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PREMIÈRE PARTIE

S'il fut au monde un milieu de paix, de piété, de bonheur propre a développer l'esprit et le cœur d'un enfant, ce fut sans doute celui où naquit Pascal Sessino sur les rives du Léman et dans la jolie ville de Vevey.

Une mère tendre et pieuse, un père honnête et bon, un grand-père unissant aux vertus d'un patriarche l'expérience d'une vie longue et honorable, une grand'mère, des tantes et des oncles tous adorant leur jeune parent et sans cesse disposés à lui plaire, telle fut la famille dans laquelle fut élevé, choyé et grandit le fortuné petit Pascal Sessino.

Bien que fils unique, une condescendance aveugle ne présida point à son éducation ; pénétrés du sentiment que dès ses premières années leur fils devait

être soumis aux exigences de leur prévoyante amitié, le père et la mère de Sessino ne se contrarièrent jamais dans les ordres qu'ils lui donnèrent, jamais l'enfant ne s'appuya sur la faiblesse de l'un pour résister aux sages prescriptions de l'autre, jamais il n'y eût entre eux une divergence funeste au but auquel ils tendaient tous deûx, soit au bonheur de leur enfant.

Aussi ce fils chéri répondit-il à leurs vœux et devint, grâce à leur direction, un jeune homme accompli, bon, généreux, d'un esprit vif et prime-sautiei\ Sa facilité était prodigieuse, sa mémoire étonnante, il annonça de bonne heure un goût décidé pour les études littéraires, et composa plusieurs petites poésies pleines de goût et de sensibilité.

Sa mère, à laquelle je donnerais volontiers l'épithète d'ange de bonté, si elle n'était pas devenue banale à force d'avoir été prodiguée, sa mère, disje, lui inculqua dès son enfance la plus tendre des principes de morale religieuse pareils à des clous d'or, sur lesquels chaque jour donnait comme un coup de marteau qui les enfonçait plus avant dans son âme et devait la fixer et la retenir à jamais sur un terrain exempt de souillures humaines.

Mais le père de Pascal, industriel distingué à la tête d'une manufacture de tissus de coton, désirant former son fils aux travaux du commerce, résolut de l'envoyer en apprentissage dans une grande ville française ; à cet effet il choisit Lyon, où il avait de nombreuses relations, et c'est dans une famille respectable dont il connaissait la parfaite moralité que

Pascal dut se rendre, non sans avoir témoigné les plus vifs regrets de quitter le toit paternel sous lequel son enfance s'était écoulée et où sa jeunesse avait appris à honorer et à chérir tous ceux qui l'enveloppaient de l'auréole d'un si tendre intérêt.

Qui pourrait compter les conseils et les baisers que Sessino, sur le point de partir, reçut de sa mère! Qui pourrait exprimer la peine qu'éprouvèrent ses parents et ses amis en le voyant échapper à leur sincère attachement ! Les domestiques mêmes de la maison paternelle pleurèrent ce jeune maître qui avait su se faire chérir d'eux par sa douceur et la gratitude qu'il leur témoignait pour les moindres services, qu'ils lui rendaient de si bon cœur et qu'il demandait de si bonne grâce.

Son père fut l'accompagner à la diligence qui devait le conduire à Lyon, car l'on était alors en 1810, et les chemins de fer ne couvraient pas encore l'Europe entière de leurs réseaux.

Le sein gonflé de soupirs, Pascal monta en voiture après être resté longtemps dans les bras de son père, qui le retenait par ses embrassements et ne pouvait s'en séparer.

Entin le fouet du cocher retentit, la voiture s'ébranla et le fils bien-aimé, tristement appuyé dans le fond du véhicule roulant, vit peu à peu disparaître les toits de sa patrie et les sites charmants qui la couronnent et l'embellissent de tous côtés.

Ah ! si les parents de Sessino eussent pu savoir avec quels compagnons de voyage il allait se trouver en les quittant, quelles angoisses n'eussent pas

été les leurs!! C'était d'abord un fournisseur de l'armée d'Espagne, non-seulement dépouillé de tout principe religieux, mais se faisant gloire de professer l'athéisme le plus éhonté, puis un hussard se rendant également dans la péninsule pour y rejoindre son régiment, que des combats sanglants et successifs avaient réduit à la moitié de son effectif; c'était une demoiselle que sa toilette chargeait plus que sa moralité, et qui comptait beaucoup sur sa figure et peu sur sa sagesse pour faire son chemin dans le monde, puis enfin une bonne vieille dame trèsscandalisée de se trouver en pareil milieu, et auprès de laquelle le jeune Pascal se réfugia comme auprès de la providence chargée de le protéger dans cette atmosphère si délétère pour sa jeune innocence.

