MADAME DE STAËL
Madame de Staël aimait chacun de ceux, qui l'entouraient , et l'affection qu'elle avait pour ses amis s'étendait à l'espèce humaine tout entière. Chez elle, on ne remarquait point de différence entre divers attachements ; elle ne mettait point de nuances dans un sentiment qui était le même pour tous. Dans son affection pour ses enfants et pour son père il y avait de l'amitié, de la reconnaissance et de l'amour.
Elle portait toujours le portrait de Necker, et c'était pour elle comme un objet de culte. Elle fit sculpter sur le tombeau de ses parents un bas-relief dont sa belle imagination avait trouvé le dessin. Une figure aérienne qui semble déjà jouir du
LES FEMMES. l8l
bonheur céleste , eu attire une autre vers les cicux. Cette dernière semble regarder avec compassion une jeune femme voilée et prosternée sur une tombe. Madame Necker , sou mari et sa fille , sont représentés sous cet emblème. Ce célèbre auteur , cette femme au génie mâle , n'était pas exempte de superstitions bizarres.
Dans sa dernière maladie, désespérant de son rétablissement, elle fut sujette à des impatiences, elle eut des fantaisies singulières , et s'imagina qu'elle ne pourrait mourir en paix que dans le lit de madame Gay. Celle-ci consentit aussitôt à la demande de la mourante ; on transporta madame de Staël dans la maison de son amie , et au moment où on la plaça dans le lit où elle voulait attendre la mort, elle dit : « Maintenant, ma chère Sophie, je meurs sans regret. Que le Ciel vous bénisse. »