Bernard ; puis, plus discrets, St-Paul, la Tournelle ; au pied du Louvre des anciens rois, le port St-Nicolas où s'amarrent des cargos à vapeur ; le port d'Orsay, non loin ; à l'île des Cygnes, à Passy, à Grenelle, surtout à Javel, on retrouve à la sortie de Paris, l'activité remarquée aux escales près
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de l'entrée. Dès lors, un peu plus libre, moins strictement emmurée, la Seine, rafraîchie par la verdure — sans cesse restreinte — de quelques îles (Billancourt, Seguin), baigne Issy, Bas-Meudon, Sèvres, St- Cloud et aussi Boulogne-Billancourt, puis Suresnes ; autant de ports jalonnant la courbe gracieuse qui commence le méandre de Gennevilliers. Un moment, le Bois de Boulogne, à droite, vaut au fleuve un aspect agreste un peu entrevu aux abords de St- Cloud. Les maisons, les cités reparaissent vite, serrées le long de cette voie précieuse, profonde de plus de 3 mètres. Voici l'île de Puteaux, celle de la Grande Jatte, celles des Ravageurs et de Robinson, enfin la grande île St-Denis, tandis que, sur les rives, se suivent les ports : Puteaux, Courbevoie et Levailois, Asnière et Clichy, St-Oucn, St-Denis, enfin La Briche.
Canaux St-Denis, St-Martin, de VOurcq, bassin de la Villette. — A La Briche arrive le canal Saint-Denis, long de 6 kil. ooo, commencé sous le Premier Empire, achevé en 182 1, entravé par 7 écluses, approfondi à 3 mètres. Sa création répondait, dans l'idée de Bonaparte, à la nécessité de relier à la Basse-Seine les bassins projetés à La Villette pour éviter des travaux qui, en Seine même, dans Paris, auraient nui à l'esthétique du fleuve historique et exigé de coûteuses démolitions. Ce canal, toujours encombré de péniches, vient, par Aubervilliers et Stains, se relier, devant les abattoirs, au canal de l'Ourcq. Celui-ci, depuis Pantin (i kilomètre) offre un mouillage de 3 mètres. Entrepris sous le Premier Empire, et exploité dès 1826, il devait alimenter les bassins de
la Yillette. Mais il doit aussi fournir un appoint d'eau à la Ville de Paris, de sorte qu'en période de sécheresse, le niveau se trouve parfois abaissé au point de gêner la navigation. Les bassins de la Villette dont Napoléon F'" voulait faire la grande gare d'eau de Paris comprennent un bassin de 770 mètres de long sur 70 de large prolongé par un autre de 800 mètres sur 3o qui le relie aux canaux de l'Ourcq et de St- Denis. Ici encore, on trouve 3 mètres de profondeur. Malheureusement, le canal Saint-Martin qui termine cette liaison Basse-Seine et Marne avec la Haute-Seine n'a que deux mètres d'eau, ce qui crée un obstacle à la navigation des grosses péniches sur le réseau qu'il relie à la Seine. Livré à la navigation, en 1826, il traverse Paris sur 4 kilomètres. Mais la création du Boulevard du Prince-Eugène en 1869-1 861 (aujourd'hui Boulevard Bichard-Lenoir) amena, sur 2 kilomètres, la transformation du canal à ciel ouvert en canal sous tunnel. 9 écluses rachètent la pente, entre le niveau de la Seine (26 mètres) et les hauteurs de la Villette (5o mètres environ). De telle sorte que dans le Nord-Est de Paris, en pleine ville, de vastes surfaces d'eau, reliées des deux parts à la Seine, constituent un port important pour la navigation commerciale. Et ce n'est pas sans étonnement que beaucoup de Parisiens eux-mêmes, au hasard de leurs pérégrinations à travers les quartiers du Nord-Est, rencontrent tout à coup, au milieu des hautes maisons qui se pressent, cette nappe d'eau, ce port, avec ces péniches qu'on est accoutumé à ne voir que sur la Seine ou <( à la campagne », avec cette activité particulière qui évoque de lointaines navigations à travers des paysages calmes et verdoyants.
La Marne. — Enfin se trouve englobée dans les limites du port de Paris, la dernière — et célèbre — boucle de la Marne qui retarde sa jonction avec la Seine de près de 20 kilomètres, mais coupée, à travers l'isthme de Saint-Maur, par un canal souterrain sur 600 mètres, qui se prolonge par le canal de St-Maurice (5 kilomètres en tout) jusqu'à Charenton, jusqu'au point où les eaux crayeuses de la Marne viennent troubler le flot plus pur de la Seine. Nogent, Joinville, Gharenton, Créteil et Bonneuil en sont les ports, sortes de petits-postes en avant de Paris.
L'ensemble des ports. — On aperçoit ainsi, dispersés de la Marne inférieure à la Seine de Gennevilliers d'une part, dispersés autour du système dont les bassins de la Yillette sont comme le cœur, un grand nombre de petits ports ; en somme une magnifique artère fluviale doublée d'une dérivation canalisée, mais sans qu'on rencontre nulle part ce rassemblement de bassins, cette concentration de « garages )) qui caractérise nos grands ports modernes. A peine la création de la Villette représente-t-elle une tentative en ce sens, et encore trop lointaine, puisque imaginée sous le Premier Empire. La faute en est aux circonstances historiques. Dès les premiers temps, elles ont fait de Paris un port singulièrement actif qui, par la suite s'est étendu, comme la ville, tout le long de la Seine. Mais très tôt aussi, le « fleuve royal » a attiré monuments et maisons qui lui composent une marge historique sans pareille, de sorte que descendre ou n^moiiter la Seine parisienne, c'est passer en revue, en quelque sorte, les fastes de notre
Histoire. Et dès lors, Textension du port en largeur se trouve interdite, et au moment où la vie économique impose partout unité, concentration, ici la dispersion demeure. Compensée un peu, il est vrai, par la spécialisation plus ou moins nette de certaines de ces escales (les vins à Bercy, par exemple, ou le trafic anglais à St-Nicolas). Quoi qu'il en soit, le port de Paris offre ainsi une disposition d'ensemble originale, caractéristique, — qui appelle des améliorations nécessaires.