SUR LES PATRIARCHES
Depuis le déluge jusqu'au temps du patriarche Abraham il se trouve une lacune dans l'histoire des femmes.
Nos premiers pasteurs ne dédaignaient aucuns travaux. Gédéon et Amurath prêtaient la main à ceux du ménage et de la culture. Pour bien recevoir les auges, Abraham alla lui-même prendre un veau
dans ses troupeaux , le dépouilla , et le remit à sa femme pour le préparer.
Les femmes , dans ce temps , étaient chargées de moudre le grain • elles étaient deux employées à cet ouvrage , même du temps de Jésus-Christ.
Leur grande occupation consistait aussi à filer ; elles se servaient de la quenouille et du fuseau.
Il paraît que leurs amusements se réduisaient à quelques danses , à quelques chansons. Plus on fait de recherches à ce sujet , plus on est en droit de croire qu'elles étaient alors forcées à tant d'occupations , que la cessation du travail , les jours de repos , étaient leur seul plaisir.
Les hommes pouvaient alors répudier leurs femmes , sans autre raison que leur bon plaisir. Ils avaient de plus le droit d'annuler tous les serments , vœux , engagements de leurs filles ou de leurs femmes, pourvu toutefois qu'ils n'eussent pas été à portée de les entendre prononcer; autre-
ment leur opposition devait se manifester an moment même.
Rien ne prouve mieux que ces coutumes l'asservissement auquel les femmes étaient réduites. On voit que leurs pensées et même leurs volontés secrètes étaient soumises aux hommes. Dans ces temps d'ignorance, cette barbarie était plus excusable que l'injustice des lois envers les femmes dans les siècles de lumière.