A propos de certain récit que faisait la douairière et dans lequel elle plaça le nom de Dieu, le pourvoyeur souriant nia son intervention dans les choses humaines et commença à étaler les lieux communs débités dans les livres impies que la fin du siècle dernier vit éclore avec tant de profusion. La dame, contenant son indignation, lui répondit d'abord avec bonté, s' efforçant,, mais en vain, de combattre ses principes, et l'engageant du moins à n'en pas faire parade devant des personnes qu'il devait scandaliser ; à ces mots le hussard et la fille de joie crurent devoir intervenir pour rassurer la dame pieuse sur les conséquences des paroles du pourvoyeur relativement à leurs croyances, qui étaient à l'unisson de celles de l'orateur anti-chrétien.

Alors le jeune Sessino, indigné, s'écria avec chaleur : « Monsieur, celui qui ne croit à rien est capable de tout, et Rousseau a écrit ces paroles:

« Tenez votre cœur eu état de ne pas craindre « qu'il y ait un Dieu et vous n'en douterez jamais. »

— Bravo, mon petit ami, dit le pourvoyeur, et vous savez très-proprement le catéchisme appris sur les genoux de la nmnm ; mais ce ne sont pas de telles fariboles qui convertissent un vieux pécheur incrédule tel que moi et bien d'autres.

— Tant pis, Monsieur, reprit la veille daine, mais je vous prie d'en rester là et de respecter les croyances ingénues et pieuses de cet adolescent, ainsi que les principes d'une femme chrétienne très-certaine de leur excellence et trop vieille pour y renoncer.

L'air d'autorité avec lequel ces paroles furent prononcées, l'ascendant que donne presque toujours une conviction ferme, puis le respect pour l'innocence d'un enfant et les cheveux blancs de sa protectrice suspendirent les plaisanteries de l'athée, et durant le reste du voyage, bien que le ton et les manières des trois esprits forts de la diligence scandalisassent souvent la douairière et son jeune protégé, tout au moins leurs oreilles ne furent plus offensées par une grossière impiété.

S'il est une source intarissable de distractions, c'est sans doute un premier voyage, aussi Pascal, bien qu'il s'éloignât de ce qu'il avait de plus cher, n'eut-il presque pas le temps de songer à l'étendue de ce premier chagrin, dont chaque objet nouveau lui faisait oublier l'amertume ; mais alors qu'après

être arrivé à Lyon il eût pris congé de ses compagnons de route et remercié la bonne dame protectrice de ses sentiments pieux, lorsqu'il fut arrivé dans la maison qui allait devenir son séjour, oh ! alors, quoique admirablement reçu de M. et M mc Sarmu, auxquels il avait été chaudement recommandé par ses parents, il ne put retenir ses larmes et se livra à un véritable désespoir ; rien ne put diminuer la douleur de ces premiers moments. Retiré dans la chambre qui lui avait été destinée, seul en face de sa nouvelle situation, se sentant hors de ce cercle d'êtres chéris dont chaque membre l'accueillait avec des paroles bienveillantes et le sourire aux lèvres, s'exagérantla distance qui le séparait d'eux, tremblant de ne plus les revoir, il resta longtemps enseveli dans les plus sombres pensées. Mais, sous l'influence des aimables attentions de ses nouveaux hôtes, touchés de sa douleur, conduit par eux dans cette grande ville de Lyon, dont ils lui faisaient voir les monuments et les curiosités, son âme se rasséréna peu à peu, et quand il prit la plume pour écrire sa première lettre àcette tendre mère qu'il n'avait jamais quittée depuis sa naissance, il épancha sur le papier des idées moins tristes, lui fit la description de son voyage, de sa réception, des belles choses nouvelles qu'il avait admirées, de la peine qu'il ressentait de ne plus être auprès d'elle, de l'espoir qu'il avait de remplir ses devoirs de manière à répondre aux intentions de son père, enfin cette missive, qui s'allongea indéfiniment au gré de sa tendresse expansive, soulagea son chagrin en lui faisant voir un

moyen de se réunir par la communauté des pensées à cette douce famille dont il venait de s'éloigner.

