LA DICTATURE DR JOAO FRANCO
police dut intervenir : il y eut de nombreux blessés. Quelques jours plus tard, à une course de taureaux, où assistaient la reine et la reine-mère, Tagilateur républicain Affonso Costa fut salué des trépignements enthousiastes de la foule. Ce qui frappa davantage encore les esprits, ce fut la sédition des équipages du Dom Carlos et du Vasco de Gama, ancrés dans le Tage, où l'on vit un effet de la propagande dans la marine des idées républicaines et socialistes.
Comme l'avait fait M. de Castro, M. Ribeiro demanda au roi de gouverner sans les Cortès (qui ne s'étaient pas encore réunies), mais il essuya le même refus catégorique de la part du souverain. Dom Carlos craignait, sans doute, en identifiant sa cause avec celle de l'un ou de l'autre parti, de prêter le flanc aux attaques des ennemis de la Couronne. Pas plus les conservateurs que les progressistes n'apportaient, d'ailleurs, de programme de réformes, qui eût pu justifier au regard du pays une aussi grave mesure que la dictature.
La situation comportait — le roi le vit clairement — des hommes nouveaux et des idées nouvelles.
Il fit appel à Joâo Franco (20 mai), et on peut dire que jusqu'à la fin de sa vie, l'infortuné souverain ne cessa de lui accorder toute sa confiance.
Le premier acte du nouveau cabinet* fut de dissoudre les Chambres et de convoquer les électeurs le 15 août. Dans
1. Il était ainsi composé : Présidence et Intérieur, M- Franco. Affaires étrangères, M. L. de Magalhàes. Justice et Affaires ecclésiastiques. M. .1. Novàes. Finances, M. Sclirôter. Guerre, M. Vasconcellos Porto. Marine et Colonies, M. A. d'Ornellas. Travaux publics, Commerce et Industrie. iM. Reymào.
Au remaniement qui eut lieu postérieurement, en mai 1907, avant la dissolution, les portefeuilles des Affaires étrangères, de la Justice et des Finances lurent attribués respectivement à MM. Luciano Monteiro, Teixeira de Abreu et Martins de Carvalho.
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l'intervalle, M. Franco donna des gages à l'opinion : il réalisa, en supprimant par décret les allocations spéciales de trésorerie, une économie sur le budget d'un million de fr£uics, et il annonça son intention de supprimer toutes les sinécures créées par les cabinets antérieurs, tant conservateurs que libéraux.
Le nouveau ministre fut l'objet d'une réception enthousiaste à Porto. Aux élections qui eurent lieu quelques jours après, la pression gouvernementale se lit sentir, semble-t-il, dans une moindre mesure que de coutume, et le résultat fut que le gouvernement n'obtint à la nouvelle Chambre qu'une majorité relative \ De plus, quatre républicains, MM. Almeida, Braga, Costa, Menezes, furent élus.
M. Franco comptait sur le concours de M. Luciano de Castro et de ses amis pour faire aboutir les trois grands projets du programme établi d'accord avec eux, que le Discours du Trône, à l'ouverture des Cortès, le 29 septembre 1906, complétait par un plan beaucoup plus vaste de réformes.
Quelques-uns de ces projets furent aussitôt soumis à l'approbation législative. Mais, dès le début, le ministère se heurta, dans les deux Chambres, à une véritable obstruction, surtout de la part des républicains et des libéraux dissidents. Il ne réussit qu'à faire voter le contrat préparé par le ministère Ribeiro avec la Compagnie des tabacs^, et quelques autres lois, dont la plus importante concernait la réforme de la
1. Les élections donnèrent les résultats suivants: 30 régénérateurs orthodoxes (H. Ribeiro). 43 progressistes (de Castro), 4 républicains, et 2 dissidents libéraux du groupe Alpoira. Le reste — c'est-à-dire la majorité — ne comprenait que lù députés.
2. lin vertu de ce contrat, la concession du monopole de la fabrication des tabacs restait en vigueur pendant dix-neuf ans. à partir du i" mai 1907. La Compagnie demeurait obligée au paiement au Trésor d'une redevance annuelle de t).5iO coiitos d<; reis, au lieu de i.-SOO contos. lille garantissait à notât un minimum de partage des bénéfices et elle était tenue à certains engagements vis-à-vis de son personnel.
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comptabilité ^ Quant à la loi sur la responsabilitc' ministérielle, si elle fut votée par la Chambre des Députés, elle resta en suspens devant les Pairs.
Les incidents se succèdent, dès lors, avec une effroyable rapidité. C'est la question de la lettre du roi à M. Hintze Ribeiro, où il lui refusait la dictature, lettre qui fut lue, malgré les protestations du destinataire, en pleine Chambre des Pairs. C'est l'affaire des avances d'argent {adeantamentos)' à la maison royale. C'est la grève des étudiants de Coïmbre, à propos de l'échec de l'un d'eux à un concours pour le professorat. Chacun de ces faits fut singulièrement grossi au Parlement, où les obstructionnistes en faisaient une « question d'intérêt national ». La personne du Roi n'était pas môme respectée. L'expulsion de la Chambre des députés Costa et Braga ne contribua qu'à augmenter la surexcitation de leurs coreligionnaires. Les scènes de désordre devinrent telles, que le ministre se décida à fermer les Cortès (11 avril).
Malheureusement pour ■NL Franco, les progressistes refusèrent de lui continuer plus longtemps leur appui. Ce fut la fin de la concentration libérale ; ce fut aussi l'origine de la « dictature ». Le 10 mai, le président du conseil, après quelques remaniements dans son cabinet, se résolut, avec l'assentiment
1. Cette loi visait à établir l'unité budgétaire, en supprimant certains budgets spéciaux, qui ne figuraient pas au budget général, et qui y ont été incorporés : elle a simplifié la comptabilité budgétaire, en établissant désormais les comptes de 1 Étal par gestion et en réduisant les délais bureaucratiques : elle a élargi et perfectionné le système de contrAle préventif et répressif des dépenses publiques. \jn directeur général de la comptabilité est chargé du visa préventif. Pour le contrôle de Texécution budgétaire, tout en laissant subsister la Gourdes Comptes, la loi créait une Commission parlementaire spéciale, composée des représentants des deux Chambres, avec les pouvoirs les plus étendus dinvestigation et de contrôle.
En outre, la publicité périodique des éléments les plus importants de la gestion financière était considérablement élargie.
(Pour plus de détails, voir la lettre adressée par >l. le baron de San Miguel à V Economiste français du ti février 1907.)