‹ Le Portefeuille de la jeunesseChapitre 5 sur 102 · ARRIA · texte numérisé non relu

ARRIA

Pétus , s'étant trouvé impliqué dans une conspiration contre l'empereur Claude, fut arrêté en Dalmatie et mis sur un vaisseau pour être conduit à Rome. Sur le point d'entrer dans le navire, Arria conjura l'oflicier chargé de la garde du prisonnier de ne la point séparer de son époux. « Assurément, lui dit-elle , vous donneriez à un consulaire quelques esclaves pour le servir

à table , pour l'habiller, pour le chauffer : moi seule je remplirai tous ces offices. » Elle ne put rien obtenir ; mais l'amour y suppléa. Elle loua une barque de pêcheur, et suivit le vaisseau qui renfermait ce quelle avait de plus cher. Quand l'équipage fut arrivé à Rome , désespérant de la vie de son mari , elle parut déterminée à ne lui point survivre. Les femmes qui la servaient la gardèrent avec les précautions les plus grandes. Elle s'en aperçut et leur dit : « Vous n'y gagnerez rien ; vous pouvez faire que je meure misérablement , mais , m'ernpêcher de mourir, c'est au-dessus de votre pouvoir. » En disant ces mots elle s'élance de dessus son siège , et va se frapper rudement la tête contre la muraille qu'elle avait devant elle. Elle tombe évanouie du coup , et lorsqu'elle eut repris ses sens : « Eh bien ! dit-elle, ne vous avais-je pas averties que, si vous me refusiez un moyen facile de mourir, j'en imaginerais un violent! » Ce-

pendant elle pouvait, après la mort de son époux , vivre dans la plus grande considération. Elle avait de la jeunesse, de la beauté, du crédit ; elle était chérie de Messaline, remme de Claude. Mais , fidèle à son mari jusqu'au dernier moment , elle voulut descendre avec lui dans le tombeau. Ayant aperçu un couteau, elle se leva brusquement, le saisit, l'enfonça dans son sein ; le présentant ensuite à sou mari : « Prends, Pétus, lui dit-elle : cela ne fait point de mal. »

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