Mais, après quelques jours consacrés à prendre une connaissance exacte de la ville qu'il allait habiter, il lui fallut entrer dans les bureaux de la maison de commerce où devait se faire son apprentissage. Ici un nouveau chagrin l'attendait, et si son cœur avait souffert en se séparant de sa famille, son esprit ne soutfrit pas moins de l'obligation ou il se trouva de se livrer à des occupations si peu en harmonie avec ses goûts et si différentes de celles qui l'avaient charmé dans l'Académie de Lausanne. La géométrie et l'arithmétique étaient deux sœurs qu'il abhorrait également, le calcul lui était odieux, et toutefois, résolu de satisfaire aux exigences de son père, il subit avec résignation les nouvelles tâches qui lui furent données et que son intelligence lui rendit faciles, quoiqu'il s'en occupât avec ennui.

Puis une nouvelle épreuve l'attendait dans la compagnie des nombreux jeunes gens occupés dans les mêmes bureaux que lui, car Lyon était en 1810 Tune des villes où les mœurs étaient le plus relâchées, la police fermait les yeux sur le libertinage effronté qui régnait dans ses rues, aussi la jeunesse y était-elle excitée à une honteuse et scandaleuse débauche. On concevra le malaise de Sessino quand il dut entendre la conversation favorite de ceux avec qui il passait ses journées et dont il partageait les travaux. Il crut d'abord devoir n'y prendre aucune part et témoigner par son silence du dégoût qu'elle lui inspirait.

Il devint en butte aux moqueries de ces libertins qu'il supporta patiemment pendant longtemps, les leçons de sa mère, le souvenir des habitudes de la pieuse maison paternelle le protégèrent contre l'influence des mauvais exemples qui frappaient ses yeux et des propos qui scandalisaient ses oreilles. Et cependant il était honteux du ridicule que sa conduite réservée lui attirait, il luttait et se débattait avec peine contre la tentation de faire l'essai de ces plaisirs du cœur, dont il croyait pouvoir allier les jouissances avec la délicatesse de ses sentiments, il rougissait presque de son ignorance complète à ce égard, sa pudeur lui devenait à charge, hélas ! il était dans cette situation qui précède la chute de l'innocence, alors que la bonne nature pose entre le mal et nous cette dernière barrière qu'on nomme la timidité et qui tombe toujours trop tôt sous les assauts réitérés des passions ; d'un autre côté honteux d'avoir dans Sessino un témoin muet et peut-être un censeur de leur libertinage les commis du bureau faisaient tous leurs efforts pour l'entraîner lui-même dans leurs égarements ; ils ne perdaient aucune occasion de le plaisanter sur son austère pudeur, exagérant la grandeur des jouissances dont il se privait par sa retenue et se moquant des principes de morale qu'il avait pris pour guides de sa conduite sans céder aux attraits du vice. Sessino commença à capituler avec l'austérité qu'il s'était imposée, il pensa que sans être coupable il pouvait chercher une jeune personne, innocente comme lui, à laquelle il pourrait se lier par la sympathie de son humeur, et qui de-

viendrait pour lui une douce confidente dans le sein de laquelle il épancherait ses plus secrètes pensées, le préservant ainsi des pièges et des grossiers appât s de la débauche.

Je ne ferai point le portrait physique de Sessino, il me suffira de dire que c'était un joli garçon dont la fraîcheur du visage et les formes gracieuses et sveltes annonçaient la vigueur et la santé, mais comment rencontrer dans la société habituelle de M me Sarnm son hôtesse l'héroïne qu'il rêvait? C'était des dames d'un âge mur qui lui inspiraient du respect sans doute mais qui n'auraient pu lui faire connaître cet amour si charmant, si tendre auquel son jeune cœu; brûlait de pouvoir se livrer.

H résolut donc de chercher dans ses promenades sur les superbes quais de la ville, une jeune personne qui lui parut digne des sentiments épurés qu'il désirait éprouver.

