‹ Le portefeuilleChapitre 27 sur 32 · CONCLUSION · texte numérisé non relu

CONCLUSION

Il y a quarante ans que ces faits se sont passés ; et comme je les avais confiés à l'un de mes amis qui partait pour Vevey, il me promit de s'informer dans cette charmante ville des suites de Phyménée de Frosine et de Pascal et du destin d'Urbain Favier.

Or, voici ce qu'il m'apprit à son retour.

Comme il avait été voir Clarens, il rencontra en y arrivant un Monsieur en deuil qui montait au Châtelard la tête baissée et un mouchoir sur les yeux. Ému de sa tristesse et désireux d'y compatir ou de la distraire, il lia conversation avec lui. Hélas! il ne pensait point s'adresser si bien, pour les informations qu'il m'avait promis de prendre touchant les acteurs de mon récit.

C'était Pascal Sessino lui-même qu'il venait de rencontrer; Pascal blanchi par les années, courbé par le chagrin, qui allait arroser des fleurs semées par ses deux filles sur le tombeau de leur mère ,

morte il y avait déjà trois années. M. Sessino soulagea sa douleur en faisant à mon ami le récit suivant après avoir reconnu l'intérêt vrai que celui-ci prenait à son chagrin.

« Je conçois fort bien, Monsieur, que l'ami de Genève dont vous tenez les détails de ma vie jusqu'au moment de mon hymen avec Frosine, n'ait pu vous renseigner sur ce qu'il m' advint depuis cette heureuse époque. Mon bonheur, bien que monotone dans la peinture que je pourrais vous en faire, ne fut pas moins réel, je vécus après m' être retiré des affaires dans un perpétuel enchantement auprès de la femme chérie qui me rendit père de deux tilles, mariées aujourd'hui, et dont l'aînée, parfait portrait de sa mère pour le cœur et le visage, la remplace auprès de moi et entoure ma vieillesse de soins et d'égards délicieux sans me faire oublier cependant l'ange qui enchanta ma carrière durant quarante années, et m'aida à supporter les seuls chagrins qui m'atteignissent auprès d'elle, soit la mort successive de tous mes parents.

« J'habite Clarens depuis longtemps, ce beau village qui me retrace tant de souvenirs aimés et auprès duquel repose celle qui s'y trouve si doucement liée. »

Et comme, en me parlant ainsi, nous étions parvenus au cimetière du Châtelard, Sessino m'indiqua du doigt une tombe semblable à une corbeille de fleurs, au sein de laquelle était cette épitaphe, sur un petit carré de marbre noir.

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