‹ Le Portefeuille de la jeunesseChapitre 12 sur 102 · MORT DE MARIE STUART · texte numérisé non relu

MORT DE MARIE STUART

Depuis le moment de son procès jusqu'à celui de sa mort , Marie-Stuart montra un

\l LES FEMMES,

admirable mélange de noblesse , de sensibilité, de grâces touchantes, de piété courageuse. Ce lut un de ses plus zélés serviteurs qui, en se roulant à ses pieds et s'arrachaut les cheveux, lui apprit la décision fatale. Elle ne s'occupa que de le consoler, distribua des gages de souvenir à tous ceux qui l'entouraient , et , après s'être quelque temps recueillie, elle tira une hostie autrefois consacrée par le pape Pie V, et qui suppléa pour elle à l'exercice du devoir religieux qu'on avait la barbarie de lui interdire. Ce fut ainsi qu'elle passa la nuit. Quand le jour parut , elle revêtit la seule robe magnifique qu'elle eût conservée , en disant qu'il fallait se présenter décemment à une telle solennité. Le comte de Kent, chargé d'ordonner les affreux préparatifs , porta la cruauté d'un fanatique dans cette mission. Il lui refusa la permission de dire adieu à ses femmes, en affectant de croire que cette scène énerverait son courage. « Je suis, lui dit-elle pour toute réponse,

cousine de votre rciue , descendante du roi Henri VII, veuve d'un roi de France, et reine d'Ecosse. » Elle se rendit d'un pas ferme dans l'appartement où l'échafaud était préparé, et dans ses prières elle nomma la reine Elisabeth , en lui souhaitant les bénédictions du ciel. Elle commençait à se déshabiller à l'aide de deux femmes , lorsque l'exécuteur se présenta pour les assister. La reine sourit, et dit qu'elle n'était pas accoutumée à être servie par de tels valets de chambre. Elle fut frappée, etexpira. Un ministre anglais s'écria : « Ainsi périssent les ennemis de la reine Elisabeth. » Le comte de Kent fut le seul des spectateurs qui répondit amen.

Page 1