Le voilà donc qui soignant sa toilette, et se parant de tous ses avantages se met en quête d'une dame de ses pensées !

Ah ! certes, il ne manquait pas à cette époque de ces filles effrontées souillant de leur présence les quais magnifiques de la seconde cité de France, elles y fourmillaient au contraire, attisant par leurs regards provocateurs le feu de la lubricité, mais ces prêtresses du vice étaient sans dangers pour le jeune Sessino; il ressentit pour elles une invincible aversion; il cherchait une figure aimable sans doute mais d'une expression calme, réservée, une figure inspirant la confiance sans vouloir l'imposer, gra-

rieuse sans hardiesse et méritant l'admiration par le charme pudique répandu sur ses traits.

On concevra facilement comment Sessino revint bien des fois dans les lieux témoins de sa recherche sans y rencontrer l'idéale jeune personne à laquelle seule il voulait s'attacher. Enfin, un soir du mois de juillet après une brûlante journée, comme il se reposait sur un banc où souvent il s'était assis, voyant défiler devant lui tant de beautés qui n'avaient qu'ébloui ses yeux sans rien dire à son cœur, voilà que tout à coup une femme jeune encore lui apparaît ornée de tous les avantages rêvés par son imagination, visage expressif, plein de douceur et de modestie, démarche gracieuse, mise charmante, elle était seule car le jour baissait sans que la nuit venue rendit suspecte sa présence sur la promenade qu'éclairaient encore les derniers rayons du soleil.

Elle jette sur Sessino un regard rempli de bienveillance et vint se reposer à l'autre extrémité du banc où il était assis lui-même.

Le jeune homme ému de ce rapprochement subit n'en fut cependant pas troublé, et saluant profondément la jolie dame, elle lui inspira assez de confiance pour qu'il eût le courage de lui adresser ces paroles que sa voix tremblât , quelle superbe soirée Madame ! Epuisé par ce trait d'audace vocale il en fût resté là sans doute si la dame lui souriant de la meilleure grâce du monde n'eût répondu de suite :

— Oui, Monsieur, la soirée est belle et je suis ve- « nue ici comme vous, je le pense, respirer la fraî- « cheur qu'à cette heure le Rhône répand sur ses

« quais ; mais le soleil décline, et je vais bientôt « regagner ma demeure que je n'aurais point quit- « tée seule sans l'espoir de me débarrasser d'une « migraine accrue sans doute par la chaleur exces- « sive de la journée.

— Permettez, Madame, qu'en vous plaignant de « votre malaise je lui rende grâce de m' avoir valu « le plaisir de vous trouver ici.

— Mais quel plaisir, Monsieur, pouvez-vous avoir « à ma rencontre ?

— Ah ! Madame, il y a longtemps que je désirais « voir, dans une personne de votre sexe, les charmes « d'une jolie figure unis à une expression angélique « de modestie et de douceur et je me félicite de les « avoir découverts en vous.

— Une belle soirée embellit tout, Monsieur, et c'est « sans doute à son influence que je dois cette ma- « nière si galante de me juger; cependant permet* « tez que je sois surprise de votre promptitude à « me faire part des choses trop flatteuses que ma « vue vous inspire et que je me défie de leur sin- « cérité.

— Je n'ai point encore appris, Madame, l'art dont « je me soucie peu, de feindre ce que je n'éprouve « pas, et ce n'est point auprès de vous que l'on « pourrait en avoir besoin pour louer vos charmes.

— Encore, Monsieur, souffrez que je me retire. « l'heure de rentrer chez moi est venue et si vous « voulez m'accompagner j'accepte votre bras et « votre protection. Soyez mon chevalier ? »

Qu'on juge des transports de joie de Sessino à

cette demande si peu espérée, il ne douta plus que son hommage ne fût agréé, et fier de la protection qu'on lui demandait, quoique encore inquiet sur les suites de cet heureux début, il se laissa conduire au domicile de celle qu'il croyait sa conquête assurée et faillit se trouver mal quand la gentille dame l'engagea à monter chez elle.

Sa maison était située dans la belle rue St-Vominique et non loin de la place Bellecour, alors en ruines. Après avoir monté deux étages la dame sonna, une domestique ouvrit et les introduisit dans une chambre ornée de tout ce que la mode avait alors de plus élégant et de meilleur goût. Il s'assirent auprès d'une croisée ouverte sur la rue et qui laissait pénétrer les rayons encore pâles de la lune.

