LES MAURES
Plus on lit l'bistoire , plus on doit remarquer , en comparant les différentes époques, que les femmes, pour briser leurs liens, conjurent communément , sans avoir besoin de se communiquer leurs desseins , et marchent au même but , dans un instant favorable , par une convention tacite dont leurs intérêts seuls les avertissent. On ne peut croire que , dans ce plan suivi qui les porte à fuir l'esclavage , et qui leur fait désirer la domination, elles aient toujours été conduites par un motif louable' mais, néanmoins elles ont montré une énergie , et surtout une suite qui
LES FEMMES. 1 l5
semblent contraires à leur naturel. Il faut au reste leur rendre justice : soit douceur, soit faiblesse, si elles ont partagé les erreurs des hommes, leur douceur et leur faiblesse les ont empêchées de s'associer aux cruautés qui ont désolé la terre. Quelques unes en particulier furent des monstres : on ne se rappelle qu'avec horreur de Frédégonde , de Brunehaut et de quelques autres qui se sont couvertes d'opprobre; mais jamais les femmes ne se réunirent pour soutenir un système d'atrocité. En France le régime de la terreur fut l'ouvrage des hommes seuls. Les femmes n'y furent que victimes. Robespierre ne trouva pas une amie, et c'est au bras courageux d'une femme que la France dut le bonheur de se voir délivrée de Marat... Les femmes en Asie , victimes sacrifiées par la religion de Mahomet, averties par leur instinct du danger qui les menaçait , pouvaient poignarder le prophète , et elles le laissèrent vivre.
1 l6 LES FEMMES.
A trois époques le sexe entier parut et agit : d'abord pour soutenir la morale douce et pure de Jésus-Christ; peu après, pour dicter le code plein d'honneur de la chevalerie ; enfin , pour favoriser la renaissance des lettres en Europe.
Avant ce dernier temps, où leur esprit -et leurs lumières leur valurent en Italie une réputation méritée , elles jouèrent un rôle trop éclatant pour le passer sous silence. Leur influence chez les Maures est une des choses les plus remarquables dans l'histoire. Peut-être jamais elles n'exercèrent leur douce puissance d'une manière plus brillante qu'à Grenade. Les femmes prouvèrent bien alors qu'elles peuvent régner sur nous sans nous forcer à l'oubli de nos devoirs , et qu'elles savent inspirer l'héroïsme , même au sein du plaisir.
On ignore si les Espagnols empruntèrent leur galanterie des Maures , ou s'ils la donnèrent à ces derniers. Quoi qu'il en soit, l'aimable courtoisie des Maures de
Grenade, leurs mœurs chevaleresques, furent célèbres et le sont encore. « Dans le même instant, dit Florian , un Maure coupait des têtes qu'il attachait en triomphe à l'arçon de sa selle , écrivait des lettres galantes et passionnées , prodiguait pour une femme ses trésors, sa vie , et , couvert delà poussière et du sang des combats , donnait des fêtes où brillaient le goût , la magnificence et l'amour. »