Sessino dans une émotion impossible à décrire se crut alors lancé dans une de ces aventures délicieuses qui étalent aux yeux une perspective enchanteresse de surprises et de ravissements, et comme il avait lu dans les romans qu' une déclaration d' amour pour être en règle aveciles convenances se faisait toujours à genoux, après avoir tenu quelques propos incohérents où sa raison troublée s'égarait de plus en plus, il éloigna quelque peu sa chaise de celle de son enchanteresse pour exécuter cette tendre évolution et se précipiter à ses pieds, quand soudain, la dame prenant un air imposant et glacial arrêta l'impétueux Pascal par ses paroles foudroyantes pour lui.

« Monsieur Pascal Sessino, épargnez-vous le ri- « dicule de tomber aux genoux d'une femme épouse,

« mère et amie de M me Sarmiï. chez laquelle vous « êtes en pension ; il y a quelques jours qu'étant « avec elle à sa fenêtre, elle vous désigna à mon m attention alors que vous étiez arrêté sur la place « du Lycée. Soyez assuré que je ne vous aurais point « accueilli comme je l'ai fait si vous eussiez été m pour moi un étranger ; mais, Monsieur, vous « pourriez vous adresser plus mal qu'à une fem- « me qui, au lieu de devenir la maîtresse que « vous crovez trouver en elle, vous offre de rempla- « cer la tendre mère dont vous avez perdu trop tôt « la surveillance et les bons conseils. Ma maison « vous sera toujours ouverte, et si vous n'y trouvez ( rien de ce que vous espériez y rencontrer peut- « être, je chercherai du moins à vous offrir des dis- « tractions à vos travaux, revenez donc me voir « comme une amie et vous franchirez le seuil de ma « porte avec de tout autres et de meilleures inten- « tions que celles que vous eûtes aujourd'hui. »

Aucune langue ne pourrait exprimer le torrent de pensées qui bouleversaient l'âme du jeune Sessino écoutant tête baissée le langage sévère de sa protectrice ; son cœur gonflé d'émotions au souvenir de cette bonne mère dont on invoquait les sages conseils, fit jaillir de ses yeux des larmes d'un sincère repentir, il se précipita aux pieds de sa Minerve non plus pour rassurer d'un amour dont elle lui avait fait sentir le ridicule mais pour lui promettre obéissance et gratitude.

« Madame , s'écria- t-il , pardonnez mon erreur « mais soyez assurée que je lui devrai un avenir

u digne de nia mère et de vous qui venez d'emprunts ter sa voix pour me montrer la route que je de- « vrais suivre, et dont j'allais m'éloigner, vous n'au- « rez pas vainement fait appel aux bons sentiments « qu'elle m'inspira dès mon enfance; vous venez de « les raviver dans mon âme où de mauvais exemples h tendaient chaque jour à les en effacer; c'est au- « près de vous, Madame, puisque vous m'y engagez « que je viendrai chercher du courage pour lutter « contre le ridicule que me donnait ma sage retenue k aux yeux des gens qui s'efforçaient de me faire « partager leur conduite; mais, Madame, apprenez - « moi le nom de la femme charmante à laquelle je « ne puis donner maintenant encore qui celui de ma '( protectrice ? »

— « Voyez-le sur cette carte, Monsieur, et toutes « les fois que vous vous sentirez faible devant les « moqueries ou les tentations de vos amis, regar- « dez-la et puisse-t-elle devenir un talisman qui vous « rappelle vos devoirs et votre mère ! »

Sessino lut sur la carte qui lui était donnée : M me Delvine ; il s'empressa de la mettre dans son portefeuille, puis, honteux du rôle qu'il venait de jouer, il prit congé de M me Delvine après l'avoir remerciée de la permission qu'elle lui accordait de revenir la voir et lui assurant qu'il en profiterait, heureux d'avoir trouvé à la fois une amie sage et une maison où il rencontrerait la continuation des enseignements et des exemples du toit paternel.

« Pardonnez-moi l'origine de nos relations, dit-il « en sortant, et soyez certaine, Madame, que je ne « m'en souviendrai que pour vous la faire oublier. »

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